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Grève aux Éditions de l’Avenir – L’indépendance de la presse en ligne de mire

Le scandale Publifin-Nethys en toile de fond, les journalistes passent à l’action

Ce 4 mars, réuni en assemblée générale, le personnel de L’Avenir vote deux jours de grève suite à l’annonce de trois licenciements individuels. Loin d’être surprenant, ce vote reflète plusieurs années de tension entre le personnel du journal et son actionnaire, Nethys. Opacité décisionnelle, main-mise éditoriale et quête de rentabilité au détriment de la qualité : la dépendance directe ou indirecte envers les milieux industriels, financiers ou commerciaux est une plaie pour l’information. Le meilleur moyen de lutter contre la mainmise du capital sur la presse, c’est de développer une presse indépendante qui défende les intérêts du monde du travail.

Par Sébastien (Liège)

La mobilisation du personnel de L’Avenir dure depuis bientôt cinq mois et a déjà mené à quelques victoires suite à l’organisation d’une journée de grève (14/02), la parution d’un dossier sur la gestion de l’actionnaire Nethys (15/02) et d’intenses négociations (16 et 17/02). Dans l’attente des auditions que le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a programmées le 26 mars, le personnel a voté la reprise du travail ‘‘en signe d’ouverture’’.

Nethys ou la dictature de l’actionnariat

L’affaire est aussi abjecte qu’illustrative. À cet égard, le dossier produit par la rédaction de L’Avenir – dont nous reprenons quelques extraits ci-dessous – vaut son pesant de cacahuètes. Fin 2016, le scandale Publifin-Nethys éclate au grand jour. Réunions bidon à 500 euros la minute et système mafieux, le ‘‘socialiste’’ Stéphane Moreau est au cœur de l’escroquerie. Plus que tout, il est le CEO de Nethys qui, en 2014, rachetait les Éditions de L’Avenir.

À l’instar des autres médias, Vers L’Avenir suit de près cette affaire et en fait régulièrement sa Une.. Un peu trop, d’ailleurs, selon Moreau, qui exhorte la rédaction à écrire sur tout ‘‘sauf sur lui ou sur Nethys.’’ Par la suite, l’actionnaire évitera toute communication avec le journal. Jusqu’à l’été 2018, durant lequel la rédaction se verra assigner un ‘‘directeur des rédactions’’ sur injonction des dirigeants de Nethys : ‘‘Un moyen pour [eux] d’imposer leur poulain à la tête d’une rédaction qu’ils jugent hostile depuis le début de l’affaire Publifin’’, estime le journaliste Philippe Leruth. Et la réponse à cette ‘‘hostilité’’ supposée ne se fit pas attendre puisque ce sont justement trois journalistes particulièrement impliqués dans le traitement des dossiers liés à… Nethys dont le licenciement a été annoncé.

De plus en plus, on observe une accentuation de la prise de contrôle de nombreux médias par ce type de magnats politiques, de l’industrie et/ou des finances : aujourd’hui, une poignée de multinationales contrôlent l’information. En 2009, seules 7 d’entre elles possédaient l’ensemble des médias belges ! Déjà en 2003, le chercheur de l’ULG Geoffrey Geuens dévoilait l’étendue de l’emprise des milieux d’affaire sur la presse, dans son ouvrage ‘‘Tous pouvoirs confondus. État, Capital et Médias à l’ère de la mondialisation’’.

De la nécessité d’une presse par et pour le monde du travail

Tels des cailloux dans les chaussures de la direction et de l’actionnaire, les journalistes ont mené un combat exemplaire en couvrant le conflit dans leurs propres pages. Une première dans l’histoire sociale de nos médias, souligne l’Association des journalistes professionnels. Plus encore, le personnel a rappelé que chaque action fut validée en assemblée générale, à la quasi-unanimité – et non à l’initiative ‘‘de quelques personnes’’ comme voudrait le faire croire la direction. Et s’il en allait de même de la ligne éditoriale ?

Par liberté de la presse, nos élites entendent la liberté pour les riches de publier des journaux, pour les capitalistes de mettre la main sur la presse, mainmise qui conduit en fait à son musellement. Nous avons besoin d’une presse qui parle des préoccupations des travailleurs et travailleuses, qui défende leurs intérêts, ouvre leur horizon et prépare leur lutte contre ce système dont la quête insatiable de profit compromet chaque pan de nos vies. Jusqu’à la qualité de notre information. Cette presse n’existe quasiment pas en Belgique. Nous tentons de faire entendre une autre voix avec nos modestes moyens.