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Première grève chez Ahold Delhaize aux USA depuis 1988

Le 13 avril, 31.000 employés de la chaine de supermarchés Stop & Shop sont rentrés en grève en Nouvelle-Angleterre, aux Etats-Unis. Cette chaîne appartient à Ahold Delhaize depuis 1995. Après le secteur de la restauration rapide et les enseignants, c’est maintenant la grande distribution qui entre en lutte. Le rapport ci-dessous a été écrit par Elan Axelbank, de Socialist Alternative, notre organisation-sœur américaine.

Tous les travailleurs doivent se battre pour conserver les avantages sociaux que nous avons gagnés. Nous sommes toujours sur la défensive mais, maintenant, les travailleurs commencent à riposter dans tout le pays. Les enseignants, les travailleurs de la restauration rapide et bien d’autres ramènent la grève au goût du jour pour défendre leurs salaires et leurs avantages sociaux, mais aussi pour gagner davantage de droits. Ce 13 avril, les 31.000 employés de supermarchés de Stop and Shop en Nouvelle-Angleterre leur ont emboîté le pas, en faisant grève pour la première fois depuis 1988.

Stop and Shop est la propriété d’une grande multinationale appelée Ahold Delhaize. Aux États-Unis, elle est la 11e plus grande société de vente au détail et la troisième plus grande épicerie. Elle détient plusieurs des principaux magasins d’alimentation de la côte Est, dont Hannaford et Food Lion. L’an dernier, Ahold Delhaize a réalisé plus de 2 milliards de dollars de profits.

Les travailleurs sont entrés en grève pour réagir face à un certain nombre d’attaques lancées par l’entreprise dans le cadre des négociations collectives. Stop and Shop tente d’augmenter les coûts de la couverture de soins de santé jusqu’à 500 % (les Etats-Unis ne possèdent pas de système de santé universel, l’assurance médicale est régulièrement comprise dans les avantages liés aux contrats de travail). Pour certains travailleurs, cette augmentation peut représenter de passer d’un coût de 13 $ par semaine à 100 $. L’entreprise veut également s’en prendre aux primes pour les dimanches et les jours fériés, dégrader le système de retraite, réduire le nombre de congés payés et instaurer un plafond salarial pour tous les employés. Pendant ce temps, les cadres supérieurs gagnent de plus en plus d’argent chaque année.

Des piquets de grève solides et un soutien de la communauté

Les travailleurs et travailleuses doivent partout soutenir cette grève. Si Stop and Shop est capable de vaincre les grévistes, cela donnera confiance à d’autres grandes entreprises pour procéder de la sorte et lancer une offensive similaire contre les droits des travailleurs. Mais si les travailleurs organisent bien leurs piquets de grève et que le mouvement syndical dans son ensemble se mobilise pour soutenir activement ces travailleurs en lutte, il sera possible de repousser les attaques patronales. Les autres syndicats devraient prendre exemple sur le syndicat des Teamsters (les conducteurs), qui s’est engagé à ne pas franchir le piquet. Concrètement, cela signifie de refuser d’alimenter les services destinés à garder un magasin ouvert (livraisons, réparations,…) tout en appelant ses membres à ne pas se rendre dans ces magasins en tant que clients, à l’instar de l’Association des infirmières du Massachusetts.

Les membres de Socialist Alternative seront présents tous les jours aux piquets de grève afin de les soutenir. Les grévistes doivent tenter d’empêcher les clients de pénétrer dans les magasins en engageant avec eux la conversation sur les enjeux de cette lutte. Les piquets de grève seront plus efficaces s’ils sont faits le plus près possible de l’entrée du magasin. Si les TUAC (United Food and Commercial Workers International Union, Travailleurs Unis de l’Alimentation et du Commerce) organisaient des rassemblements à l’extérieur des magasins, en encourageant les clients et la population à être solidaires, cela donnerait un sérieux coup de fouet à la grève. D’autres syndicats pourraient rejoindre ces rassemblements en force. Les travailleurs sont plus forts quand ils sont solidaires !

Lors des discussions que nous avons eues aux piquets de grève, de nombreux travailleurs ont exprimé leur mécontentement face au temps qu’il a fallu aux dirigeants syndicaux pour déclencher la grève. Cette grève pourrait servir de point de départ pour assurer que les TUAC deviennent un syndicat plus démocratique reposant sur l’implication de la base syndicale. Cela placerait le syndicat en bien meilleure position pour faire face à de futures attaques et obtenir de nouveaux acquis.

Cela aiderait grandement ce processus que des représentants syndicaux se rendent plus fréquemment aux divers magasins pour informer et impliquer les affiliés. Il faudrait également des réunions syndicales plus fréquentes. Tous les représentants syndicaux élus devraient recevoir le salaire moyen des travailleurs qu’ils représentent pour s’assurer qu’ils sont liés aux seuls intérêts des membres du syndicat. Gagner ce genre de changement exigera d’exercer une pression maximale en organisant les affiliés à la base.

Des enseignants aux travailleurs des supermarchés, le mouvement des travailleurs connait actuellement une renaissance aux Etats-Unis. Si les travailleurs de Stop and Shop remportent la victoire avec cette grève, ce serait une puissante démonstration de la capacité des travailleurs à faire face aux attaques des patrons, à riposter et à gagner. Mais la victoire n’est pas garantie. Les grévistes et leurs soutiens doivent maintenir les piquets de grève et assurer qu’ils soient bien fournis dans le but de maximiser le manque à gagner de l’entreprise. Quant aux dirigeants syndicaux, ils doivent taper du poing sur la table des négociations.

  • AUCUNE réduction de salaire, AUCUNE réduction des vacances ;
  • MAINTIEN du système de retraite, MAINTIEN des soins de santé abordables ;
  • MAINTIEN du salaire à 150% les dimanches et jours fériés ;
  • Travailleurs et clients : ne franchissez pas le piquet de grève ! Fermer les magasins ;
  • TUAC : Mobilisons des RASSEMBLEMENTS à l’extérieur des magasins pour démontrer la force du syndicat et le soutien de la communauté pour la grève ;
  • A partir de cette grève, construisons un syndicat plus démocratique et plus combatif avec participation pleine et entière des militants pour se défendre contre d’autres attaques et passer à l’offensive.