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Le personnel hospitalier bruxellois du réseau IRIS en grève

Photo : Collecif Krasnyi

Comme en France, le personnel hospitalier bruxellois est en souffrance. Mais il semble bien qu’il soit « plus chaud que le réseau » IRIS : ce lundi ils étaient en grève pour 24h.

Depuis septembre 2018, les travailleurs des Administrations Locales et Régionales (ALR) ont lancé leur plan d’action pour défendre leurs conditions de travail, minées par des années d’austérité succédant à des années de sous financement. Depuis au moins une année et demie, ils défendent en front commun un cahier de revendications comprenant notamment des augmentations salariales de 10% contre les bas salaires mais aussi la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires. Une succession de rassemblements, d’Assemblées générales, de manifestations et de grèves ont déjà pris place durant des mois pour défendre dans la lutte ces revendications et, en fait, la qualité des services publics rendus dans les ALR. Depuis début 2019, en parallèle de ce plan d’action, un mouvement supplémentaire s’est développé au CHU Brugmann pour ensuite s’étendre aux autres hôpitaux publics bruxellois du réseau IRIS. Les rémunérations et les conditions de travail intenables sont pointées du doigt : la lutte des travailleurs des services publics bruxellois déborde.

Par Nicolas M.( Bruxelles)

Rythmes intenables, effectifs insuffisants, parkings inexistants … Service public ou rentabilité ?

Début de l’année, les brancardiers du CHU Brugmann débrayaient pour, un énième fois, résister au manque de personnel de leur service. Après 3 jours de grèves la direction accédait à certaines de leurs revendications. Cette expérience sur le site de l’hôpital n’est pas passée inaperçue. L’activité développée autour de leur piquet mais bien sûr aussi la victoire obtenue allait de manière contagieuse pousser le personnel soignant des services des urgences et des soins intensifs à débrayer à leur tour en mars dernier.

Ils pointent de manière générale que les services publics hospitaliers sont gérés comme une entreprise. Les budgets nécessaires ne sont pas présents pour offrir des conditions de travail et une qualité de service décentes dans nos hôpitaux. Les syndicats expliquent que les réductions de financements dans la santé décidées sous le gouvernement Michel coûteraient 15 nouveaux millions aux hôpitaux bruxellois. On voit bien que les problèmes ne sont pas en voie d’être résolus mais bien plutôt à s’amplifier.

Et cela a des conséquences sérieuses et malheureusement dramatiques. Les travailleurs l’expliquent : ils font face à un cercle vicieux. La charge de travail bien souvent extrême a pour conséquence un arrêt de carrière pour un personnel passionné mais dégoutté, quand ce n’est pas des arrêts maladie et des burn-out. Alors le personnel qui reste connait une situation qui se dégrade de plus en plus.

Dans le sillage creusé par le personnel de Brugmann c’est finalement l’ensemble du personnel soignant et administratif des hôpitaux publics bruxellois qui ont débrayé ce dimanche soir pour 24h. Ils se sont donnés rendez-vous ce lundi matin aux portes de la faîtière IRIS où se réunissait un comité de négociation entre les représentants syndicaux et ceux du conseil d’administration. Avec cette grève et cette action le personnel a bien entendu mis à l’agenda de cette réunion leurs problèmes et leur colère.

Pour la direction du réseau il faut … arrêter la grève

Une délégation du personnel a ainsi pris part à la réunion pour expliquer les conditions insoutenables dans les services. A leur retour cette délégation a expliqué les solutions proposées. La direction IRIS a semble-t-il bien écouté et semble même bien comprendre la détresse du personnel. Malheureusement elle propose un calendrier de réunions pour continuer à discuter. La direction est d’ailleurs descendue dans la rue, obligée bruyamment par les travailleurs à venir publiquement expliquer à tous les grévistes présents leur « compréhension » et leurs solutions.

Par la voix notamment du président de la faîtière, Renaud Witmeur (PS, ancien chef de cabinet de Rudy Demotte), la direction a expliqué qu’il fallait continuer à discuter ensemble, et qu’il fallait ensemble aller protester contre les mesures du gouvernement fédéral. La suite de l’argumentation arrive enfin au vrai problème pour la direction : il serait donc bien vu de cesser la grève pour laisser place à la négociation entre direction et syndicats proposée dans leur « agenda ». Mais du coup aussi pour se tourner vers des négociations avec le fédéral ?
La manœuvre est un peu grosse. Le personnel connait ces « agendas » de réunions. Ils y ont d’ailleurs participé à chaque fois que la direction l’a proposé. Mais pour arracher une avancée significative ils savent que seule la lutte paie. Sûrement l’exemple des brancardiers et des soignants de Brugmann rôde encore dans les mémoires et c’est tant mieux.

Respect des trajectoires budgétaires ou qualité du service ?

En fait la direction essaye de construire une unité avec le personnel contre le fédéral. Il est clair qu’il faut lutter contre l’austérité à tous les niveaux de pouvoirs : au fédéral mais aussi à la région, dans nos communes et au sein même des hôpitaux ! Par contre on ne défend pas les mêmes intérêts que la direction. Celle-ci ne cherchent pas à satisfaire les besoins en services de qualité des patients (transformés en chiffres, si pas en clients) mais à respecter docilement des budgets donnés, peu importe qu’ils soient suffisants… ou pas.

Si ce n’était pas le cas alors pourquoi la direction du réseau ne défendrait pas un déficit budgétaire pour entamer un bras de fer avec le fédéral et l’obliger alors à payer ? Ils ne le font pas parce que là n’est pas leur rôle. Dans l’Histoire leur rôle est de ne pas faire trop de vague et de docilement s’assurer l’application des mesures. Et à qui veulent-ils encore croire que sous financer de cette manière la santé publique n’est pas une faille pour insérer le privé et la libéralisation du secteur ? Nous ne sommes pas dupes, patients et personnel !

Tout comme dans les revendications plus générales des ALR, le mouvement dans les hôpitaux pointe à côté du manque de moyen, le problème du management brutal dans les services publics. Si la direction est consciente des problèmes du personnel comme elle l’a elle-même dite ce matin dans la rue face aux grévistes alors va-t-elle faire quelque chose là-dessus ? Ça ne devrait pas coûter trop d’argent d’éradiquer des couloirs de nos hôpitaux les techniques d’intimidations, autoritaires et autre ? A notre avis ces techniques, issus du privé, sont aussi une préparation à la libéralisation : s’assurer un personnel docile prêt à travailler sous toutes les conditions, surtout les moins bonnes.

« Ce n’est qu’un début continuons le combat » : AG, nouvelle grève et plan d’action

Personne ne semblait bien sur dupe des manœuvres de la direction ce matin. Les actions ne vont sûrement pas s’arrêter de sitôt. Après le rassemblement aux portes d’IRIS, le personnel gréviste s’est rassemblé en AG place Poelaert pour discuter des propositions d’agenda de la direction et des suites.

Plusieurs éléments pour continuer la dynamique ont été discutés et votés. La volonté de continuer le combat était unanime. L’assemblée a décidé de demander aux organisations syndicales un nouveau dépôt de préavis d’action qui les couvrira pendant la période d’été et ainsi rappeler à la direction que le personnel n’est pas dupe et pas prêt à cesser l’action collective. De nouvelles actions seront organisées en septembre si rien n’a évolué d’ici là.

D’ici là le personnel de l’ensemble des sites devra mener les discussions sur le cahier de revendications pour qu’à l’horizon du 14 juin les revendications plus spécifiques aux différentes situations puissent être intégrées. Une coordination a aussi été mise en place pour structurer et souder les différents sites. Mais aussi pour construire l’unité dans la lutte avec l’ensemble du secteur non marchand et donc les sites et hôpitaux en dehors du réseaux IRIS. A côté de la grève des actions locales sur les différents sites parsèmera l’actualité de nos hôpitaux durant l’été. Tout ceci prévient d’ores et déjà d’une rentrée sociale combattive en septembre pour les services publics bruxellois, un combat mené depuis plus d’un an maintenant par les syndicats en front commun. Il faudra bien qu’à un moment politique, gouvernements, dirigeants se rendent compte que si rien n’avance il faudra qu’ils dégagent avec toute leur politique d’austérité.

=> Pour suivre le développement de la lutte sur Facebook : Soignant.e.s en mouvement / 2019 Belgique