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Le cri d’alarme de ‘‘Nous sommes le climat’’

‘‘Vous nous dites que nous devons ranger notre chambre et vous espérez que nous étudierons beaucoup, que nous deviendrons tous de brillants scientifiques et que nous tenterons tous de résoudre votre problème planétaire. Du moins : s’il est encore temps pour cela. Parce qu’en attendant, le temps presse. Nous entendons le tic-tac.’’

Par Geert Cool

Dans leur livre ‘‘Nous sommes le climat’’, Anuna De Wever et Kyra Gantois appellent à l’adoption de mesures sérieuses pour le climat. L’urgence est au centre du petit livre : nous entendons tous résonner le tic-tac du temps qui passe. C’est précisément ce sentiment d’urgence qui, depuis des semaines, mobilise des dizaines de milliers de jeunes dans un mouvement qui a rendu célèbres Anuna et Kyra. Ce mouvement montre quelle est la force de la mobilisation : la colère et la peur ont été transformées en détermination.

Cette lettre ouverte dénonce l’inaction alors que les scientifiques indiquent clairement que le temps nous manque. Sans changement fondamental au cours des dix à douze prochaines années, un changement climatique irréversible et auto-renforçant menace. Les deux jeunes tracent un parallèle intéressant avec les plans d’évacuation en cas d’incendie qui existent pour chaque école. ‘‘Nous le pratiquons trois fois par an, en laissant tout en place, en fermant les fenêtres, en courant en rangées et en nous réunissant dans la petite place derrière l’école. La planète est en feu, mais il n’y a pas de plan.’’

Le livre reste plus hésitant au sujet des alternatives et des solutions. La nécessité d’augmenter les moyens pour les transports en commun est précisée et les auteurs ont raison de souligner que des milliards sont consacrés aux combustibles fossiles actuellement ou encore que les milliards n’ont pas manqué il y a dix ans afin de sauver les banques. Pourquoi est-ce impossible pour le climat ? Ces observations ne sont pas neuves : elles remettent directement en question le fonctionnement du système actuel et ouvrent le débat sur l’alternative à lui opposer.

Répondre que nous sommes tous sur le même bateau et que nous devons écouter les recommandations des experts est hélas insuffisant. Anuna et Kyra soutiennent que le climat n’est ni de gauche ni de droite et que tout le monde devrait se battre pour l’avenir de la Terre-Mère. Mais pourquoi donc les choses tournent-elles aussi mal s’il en est ainsi ? Est-ce la faute de nos aînés qui n’ont pas compris le problème à temps ou à cause des politiciens qui se disputent trop entre eux au lieu de s’en prendre aux problèmes ? Cela peut jouer un rôle, mais la racine du problème est beaucoup plus profonde : le système – et appelons-le par son nom : le capitalisme – ne repose que sur la recherche de profits pour une infime élite, il exploite toutes les sources de richesse, tant le travail que la nature. Accepter ce constat est un fait politique et idéologique.

Le capitalisme s’oppose à nos intérêts. Anuna et Kyra indiquent à juste titre qu’une planification rationnelle de l’utilisation des ressources disponibles est nécessaire. Des solutions très logiques sont également proposées comme le transfert des milliards de dollars de subventions aux combustibles fossiles vers les transports publics. Nous pourrions réunir des milliers d’autres experts qui confirmeraient les avantages de cette mesure, mais ce ne sera pas suffisant pour en faire une réalité. Pour y arriver, nous ne pourrons pas faire l’économie d’une lutte de masse. Même les mesures les plus évidentes pour préserver notre avenir exigeront une lutte acharnée contre les intérêts des utlra-riches, en développant nos revendications dans le contexte plus large d’un ambitieux projet de société alternative. Sans toutefois parler de socialisme, le livre ouvre la discussion sur cette alternative. Passons d’une pensée utopique à une vision scientifique de la société et de notre alternative à la barbarie du capitalisme.