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Alors que le climat et la mobilité sont dans l’impasse, le budget de De Lijn est réduit de 20% !

La mobilité et le climat sont des questions vitales. La logique voudrait que l’on investisse massivement dans les transports publics, pour les rendre gratuits par exemple et assuré que ce service soit une véritable alternative à la voiture. Mais les transports en commun ont été mis à la diète alors que les usagers doivent payer plus cher. Nous en avons discuté en compagnie d’un chauffeur de bus anversois.

Les problèmes rencontrés à De Lijn semblent de plus en plus importants. Comment l’expliquer ?

‘‘Des économies considérables ont été réalisées sur l’exploitation au cours de ces dix dernières années. Si l’on tient compte, entre autres, de l’indexation et de la croissance de De Lijn, nous aurions dû recevoir une allocation de 1,076 milliard d’euros pour l’exploitation sur base des ressources de 2009. Nous n’avons toutefois reçu que 867 millions d’euros. Cette économie de 20% est ressentie à la fois par le personnel et les usagers. Le service est de qualité moindre et les tarifs plus élevés. C’est une aberration.

‘‘Le personnel essaie de s’adapter, mais cela a des limites. À un certain point, le manque de ressources fait des dégâts qui coûtent de l’argent. Depuis des années, trop peu d’argent a été investi dans de nouveaux bus et trams et leur entretien est tellement à la peine que des bus qui roulent depuis deux ou trois ans donnent l’impression d’être en service depuis dix ans.
‘‘Autre exemple : une partie du travail est externalisée. Concrètement, un conducteur en panne ne peut plus compter sur l’arrivée d’un technicien accompagné d’un bus de remplacement, ce qui permet de transférer les passagers pour qu’ils continuent leur voyage. Non, le bus est aujourd’hui remorqué par une compagnie indépendante et aucun autre autobus n’arrive. Pas besoin d’études de satisfaction pour savoir ce qu’en pensent les usagers…’’

Le nombre d’usager est pourtant en pleine croissance, parait-il.

‘‘Nous ne disposons pas de chiffres, le système de comptage n’était pas correct. D’autre part, un changement idéologique est apparu : ce qui compte, ce n’est plus le nombre de passagers, c’est le revenu généré. Le ‘‘taux de couverture des coûts’’ a fortement augmenté pour atteindre environ 20 %. Cela signifie qu’une plus grande partie du ‘‘coût’’ des transports publics est payée par les usagers plutôt que par la collectivité. En fait, c’est un moyen de compenser l’allocation régionale en déclin. La majeure partie de cette réduction est aux dépens du personnel, mais les voyageurs ne sont pas épargnés.

‘‘On le voit dans différents domaines: moins de service, mauvais service (le voyage est même parfois supprimé faute de chauffeur ou de bus disponible), tarifs plus élevés,… La situation est bien sûr source de tensions entre personnel et passagers. Si deux bus sont supprimés, le passager s’adressera au premier point de contact : le conducteur du troisième bus. Il n’y peut rien, mais ce sera pour sa pomme. Ce type de frustration conduit aussi à des agressions.’’

‘‘Fin mars, j’ai connu une grève dans mon dépôt suite à une grave agression. La semaine suivante, nous avons tenu une réunion du personnel et décidé de ne pas sortir. Les collègues se sont plaints que De Lijn ne fait rien pour notre sécurité. Non seulement les bus ne sont pas en ordre et le personnel manque pour y jeter un œil, mais la pression au travail est insoutenable, ce qui augmente encore les tensions.

‘‘C’est un cercle vicieux : des conflits éclatent parce que la coupe est pleine, du coup, des collègues s’en vont, donc la charge de travail augmente pour les autres et encore plus de disputent éclatent. De nouveaux collègues nous rejoignent, mais ils sont tout aussi nombreux à jeter l’éponge. Pas moyen d’y faire quelque chose sans meilleures conditions de travail. De meilleurs salaires seraient bienvenus, mais l’essentiel c’est de pouvoir faire un service correct, avec suffisamment de repos entre deux trajets, etc. En avril, nous avons fait grève autour de la prestation du service. On nous a promis l’une ou l’autre chose, mais l’argent manque pour de réels progrès.

‘‘Même le dirigeant de De Lijn Kesteloot a expliqué que la société a besoin d’une fois et demie à deux fois plus de ressources. Ses olutions sont mauvaises, mais au moins il souligne le manque chronique de moyens. En outre, on nous dit régulièrement que nous devons être compétitifs si nous ne voulons pas être privatisés. Dans ce contexte, la direction dispose depuis un certain temps déjà d’un ensemble de mesures visant à réduire les coûts de personnel. Par exemple, il est proposé de passer de 7h48 par jour à 7h24 par jour. L’idée est de diminuer nos jours de récupération du temps de travail (RTT, jours de congés accordés en vue de respecter la durée de travail hebdomadaire moyenne, NdlR). En théorie, cela permettrait de réduire les coûts et les pénuries de personnel. La direction utilise aussi des arguments liés à la santé des chauffeurs. Si la santé était vraiment une priorité, c’est une réduction du temps de travail sans perte de salaire et avec embauche compensatoire qui serait proposé, en passant à la semaine de 35 heures (contre 37 actuellement) pour que le travail reste humain. Mais ce n’est pas ce à quoi pense la direction.’’

Comment changer les choses ?

‘‘Il faut agir, de préférence dans le cadre d’un plan d’action qui implique d’autres personnes, comme les usagers. On en parle depuis pas mal de temps, mais avec les mobilisations pour le climat, une occasion en or s’offre à nous. L’idée de transports en commun gratuits et en plus grand nombre est populaire. Les syndicats auraient dû entrer en action plus vigoureusement. Cela a offert un espace à toutes sortes de propositions antisociales, comme l’augmentation des taxes sur le transport aérien. Certains collègues voyaient d’ailleurs d’un mauvais œil les mobilisations climatiques, ils craignaient que ce soit encore à eux de payer. Une campagne syndicale offensive couplée aux mobilisations de la jeunesse démontrerait que le soutien existe pour des transports publics plus nombreux et de meilleure qualité.

‘‘Après des années de pénurie, nous sommes sur la défensive depuis longtemps. Nous partons en actions en cas d’attaques ou contre la libéralisation. Il est grand temps d’aller à l’offensive avec plus de moyens publics pour des transports en commun plus nombreux et gratuits. Comme cela a déjà été dit, le plus important est d’augmenter les moyens publics afin d’améliorer l’offre. C’est ce que veulent le personnel et les usagers. Battons-nous ensemble !’’