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50 ans après Stonewall : la lutte pour les droits des LGBTQI+ continue !

Pride 2018

 

Les émeutes de Stonewall ont eu lieu à New York il y a 50 ans. Ces émeutes représentent le moment symbolique marquant la réelle éclosion du militantisme LGBTQI+(1) aux États-Unis et dans le monde. Ce mois de la Pride est une excellente opportunité de réfléchir à ce qui a vraiment changé, à ce qui n’a pas changé et, plus important encore, à la manière dont nous pouvons tout changer.

Par Elise (Gand)

Stonewall – un climat de rébellion

Le 28 juin 1969, la police a fait une descente dans le bar LGBTQI+ Stonewall Inn, à New York. Mais ce jour-là, la police a perdu le contrôle, les LGBTQI+ ont riposté. La colère n’a plus pu être contenue, ni le 28 juin, ni lors des manifestations qui ont éclaté dans les jours et les mois qui ont suivi.

Si l’on veut vraiment la liberté et l’égalité, nous devons nous en charger nous-mêmes. Les droits que les personnes LGBTQI+ ont aujourd’hui ne proviennent pas de la bienveillance des responsables politiques. Pendant des années, la société a considéré les personnes LGBTQI+ comme perverses, malades et anormales. Ce n’est que sous la pression d’une résistance activement organisée que le processus pour l’égalité des droits a démarré.

Ce n’était pas par hasard. Ces événements ont pris place dans le contexte du mouvement des droits civiques, de la guerre au Vietnam et du mouvement des femmes. Les personnes LGBTQI+, conscientes de la nécessité de lutter pour amener du changement, ont dans ce cadre acquis l’expérience nécessaire pour organiser cette lutte. Des comités d’action ont été mis sur pied, des campagnes et des manifestations publiques ont été organisées et les bars LGBTQI+ sont devenus le théâtre de discussions politiques intenses. Actuellement, les mobilisations croissantes à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’expérience des jeunes dans le mouvement climatique, les luttes syndicales et le discrédit des partis traditionnels créent une nouvelle ouverture pour l’organisation de manifestations en faveur des droits LGBTQI+.

Lutter pour une réelle égalité

Le slogan ‘‘Fight for Pride’’ n’est pas un retour nostalgique aux années ‘60 et ‘70. C’est une nécessité. Outre la législation LGBTQI+phobe dans de nombreux pays, la montée des populistes de droite et de l’extrême droite exerce une pression sur ce qui semblait être des ‘‘droits acquis’’. Depuis son entrée en fonction, Trump a pris 101 mesures à l’encontre des personnes LGBTQI+(2) : des figures telles que Bolsonaro, Orban et Poutine propagent directement et/ou indirectement la discrimination et la violence à l’encontre des personnes LGBTQI+.

En Belgique, des lois ont été introduites pour lutter contre la discrimination (mariage et adoption pour les couples homosexuels, droit de changer de genre sur sa carte d’identité, législation anti-discrimination…). L’égalité juridique est très importante, mais force est de constater qu’elle ne suffit pas à parvenir à une véritable égalité. L’absence (jusqu’à récemment totale) de refuges pour les personnes LGBTQI+ n’est qu’un des nombreux problèmes. La violence à leur encontre est en hausse, tout comme le taux de pauvreté. Dans un contexte de graves pénuries de logements et d’emplois convenables, il n’est pas possible de mettre fin à la discrimination, même si elle est interdite par la loi. Le nombre de tentatives de suicide – 40% des personnes trans* en Flandre(3) – et le fait que 40% des élèves LGBTQI+ du secondaire se sentent en danger à l’école(4) indiquent que le bien-être physique et psychique des personnes LGBTQI+ est encore négligé.

Des emplois, pas de racisme, sexisme et de LGBTQI+phobie !

Tout comme avec le sexisme, certains représentants politiques de droite attribuent la LGBTQI+phobie à l’immigration. Pourtant, elle n’est pas étrangère au monde ‘‘occidental’’ comme nous l’a tristement démontré, entre autres, les triangles roses dans les camps de concentration et la législation coloniale homophobe.

La LGBTQI+phobie n’est pas spécifique à une culture, elle est caractéristique d’un système qui a besoin d’entretenir la division pour se maintenir. Dans cette société, les pénuries organisées dressent des groupes de la population les uns contre les autres: le budget d’aide aux réfugiés signifie des économies sur le bien-être des LGBTQI+ et vice versa. De cette manière, le gouvernement tente de détourner l’attention de sa politique d’austérité qui maintient les inégalités. Ce ne sont pas les réfugiés ni les migrants qui causent les discriminations sur le marché du logement et du travail vis-à-vis des personnes LGBTQI+, mais le sous-financement chronique sous le capitalisme.

Pour être efficace, lutter contre une forme de discrimination doit signifier combattre toutes les autres formes de discriminations. Ce n’est qu’uni que nous sommes assez forts pour retirer les richesses que nous produisons ensemble des mains de la bourgeoisie, pour les investir dans la société.

Une question de temps ?

Les gens ne sont pas naturellement LGBTQI+phobe. Mais si les investissements pour la combattre sont reportés, elle ne disparaîtra pas. Il faut des solutions concrètes : un refinancement public de l’éducation (sexuelle) afin de permettre que des débats appropriés soient possibles dans chaque école avec une attention suffisante aux thèmes LGBTQI+ ; investir dans des logements sociaux de et des emplois décents en nombre suffisant pour mettre réellement fin aux pratiques discriminatoires ; des campagnes de sensibilisation allant au-delà des arcs-en-ciel.

Les organisations LGBTQI+ ont besoin de plus de ressources pour pallier les carences de personnel et éviter de dépendre de budgets ponctuels pour des projets prestigieux. Il faut investir dans les refuges et les soins de santé pour que le fait d’être soi-même ne signifie pas risquer de devenir SDF, subir la violence et la pauvreté. À cette fin, des investissements doivent également être réalisés dans les services publics et sociaux pour l’accueil et l’accompagnement des personnes LGBTQI+ qui le souhaitent et de leur entourage.

Luttons pour des revendications sociales et le socialisme

Les protagonistes des soulèvements de Stonewall faisaient partie de la population la plus pauvre, noire, trans*, etc. Ils connaissaient des situations extrêmement précaires en raison des discriminations dont ils étaient victimes. Même les quelques endroits où ces personnes pouvaient se retrouver étaient en proie aux descentes de police et les propriétaires de bars cherchaient avant tout à profiter de la situation. Disposer d’espaces sûrs n’est pas possible dans une société qui s’enrichit des inégalités. La LGBTQI+phobie ne pourra être éliminée que lorsque le système capitaliste aura été éradiqué.

Alors descendons dans les rues pour lutter pour arracher les moyens dont nous avons besoin et pour rompre avec l’austérité et le système capitaliste lui-même. Un gouvernement qui préfère protéger les intérêts des 1%, plutôt que de défendre le bien-être des personnes LGBTQI+ et de l’ensemble des travailleuses et travailleurs participe à la violence et la discrimination. Faisons de la Pride un événement combatif !

RDV le 18 mai dès 12h devant la gare de Bruxelles-Central. À 14h, nous formerons avec la Campagne ROSA une délégation combative dans la Pride pour porter les messages ‘‘Pride is a protest’’ et ‘‘Pride not profit’’.

(1) Lesbiennes, gays, bisexuels, trans, queers, intersexes et autres.
(2) http://www.holebi.info/phpnews/kortnews.php?action=fullnews&id=17535
(3) https://transgenderinfo.be/suicidepreventieproject-van-start/
(4) https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2018/05/09/4-op-de-10-holebi-scholieren-voelt-zich-onveilig-op-school/