Home / Edito Syndical / Cinq arguments en faveur d’un salaire minimum de 14 euros de l’heure

Cinq arguments en faveur d’un salaire minimum de 14 euros de l’heure

Tout le monde aimerait un meilleur salaire, ça ne fait aucun doute. Le travail est de plus en plus dur, il mérite un bon salaire. A notre époque, il est honteux que tellement de travailleurs gagnent moins de 14 euros de l’heure (soit 2.300 euros par mois). La campagne Fight For €14 de la FGTB milite en faveur d’un salaire minimum plus élevé. Voici quelques arguments-chocs pour la soutenir.

Par Thomas

1/ Le loyer n’attend pas

Entre 2005 et 2018, le loyer moyen d’un logement unifamilial en Flandre a augmenté de 100 euros en moyenne (1). Dans les grandes villes, l’axe Anvers-Bruxelles et la périphérie bruxelloise, les loyers sont en moyenne encore plus élevés : jusqu’à +34% au-dessus de la moyenne (2). Cela signifie qu’en tant que locataire en Flandre, vous dépensez en moyenne 47% de votre salaire en logement (3). Il s’agit d’un très grand effort, certainement pour les revenus les plus faibles où ce pourcentage est encore plus élevé. Disposer d’un toit au-dessus de sa tête est toutefois un droit fondamental dont tout le monde devrait pouvoir jouir. Pourtant, il existe des cas où des travailleurs vivent dans une caravane ou même dans leur voiture parce qu’ils ne peuvent pas payer leur loyer et toutes les charges. Un salaire minimum de 14 euros par heure pour une famille avec deux travailleurs et deux enfants signifierait que la part du loyer pourrait tomber en dessous de 20%.

2/ Tout devient plus cher

Depuis le début de la crise financière en 2008, nos salaires n’ont pratiquement plus augmenté et il y a même eu un saut d’index qui a fait chuter notre pouvoir d’achat de 2,3% au cours des trois dernières années (4). Aujourd’hui, on peut moins faire avec 100 euros en poche qu’il y a trois ans. Dans les écoles, on le remarque parfois vers la fin du mois, quand certaines boîtes à tartine font pâle figure. Les visites médicales sont reportées. Jusqu’à 20% des familles du pays ne parviennent plus à boucler leur fin de mois ! (5) Il faut revenir à 2008 pour trouver une augmentation du salaire minimal supérieure à l’indexation.

3/ Egalité entre femmes et hommes

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois faiblement rémunérés. Cela explique pourquoi l’écart de rémunération en Belgique est toujours de 22% (6). Les secteurs où la proportion de femmes est élevée sont ceux où les salaires minimums sont les plus bas, parce que les salaires des femmes étaient auparavant considérés comme un complément au salaire du mari ; on pouvait encore joindre les deux bouts avec un salaire ou un salaire et demi par mois. C’est cependant chose du passé, mais les salaires dans ces secteurs encore féminins n’ont pas augmenté plus vite et souvent même plus lentement que dans d’autres secteurs. Cela signifie que les femmes sont plus susceptibles de rester à la maison (à temps partiel) et moins en mesure de se concentrer sur leur carrière : pour s’occuper des enfants, c’est souvent le partenaire ayant le salaire le plus bas qui reste à la maison. Il en résulte un écart de pension en Belgique de 25 % (7). Par conséquent, les femmes sont souvent financièrement dépendantes de leur mari, ce qui signifie qu’elles ne peuvent pas simplement quitter une relation mauvaise ou même violente. Avec un salaire minimum de 14 euros de l’heure, les secteurs mal payés, majoritairement féminins, compenseraient le temps perdu.

4/ Les capitalistes s’enfuient avec une part encore plus grande de la valeur ajoutée

Ce sont les travailleurs qui créent la plus-value produite quotidiennement dans nos entreprises. Sans nous, aucune machine ne tourne, aucune voiture ne roule et aucune technologie ne fonctionne. Pourtant, nous n’obtenons qu’une petite partie de la valeur que nous produisons et un groupe très sélectif d’actionnaires s’en sortent avec une part croissante de la valeur que nous produisons. Notre productivité a fortement augmenté au cours des dernières décennies. En tant que travailleurs, nous en payons le prix avec le stress et l’épuisement professionnel. L’augmentation de la productivité est allée presque entièrement dans les poches des actionnaires. En Belgique, nous gagnons 51,5 euros par heure travaillée. Sur ce montant, 37,5 euros sont consacrés aux coûts de la main d’œuvre (8). Il y a donc une marge pour des augmentations de salaire ! Si le salaire minimum aux États-Unis avait suivi la productivité, il aurait été de 18,85 dollars par heure en 2016 (9).

5/ Cela bénéficiera également aux indépendants

A écouter les patrons ou politiciens, les travailleurs se moquent des emplois et chaque euro d’augmentation de salaire est un euro perdu. C’est faux, évidemment. Chaque euro de salaire est généralement dépensé rapidement. Ce sont les grands capitalistes qui n’investissent pas et accumulent l’argent, de préférence dans les paradis fiscaux. Les travailleurs qui parviennent à peine à joindre les deux bouts dépensent ce qu’ils gagnent. Un salaire minimum plus élevé garantirait principalement que les dépenses nécessaires ne soient plus reportées et que les travailleurs soient plus heureux, plus productifs et moins souvent malades. Cela signifie que plus d’argent serait dépensé chez les indépendants. (10)

NOTES :

1. https://www.statistiekvlaanderen.be/gemiddelde-huurprijs-private-woningmarkt

2. https://www.standaard.be/cnt/dmf20170328_02805480 3. https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2017/01/18/huurder_moet_bijnadehelftvaninkomenaanwonenspenderen-1-2863135/

4. https://www.ilo.org/global/publications/books/WCMS_650553/lang–en/index.htm

5. https://www.standaard.be/cnt/dmf20131126_00857740 6. https://igvm-iefh.belgium.be/nl/activiteiten/arbeid/loonkloof/stand_van_zaken_in_belgie

7. De Nieuwe Werker N°4 2 maart 2018

8. http://www.abvv.be/-/sociaal-economische-barometer-2018

9. https://www.epi.org/publication/the-federal-minimum-wage-has-been-eroded-by-decades-of-inaction/ 10. https://www.nelp.org/publication/12-minimum-wage-broad-benefits-workers-small-businesses-across-missouri/