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Votez PTB pour la taxe des millionnaires et rejoignez le PSL pour une transformation socialiste de la société

Rarement le patronat n’a été si bien servi que par la coalition thatchérienne MR / N-VA / CD&V / Open-Vld. La FEB (Fédération des entreprises de Belgique) a reçu des cadeaux d’une valeur de 20 milliards d’euros sous cette législature, sous forme de saut d’index, de réduction des cotisations sociales et de baisse du taux d’imposition (de 33,99% à 25%). L’ensemble des sacrifices imposés à la population n’a pas servi à un retour à l’équilibre budgétaire, mais à plus de transfert de moyens vers les plus riches. Alors que nous sommes nombreux à connaître des fins de mois difficiles, les grandes entreprises belges ont distribué 12,5 milliards d’euros de dividendes à leurs actionnaires en 2017.

Par Boris (Bruxelles)

La FEB en redemande, sans surprise. Elle a sifflé la fin de la récréation suite à la chute de Michel I et a lancé une campagne pour la reconduction du gouvernement de droite dure. N-VA, MR et Open-Vld se sont déjà déclarés d’accord. Wouter Beke (CD&V) affiche aussi sa préférence en déclarant que : ‘‘revenir en arrière par rapport aux mesures que nous avons prises depuis 2014, pas avec nous’’. Maxime Prévot a pris la présidence du cdH pour préparer son parti à être de la partie. Sur base des résultats des élections communales, nous aurions alors un gouvernement de cinq perdants.

La FEB a déjà composé le menu : limitation dans le temps des allocations de chômage (la directrice générale de la FEB propose à 2 ans) et nouvelle dégressivité de celles-ci, baisse des cotisations patronales à 20 %, aucune contribution des entreprises pour le climat, prolongement de centrales nucléaires au-delà de 2025, nouvelle révision de la loi de 1996 sur la modération salariale en minant le caractère automatique de l’indexation, flexibilisation du recours au travail de nuit, baisse du montant des pensions des fonctionnaires, diminution des allocations pour les chefs de ménages et création d’une application numérique visant à saper le versement des allocations de chômage par les syndicats et des indemnités de maladie par les mutuelles. Pour le mouvement des travailleurs, ce scénario est cauchemardesque. L’enjeu des élections est de taille.

Heureusement que les Gilets Jaunes ont imposé à l’agenda les thèmes de l’injustice fiscale, du pouvoir d’achat et des conditions de vie déclinantes de la population. Heureusement, surtout, que le mouvement historique pour le climat et sa jeune avant-garde ont mis leur empreinte sur ces élections. Heureusement que les syndicats ont mené des actions autour des pensions et des salaires. En février dernier, les cinq partis de droite précités ont connu leur plus mauvais sondage et la majorité leur échappe. Mais rien n’est acquis. Tout doit être fait pour saisir à pleines mains le potentiel que représentent les revendications d’investissements publics massifs pour le climat et le social, de transports publics gratuits, de retour de la pension à 65 ans, d’une pension de minimum 1.500€ par mois, d’un salaire minimum horaire de 14€ et de réduction collective du temps de travail. C’est ainsi que l’on pourra dégager le droite par la rue et par les urnes et éviter la gueule de bois le 27 mai.

Le PSL appelle à voter PTB pour disposer d’élus de gauche qui feront barrage à la poursuite de la casse sociale. Le PTB a raison de dire qu’une percée électorale en Flandre aiderait à contrarier le discours des ‘‘deux démocraties’’ qui existeraient en Belgique, une au Nord et une au Sud. A cette fin, le PTB aurait été mieux avisé de répondre à notre proposition de collaboration, de prendre des candidats du PSL sur ses listes et de s’ouvrir à une coopération plus large à gauche afin d’assurer l’obtention du meilleur résultat possible.

Pour Raoul Hedebouw, le succès du PTB pousse le PS à le copier sur bon nombre de revendications alors qu’il a fait l’exact opposé au pouvoir. Il appelle donc à voter pour l’original, pas pour la copie. C’est vrai, la percée du PTB aide à faire pencher la balance à gauche. C’est vrai, le PS essaye de regagner du terrain sur le PTB pour ne pas perdre toute pertinence à l’image de son équivalent grec ou français.

Lors d’un débat télévisé, on a demandé à Ahmed Laaouej (chef de groupe du PS à la Chambre) si le PS ne courrait pas derrière le PTB en défendant un impôt sur la fortune. Il a répondu que le PS a adopté l’impôt sur les grandes fortunes dans son programme en 1985 en précisant que c’était plutôt la social-démocratie qui était copiée puisque le PTB a abandonné son programme de nationalisations en faveur d’une redistribution des richesses via la fiscalité. Ce n’est pas faux. Il est par contre bien moins crédible en expliquant que cet impôt sur la fortune, présent dans son programme depuis 1985, n’a jamais vu le jour puisqu’aucune majorité n’y était favorable. La vérité, c’est que le PS a été présent à tous les niveaux de pouvoir sans discontinuité de 1988 à 2014 et qu’il n’en a jamais fait un point de rupture dans les négociations. Plus récemment, le PS n’a eu besoin de personne pour qualifier d’irréalistes les propositions du PTB pour des majorités communales progressistes et préférer conclure des coalitions ‘‘contre-nature’’ avec le MR contre les vœux de la FGTB.

Lors du lancement de la campagne du PTB via un meeting suivi en direct par 6000 personnes via livestream, Peter Mertens a expliqué que le programme du PTB est construit autour de la justice fiscale. Le PTB veut démontrer le réalisme de son programme de répartition plus équitable des richesses dans le cadre du capitalisme via une taxe des millionnaires. Il chiffre celle-ci à plus de 13 milliards d’euros de revenu annuel mais compte sur 8 à 10 milliards d’euros par mesure de précaution. Nous sommes partisans de cette taxe des millionnaires, mais nous avertissons qu’un gouvernement de gauche qui l’introduirait s’attirerait les foudres du patronat qui saboterait l’économie par la fuite des capitaux. Malheureusement, le PTB fait abstraction de ces difficultés. Abandonner l’arme de la nationalisation, une mesure qui s’impose pour riposter à l’inévitable contre-offensive patronale, serait une grave erreur. Cette importante précision doit être présente dans le programme et le matériel électoral pour préparer la population.

Nos arguments ont beau être les plus convaincants au monde, obtenir un capitalisme à visage humain relève de l’utopie. Les capitalistes ne font de concessions sérieuses que lorsqu’ils sont confrontés à un mouvement de masse qui menace l’existence de leur système. Une fois les relations de force à nouveau à leur avantage, ils cherchent à récupérer chaque concession d’une manière ou d’une autre. Seule une transformation socialiste de la société permettrait de garantir durablement les conquêtes sociales, de préserver notre environnement et de mettre fin à l’exploitation. C’est pourquoi nous vous invitons non seulement à voter en faveur du PTB mais aussi à entrer en discussion avec le PSL pour le rejoindre.