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J’veux du soleil : Ruffin porte la voix des Gilets Jaunes

Si vous n’êtes jamais allés sur un rond-point occupé par les Gilets Jaunes ; si vous avez des à priori sur le mouvement et sa composition ; si vous croyez les propos de leurs détracteurs les identifiant comme racistes, homophobes, casseurs, fous furieux ; si vous vous demandez pourquoi et comment il se fait que le mouvement, bien qu’essoufflé, perdure encore aujourd’hui : allez voir ce film.

Par Laure, Gauche Révolutionnaire (CIO-France)

Le mouvement GJ en image

De villes en ronds-points, le député du groupe parlementaire de la France Insoumise François Ruffin et son cameraman sillonnent la France à la rencontre de ceux qui, depuis le 17 novembre, se sont relayés pour tenir ces ronds-points transformés en ‘‘villages de Gaulois réfractaires’’, ‘‘mini ZAD’’ (Zone à défendre),… Qu’importe leur dénomination, ces endroits ont été transformés avant tout en lieux de rencontre et d’organisation, de vie et d’échange, de résistance et de reconnaissance, entre frères de galère, sœurs de misère, exploités et petits exploitants dont le dénominateur commun est celui du ras-le-bol, du refus de cette survie imposée. De gens qui refusent, parfois pour la première fois, d’être les oubliés d’un système où la minorité se gave goulûment sur le dos des autres qui en bavent.

Portraits des invisibles qui subissent

Il ne faut pas s’attendre à un film qui permettrait de comprendre l’organisation de ces lieux de résistance, de la mise en place des Assemblées générales à l’organisation logistique ou stratégique des blocages. Il n’aborde pas non plus la gigantesque répression policière et judiciaire. Le film nous propose un recueil de portraits de GJ asphyxiés par la vie, sortant de la honte pour relever la tête et dire que ça suffit. Il nous présente une diversité de portraits émouvants d’une couche auparavant silencieuse de travailleurs précaires, chômeurs, retraités, mères célibataires et petits indépendants en galère qui se relayaient sur les carrefours occupés.

Les naufragés du capitalisme

Ces portraits donnent à voir à quel point la société piétine, exploite, presse jusqu’à la moelle, puis laisse pourrir tous ceux qui la composent et pourtant créent les richesses. Personne n’est épargné sauf la classe dominante. Elle laisse sur le banc la plupart d’entre nous, nous met en compétition, nous tue à petit feu.

Le film ne montre qu’une partie du tableau. Il faut y rajouter l’abandon des services publics, les postiers et cheminots qui luttent depuis de nombreux mois contre la privatisation des services; les profs et les lycéens en lutte contre les lois qui dégradent l’éducation. Le pays est traversé de luttes sociales et une certaine convergence a eu lieu autour du mouvement des Gilets Jaunes.

La solidarité pour tenir

Comme on l’entrevoit dans le film, la solidarité engendrée par les occupations quotidiennes et nocturnes des ronds-points est frappante : dons, démonstrations de solidarité, discussions,… Une puissante force collective et une volonté (et nécessité) de s’organiser ensemble se dégageaient des lieux d’occupation.

Lever la tête collectivement est une prise de conscience qui restera gravée dans les mémoires. Certains ont décidé de ne plus se laisser faire à l’usine non plus. C’est le cas notamment des ouvriers des entrepôts de Décathlon qui, grâce au mouvement, ont senti qu’il était temps que la peur change de camp et ont bloqué leur lieu de travail pour la première fois depuis 30 ans, afin d’exiger de meilleures conditions de travail et de salaire.

Réappropriation des richesses : une nécessité

Le film laisse ouvertes les pistes qui pourraient être tirées de ce mouvement d’envergure, notamment quant à la manière de poursuivre la lutte. La seule conclusion possible d’un tel mouvement, c’est la nécessité de l’appropriation des moyens de production et de décision par la collectivité. C’est la seule manière de faire vaciller ce système moribond qui nous plonge dans la violence sociale, puis policière et judiciaire dès qu’on le remet en cause. Le mouvement des Gilets Jaunes a montré de quoi nous sommes capables en termes d’organisation et de solidarité.