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[INTERVIEW] Les pompiers de Bruxelles en lutte : entretien au cœur du mouvement

Interview de Pablo NYNS, sapeur-pompier au SIAMU de Bruxelles, délégué CGSP-ACOD, militant du PSL

La semaine passée, nous avons été surpris de voir les pompiers de Bruxelles sortir dans la rue plusieurs jours d’affilés . Que s’est-il passé ?

Nous sommes descendus dans la rue suite à une proposition de loi passée en première lecture au gouvernement bruxellois et élaborée par notre secrétaire d’État, Cécile Jodogne (Défi). Celle-ci voulait faire basculer nos systèmes de primes de garde vers le système fédéral de primes d’opérationnalité afin de ne pas payer d’impôt à l’ONSS. Cela impactait notre salaire en général et diminuait le montant des primes de nos équipes spéciales (les grimpeurs, intervenants chimiques et plongeurs). Enfin cette prime d’opérationnalité menaçait notre horaire de travail 24h/72h (horaire de travail qui est le meilleur pour une bonne récupération entre 2 gardes).

UPDATE: Nous venons d’apprendre que le projet de loi a été complètement retiré.

Comment avez-vous réagit suite à cette mesure ?

La délégation CGSP-ACOD du SIAMU a immédiatement produit un document pour alerter sur cette loi et a repris la proposition de collègues d’organiser des délégations de pompiers pour accompagner les syndicats devant les bureaux de négociation dans le but de commencer à établir un rapport de force. Nous avons donc lancé l’idée de 3 « comités d’accueil » durant les 3 jours des premières négociations.

La mobilisation était-elle au rendez-vous ?

Totalement. A la vérité nous n’avions pas correctement évalué le malaise qui existe dans les casernes et les 3 « comités d’accueil » qui devait réunir 20 à 50 collègues sont devenus 3 véritables manifestations combatives de pompiers qui réunissaient entre 250 et 300 personnes dans la rue. La proposition de loi de Cécile Jodogne n’était que la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Les pompiers de Bruxelles en ont plus qu’assez de la dégradation de leur condition de travail au sens large : casernes devenant littéralement des trous à rats, uniformes tombants en lambeaux, véhicules usés, etc.

Quelles étaient vos revendications ?

Nos premières étaient : aucune diminution de salaire, maintien des primes des équipes spéciales et des engagements écris et sérieux concernant la pérennité de notre horaire de travail. Cependant, à cela est venu se greffer une série d’autres demandes plus spécifiques.

Comment avez-vous développez vos revendications ?

Nous avons, le matin du troisième jour de mobilisation, organisé une Assemblée Générale des pompiers à laquelle plus de 300 collègues étaient présents pour voir si nous étions tous d’accord avec ces revendications minimales. Nous y avons voté à la quasi unanimité le retrait des syndicats de la table des négociations et la constitution d’un comité de concertation.

En quoi consiste ce comité ?

L’Assemblée générale

L’idée est de créer un organe au-dessus des syndicats pour permettre de construire la lutte, d’élaborer les actions et d’unifier le discours ou de développer des revendications plus spécifiques. Avec un groupe de pompiers, nous avons donc soumis l’idée à l’AG d’un comité formé de représentants élus et révocables dans chaque caserne et chaque compagnie. Nous ne voulons pas remplacer les syndicats qui ont un rôle à jouer dans la négociation, mais véritablement organiser le mouvement démocratiquement. Nous devrions être 16 représentants effectifs plus 16 suppléants. Actuellement, nous avons plus des deux tiers des effectifs qui ont été élus et devrions être au complet pour la fin de la semaine. Nous planifions également de constituer un groupe de portes-paroles issus du comité pour les médias ou pour accompagner les syndicats en négociation. Nous pensons que ce comité de concertation est une très grande avancée de notre mouvement.

Qu’avez-vous gagné après la dernière journée de mobilisation et quelles sont les perspectives pour votre mouvement ?

Les syndicats ont donc quitté la table des négociations comme discuté en AG. Ensuite, après une visite aux bureaux du Parti Socialiste, la ministre en charge de la Fonction publique bruxelloise, Fadila Laanan, a promis le gel des négociations jusque octobre et donc une pause estivale. Elle a aussi déclaré devant les médias que Cécile Jodogne l’avait piégée avec ce dossier et que, pour le PS, les droits acquis devaient être préservés durant une réforme.

Nous espérons que le futur secrétaire d’État se soumettra à cette avis. Mais pour nous, cela nous donne donc une pause estivale pour reprendre notre souffle après ce marathon social afin d’organiser la lutte pour la rentrée, notamment autour de ce fameux comité de concertation. Il est clair que la pression va un peu retomber maintenant. Mais nous allons probablement organiser quelques actions durant les vacances pour rappeler notre force.

Quelques choses à rajouter ?

Oui, j’aimerais souligner le dynamisme et la discipline des collègues. Pendant une semaine, tous les 2 jours, 300 sur les 1000 pompiers du SIAMU étaient dans la rue durant leurs jours de repos. En effet, les pompiers de garde continuaient le boulot même s’ils venaient régulièrement nous soutenir lors des manifestations avec leurs véhicules en revenant d’interventions.

J’aimerais aussi souligner la volonté de beaucoup de collègues de s’allier spécialement avec les militaires, les policiers et le personnel des hôpitaux en lutte, qui sont les services publics avec qui nous travaillons directement et qui sont aussi touchés par les restrictions budgétaires. Il y a une réelle volonté de convergence et le comité de concertation va tenter d’amplifier cela.

Enfin, ce mouvement n’est qu’un début. Il a clairement resserré les rangs des pompiers et prouvé que la lutte paie. J’ai été très ému quand des « anciens » expliquaient le vendredi soir au débriefing que c’était le meilleur mouvement social qu’ils aient vu depuis 20 ans chez les pompiers de Bruxelles.