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Un gouvernement de gauche, oui, mais pour une véritable politique de rupture !

Retour sur les tentatives de formation de coalitions comprenant le PTB

Malgré l’appel de la FGTB wallonne pour coalition PS-PTB-ECOLO autour de ses revendications, il n’a fallu que quelques jours pour que les discussions soient rompues. Pourtant, après près de 5 ans de coalition de droite “thatchérienne” NVA-MR-CD&V-OpenVLD au Fédéral et près de 2 ans de MR-CDH en Wallonie, l’atmosphère est à la volonté de stopper la casse sociale.

Par Stéphane Delcros

A moins d’un véritable gouvernement de gauche, la politique socio-économique des futurs gouvernements est déjà connue. Des études de prévision de l’augmentation des dettes publiques sont sorties en juin : la dette de la région Bruxelles-Capitale augmenterait de 4 milliards d’euros à 8 dans 5 ans ; celle de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), de 8 milliards à 12 dans 5 ans. En FWB, cela signifiera notamment de nouvelles coupes budgétaires sévères dans l’enseignement, la culture, le sport,…

Un programme pour répondre aux besoins

Les notes du PTB pour les discussions avec les autres partis vont dans la bonne direction : création de logements sociaux, gratuité des TEC et de la STIB pour tous, refus des partenariats public-privé (PPP), diminution par deux des salaires des députés et ministres, un pôle public de production d’énergie verte,…

En Wallonie et FWB, parmi les mesures phares il y a aussi la baisse du nombre d’élèves par classe et le remplacement de tous les fonctionnaires qui partent. Le PTB se base sur les besoins dans la société en réclamant un plan massif d’investissements pour créer 40.000 logements sociaux, environ le nombre de familles sur listes d’attente. Il est dommage que la même logique ne soit pas suivie à Bruxelles, où le PTB revendique la création de 13.000 logements publics (dont 10.000 sociaux) et une politique contraignante d’encadrement des loyers alors que 44.000 familles sont sur liste d’attente. C’est insuffisant. La gauche doit partir des besoins et non des possibilités budgétaires volontairement limitées.

A Bruxelles par contre, et contrairement à la note wallonne, on trouve des revendications portées par la CGSP-ALR pour les travailleurs des administrations locales et régionales : augmentation de tous les barèmes de 10%, réduction collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires, et hausse du salaire minimum à 14€ bruts de l’heure, en commençant par le secteur des titres-services. Dans ce secteur, les travailleurs bossent dans de très mauvaises conditions, mais il est dommage que le PTB semble se limiter à celui-ci et veuille financer la hausse de salaire en grande partie sur fonds publics.

Briser les carcans budgétaires

Depuis les élections, le PTB met très justement en avant la nécessité de briser les carcans budgétaires et de vouloir prendre la tête d’une fronde européenne contre l’austérité. Tous les médias se sont vus forcés d’en parler, le thème est devenu un débat parmi la population. Imaginons ce qui aurait été possible si le PTB avait déjà eu cette approche autour des élections communales d’octobre et avant les élections du 26 mai, où il n’était question que de “sortir des traités européens” !

Avec le PSL, nous avions proposé au PTB de participer au débat, de renforcer sa campagne, et éventuellement d’être présents sur ses listes. Si le PTB avait accepté un renfort de notre part, nous aurions pu y avancer ce point que nous défendions déjà avec Gauches Communes avant les élections communales à Saint-Gilles.

La gauche qui a accès à une audience médiatique large et dispose de députés aurait dû se saisir de cet appel pour préparer ce qui en découle. Une telle attitude impliquerait la mise sur pieds d’un gouvernement de désobéissance, qui entrerait en confrontation avec les intérêts capitalistes et ferait face à une riposte patronale immédiate. Rester silencieux à ce sujet durant la campagne signifiait de ne pas préparer la population à ce qui devait être fait et aux conséquences inévitables que cela entrainera.

Le fait que le PTB n’ait pas préparé ses militants et la population sur ces questions peut paraitre anecdotique. Mais, puisque les programmes des partis de gauche sont très semblables aux yeux de beaucoup, cela a entretenu l’illusion qu’il devrait être facile de former un gouvernement. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’écho des critiques à l’encontre du PTB qui refuserait de prendre ses responsabilités après à peine quelques heures de discussion. La déception et le mécontentement sont grands chez nombre de travailleurs qui aspirent à dégager la droite pour un changement concret en faveur de la majorité de la population.

Ces discussions et négociations, d’ailleurs, devraient être menées publiquement par la gauche. Il faut en finir avec les négociations secrètes et créer un débat public impliquant militants et électeurs de gauche, syndicalistes, féministes, activistes pour le climat, antiracistes, associations actives sur le terrain,… Un débat ouvert permettrait de déterminer collectivement si un accord est possible ou non, via des meetings et des mobilisations. Cela impliquerait un maximum de gens dans le rapport de force nécessaire à construire après les négociations : pour s’opposer à la politique menée en cas de désaccord et pour soutenir la politique gouvernementale face à la riposte capitaliste en cas d’accord.

Une “coalition progressiste” aurait-elle été possible ?

Ces 3 dernières décennies, le PS a participé à des gouvernements néolibéraux. Même s’il a mené une campagne basée sur un programme davantage à gauche cette année-ci, il n’est pas prêt à appliquer une politique de rupture. Ses appels à la formation de “gouvernements les plus progressistes possibles” ne prévoyaient pas l’implication du PTB aux côté du PS et d’ECOLO, mais bien de DéFI à Bruxelles et probablement du CDH en Wallonie et FWB. Avec le retrait du CDH de toute future coalition, le PS a ouvert les discussions avec le PTB, pour montrer que le MR ne serait que la toute dernière option.

Le PTB n’a pas confiance dans le PS et il a raison. Le PS a l’habitude de ranger son programme en poche une fois élu. Mais si la campagne du PTB avait abordé le type de programme qu’une coalition de gauche doit appliquer en clarifiant notamment la nécessité de briser les carcans budgétaires, il aurait été plus facile de démasquer le PS, de le forcer à aller davantage à gauche, ou de le pousser à refuser une collaboration avec le PTB.

Sans cela, beaucoup estiment quand même qu’une entente était possible. Dans ce contexte, en tirant la prise, le PTB a offert au PS l’occasion de passer pour celui qui fait tout pour parvenir à un accord, contrairement au PTB. Sur base d’une campagne offensive préparant les esprits, et si PS et ECOLO avaient accepté un accord, nous aurions pu utiliser cette “coalition progressiste” pour construire un rapport de force dans la société pour lutter contre l’austérité, ce qui aurait rendu très difficile au PS et à ECOLO de manœuvrer pour éviter de devoir appliquer la politique qui s’impose.

Le PTB pourrait-il soutenir un gouvernement minoritaire “à la portugaise” ou “coquelicot” ?

Le PTB refuse cette option : “l’option portugaise revient à signer un chèque en blanc”. Evidemment, tout soutien extérieur à un gouvernement minoritaire doit être conditionné à des avancées significatives pour les travailleurs.

Selon nous, un gouvernement minoritaire PS-ECOLO ne défendrait pas un vrai changement. Mais cela donnerait l’occasion de faire des propositions pour clarifier dans quel sens doit aller sa politique. Un tel gouvernement serait obligé d’aller puiser un soutien quelque part : à gauche, au PTB, ou à droite, au CDH voire au MR. Pourquoi ne pas avoir fait des revendications syndicales présentes dans le programme du PS (salaire minimum de 14€/h et semaine de 4 jours) des conditions strictes posées à un soutien extérieur pour la Région et la FWB ? Et relayer les négociations par des meetings publics ouverts à tous et des assemblées du personnel sur les lieux de travail concernés ? De cette manière, les syndicats auraient directement leur mot à dire et pourraient contribuer à l’instauration de ces mesures.

Si le PS accepte de respecter ses propres promesses électorales, alors les travailleurs obtiendraient une avancée sociale significative. Le PTB démontrerait ce qu’il est capable de réaliser. Mais si le PS refuse, il serait démasqué aux yeux de tous. Mais dans ce cas, les meetings et assemblées du personnel auront eu le mérite d’ancrer la campagne “fight for 14 €” dans de nombreux lieux de travail afin de construire un rapport de force pour obtenir des victoires. Des victoires qui provoqueraient un énorme enthousiasme et poseraient les bases d’une lutte pour obtenir bien plus, et pas seulement en Wallonie.

Construire un rapport de force pour obtenir les moyens

Briser les carcans budgétaires imposés est nécessaire pour pouvoir financer les revendications syndicales, mais aussi un plan radical d’investissements publics massif pour rendre gratuit, densifier et élever la qualité du réseau public de transports en commun, ainsi que pour l’enseignement, l’accueil de la petite enfance et des personnes âgées, la santé et les services de soins et d’aide, la construction de logements sociaux,… La droite dira qu’on veut “endetter les générations futures”. C’est pour cela qu’il faut combiner une telle politique à une lutte d’ampleur pour exiger les moyens. Les richesses existent largement. Mais pouvoir les arracher exige de construire un rapport de force dans la société. C’est la base pour s’amer de mesures socialistes capables de profiler un nouveau système, une société socialiste démocratique débarrassée de l’avidité capitaliste.