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Le communautaire à nouveau au frigo pour 5 ans ?

Le départ de la N-VA du gouvernement a été mis à profit par le CD&V et le MR pour annoncer qu’aucun article de la Constitution ne serait soumis à révision. Par conséquent, aucune nouvelle réforme de l’État n’est possible après ces élections. Cela n’a évidemment pas réjoui la N-VA qui a alors proposé de déclarer l’ensemble de la Constitution sujette à révision afin que toutes les options restent sur table.

Par Geert Cool

Le CD&V a exprimé son soutien à l’idée d’une nouvelle réforme constitutionnelle et à une nouvelle réforme de l’État. Mais en 2024 seulement, pas maintenant. Selon le CD&V, les partis flamands devraient d’ici là élaborer conjointement de nouvelles revendications. L’Open-VLD et Groen défendent par contre le retour de certaines compétences vers le niveau fédéral, ce à quoi le CD&V s’oppose résolument (pour cajoler son aile flamingante). La N-VA y est bien entendu encore plus opposée. Le flou règne encore quant à la manière de remettre à table des revendications flamandes communes.

En l’absence d’accord sur les articles de la Constitution déclarés sujets à révision, il n’y aura pas de liste sérieuse de revendications. Cela signifie également que le Parlement ne sera pas dissous 40 jours avant les élections. Avec les vacances de Pâques, la dernière session parlementaire aurait tombé le 4 avril, contre fin avril. ‘‘Beaucoup de choses sont déjà très avancées. Mais si nous avons besoin de plus de temps pour les finaliser, nous devrions le prendre’’, a déclaré Servais Verherstraeten, chef de fraction du CD&V. L’opposition a obtenu le soutien du PS. Ahmed Laaouej a déclaré : ‘‘Nous devons nous assurer qu’il nous reste encore quelques dossiers à mener à bien. Je pense ici à la loi sur le climat.’’ Reste à voir si la N-VA sera très enthousiaste à ce sujet après le rejet de la révision constitutionnelle.

Le gouvernement minoritaire amputé de la N-VA veut garder au frigo la question communautaire pour les cinq années à venir. Cela n’empêchera évidemment pas la N-VA de jouer la carte communautaire. Le bilan socio-économique d’un gouvernement d’austérité qui laisse à nouveau un déficit budgétaire conséquent (plus de 7 milliards d’euros !) n’est évidemment pas d’une grande utilité. Les sondages actuels rendent difficile d’exclure la N-VA du gouvernement flamand. Du côté francophone, le MR et le CDH seraient les grands perdants, la formation d’un gouvernement de droite wallon ou bruxellois est très improbable. Mais aujourd’hui, des gouvernements asymétriques aux régions et au fédéral ne sont plus exceptionnels. Si la N-VA n’est présente qu’au gouvernement flamand, la pression communautaire s’en trouvera accrue. Bart De Wever deviendra Ministre-Président flamand à la place de Geert Bourgeois (N-VA), qui ira au Parlement européen pour profiter d’une belle pension.

Les statuts de la N-VA défendent l’indépendance de la Flandre, mais l’idée n’a pas un écho de masse parmi la population. Une nouvelle étude (commandée par Groen cette fois) l’a encore confirmé en mars dernier : 14% des sondés sont favorables à l’indépendance de la Flandre, soit environ autant que les 13,2% qui souhaitent un État central sans aucun gouvernement régional. Un groupe légèrement plus important de 17,3% soutient l’idée d’un État confédéral, mais la grande majorité de la population flamande veut un modèle fédéral.

Les crises politique, sociale et économique affaiblissent toutes les institutions politiques. L’imbroglio institutionnel belge s’en retrouve sous pression. Dans quelle mesure cette pression prendra-t-elle une tournure communautaire ? Cela dépendra fortement de la capacité du mouvement ouvrier de placer ses propres revendications et préoccupations au centre du débat public grâce à un mouvement de lutte pour défendre ses acquis.