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Pologne. ArcelorMittal annonce l’abandon de la production à Nowa Huta. Préparons-nous à défendre les emplois!

La direction du géant mondial de l’acier ArcelorMittal a annoncé par voie de presse ainsi que lors d’une assemblée générale des employés de l’aciérie COS de Cracovie la fermeture temporaire de la partie matières premières de l’aciérie, à compter de septembre, sans annoncer de date de fin. Cela signifie l’extinction du haut fourneau et par conséquent l’arrêt de la production de l’aciérie de conversion et des aciéries COS (coulée continue). Cela concerne 1200 ouvriers sur un total de 4000 a l’acierie de Cracovie.

Par Kacper Pluta, métallurgiste, Alternatywa Socjalistyczna (section polonaise du Comité pour une Internationale Ouvrière)

La direction du groupe justifie cela par la crise de surproduction sur le marché de l’acier, par la guerre commerciale dans laquelle les producteurs européens sont perdants et par des coûts de production élevés en Pologne (causés par les prix élevés de l’énergie et les coûts d’émission de CO2).

L’arrêt de la production entraînera une chute radicale de la demande de main-d’œuvre dans le departement concerne. À l’heure actuelle, aucun plan de licenciement n’a été annoncé. Selon les déclarations préliminaires du responsable, les employés seraient transférés dans d’autres unités (notamment dans l’aciérie de Katowice) ou seront mis au chomage technique (sans qu’un travail ne soit assuré et avec une réduction significative de la paie). Toutefois, des licenciements ont déjà été annoncés chez des sous-traitants, de même qu’une modification du calendrier des investissements prévus. On ne sait pas encore s’il y aura des mises à pied pour les travailleurs intérimaires.

Beaucoup de travailleurs s’inquiètent de savoir si la production reviendra un jour dans l’usine. Ces craintes sont justifiées au regard de la manière dont ArcelorMittal a déjà fonctionné avec des sites similaires en Europe occidentale, à Liège par exemple. La décision de suspendre la production à Nowa Huta est également critiquée par de nombreux travailleurs en raison des investissements de plusieurs millions d’euros réalisés au cours de ces dernières années – rénovation du haut fourneau, investissements dans la protection de l’environnement, construction d’un nouveau laminoir à chaud (prétendument le plus moderne d’Europe). On soupçonne également que l’entreprise souhaite obtenir des « cadeaux » du gouvernement sous la forme de remises d’impôts spéciales ou d’un tarif particulier pour l’énergie.

Nowa Huta et son industrie ont déjà subi une thérapie de choc par le passé. Lors de la privatisation, l’emploi dans cette usine a chuté de 90% – des réductions de budgets drastiques ont également été requises par l’Union européenne. Au fil des ans, l’emploi a diminué et l’âge moyen des travailleurs en activité a augmenté. Les métallos n’ont été recrutés que très lentement et la plupart en tant qu’intérimaires. Les métallurgistes se voient à nouveau confrontés au spectre de la mort industrielle et de l’effondrement du savoir technique.

Et ensuite?

A un stade aussi précoce, il est difficile de planifier exactement la tactique de défense des emplois, alors que la société affirme qu’il n’y aura pas de licenciement et qu’elle a l’intention de continuer de produire de l’acier. Il ne faut pas la croire comme ça. L’évolution future des événements dépendra de plusieurs facteurs, notamment de la situation économique en Europe et dans le monde. Si la crise de surproduction s’avère devenir un gouffre lors de la prochaine vague de crise économique du capitalisme européen, alors nous pourrons oublier les déclarations d’ArcelorMittal. Les syndicats doivent dores et déjà se préparer à se battre pour les emplois. À notre avis, cette lutte sera plus efficace si un front commun engage le plus grand nombre possible de travailleurs – y compris les non syndiqués – sur la base des points suivants:

1) Les travailleurs doivent avoir accès aux finances du groupe. Nous n’avons aucune raison de croire les déclarations de la direction: l’usine de Cracovie a-t-elle vraiment la production la plus chère du continent? La poursuite de l’exploitation des aciéries de Cracovie a-t-elle vraiment une justification économique et environnementale basée sur le transport des dalles d’acier depuis Katowice, à 80 km, plutôt que depuis COS située à une centaine de mètres? Il est crucial que les travailleurs procèdent à un audit des finances.

2) La renationalisation des aciéries sous le contrôle des salariés. Si ArcelorMittal n’est pas intéressée par la poursuite de la production et veut gaspiller des centaines de millions d’investissements et d’inestimables ressources humaines sous la forme de travailleurs expérimentés, nous devrions exiger du gouvernement qu’il prenne le contrôle de l’entreprise. Bien sûr, de nombreux travailleurs se méfieraient des bureaucrates du gouvernement / du parti dans la fabrication de l’acier, si celle-ci est guidée par la logique capitaliste, encline au népotisme, à la corruption, etc. Le modèle de gestion auquel nous devrions nous attacher est donc le contrôle des travailleurs sur la production et les divers aspects de l’exploitation. Les travailleurs sont ceux qui connaissent le mieux ses problèmes.

3) Solidarité interentreprises, interprofessionnelle et internationale! Nous devons unir les équipes de travailleurs des grandes usines d’acier, mais aussi celles qui ne sont pas touchées par les mesures d’ArcelorMittal. Ce sera une tâche difficile. Certains travailleurs de Katowice (Dąbrowa est la ville a cote de Katowice ou se trouve l usine) ou de Zdzieszowice ou même la cokerie de Cracovie respirent avec soulagement au vu du fait que cette turbulence ne les frappe pas pour l’instant. Mais nous devons les convaincre qu’il faut être unis pour faire face aux problèmes d’aujourd’hui à Nowa Huta, ces derniers pourraient devenir leurs problèmes à eux à l’avenir. Il nous faut également renforcer la solidarité avec les autres industries, à l’image de ces nombreuses industries qui ont soutenu la récente grève des enseignants. Il est également nécessaire de renforcer le soutien de la communauté locale de Nowa Huta, etc. Enfin, les problèmes d’ArcelorMittal s’étendent – à l’instar du groupe lui-même – à de nombreux pays. Selon les informations préliminaires, des mesures similaires auraient également lieu dans l’usine espagnole. La direction essayera de monter les travailleurs des différents pays les uns contre les autres. C’est pourquoi nous devons nouer des contacts avec nos collègues à l’échelle internationale.

La dernière question à traiter est le contexte général de la crise économique et de la crise climatique. Aucun pays n’est une île isolée et la nouvelle vague de crise mondiale aura un impact considérable sur l’économie polonaise – le ralentissement de l’économie allemande entraîne déjà une crise de l’industrie polonaise.

Le capitalisme se caractérise par des crises récurrentes et les métallurgistes le savent parfaitement, ils ont l’habitude d’entendre parler du « manque de climat propice aux affaires », de « la mauvaise situation du secteur », etc. Le capitalisme n’a pas de solution durable aux crises économiques, tout comme à la crise environnementale. Le système de taxation des émissions de carbone n’améliore pas l’environnement mondial ni ne réduit les émissions de gaz à effet de serre; il ne fait que déplacer le problème d’un pays à l’autre, ce qui génère également des problèmes pour les économies périphériques telles que la Pologne (liées à la hausse des prix de l’énergie).

Nous devons tenir compte de ces questions lors de l’élaboration de notre stratégie de lutte pour l’emploi. Par conséquent, à côté de la nationalisation sous le contrôle des travailleurs, nous proposons ce qui suit:

  • au lieu du système d’échange de quotas d’émissions (European Emissions Trading System ou EU ETS), il faut des investissements massifs dans des travaux publics utiles, destinés au public et à la demande interne croissante (y compris d’acier); en particulier des investissements dans le développement d’énergies propres,
  • des investissements dans la recherche sur les technologies permettant une production d’acier plus propre et une réduction des émissions de CO2.

Les crises, les guerres commerciales et les actions de grandes entreprises comme ArcelorMittal sont inhérentes au capitalisme; l’alternative est une société socialiste, non pas à l’image de la dictature bureaucratique stalinienne, mais une société où l’économie serait planifiée de manière rationnelle et démocratique dans l’intérêt de toute l’humanité.