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Le mouvement pour le climat : explosif, massif et international !

Il faut remonter à l’année 2003 pour retrouver un événement qui a vu la jeunesse quitter ses cours en masse pour manifester dans plusieurs pays en même temps. À l’époque, c’était contre l’invasion et la guerre en Irak. Le 15 février 2003, des millions de personnes ont manifesté à travers le monde tandis que le ‘‘Jour X’’, au déclenchement de la guerre (le 20 mars), des centaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue. En Belgique aussi, il y avait des milliers de manifestants. Les actions pour le climat d’aujourd’hui constituent le premier grand mouvement de la jeunesse depuis longtemps dans notre pays. C’est l’heure d’en tirer un bilan intermédiaire.

Article issu de l’édition de mars de Lutte Socialiste

Des mobilisations de masse

La première annonce d’une grève scolaire pour le climat en janvier annonçait un événement modeste. A l’instar de Greta Thunberg, qui manifeste tous les vendredis devant le Parlement suédois, quelques étudiants du secondaire allaient se rendre au Parlement, à Bruxelles. Mais après la marche historique pour le climat du 2 décembre 2018, qui a réuni environ 100.000 personnes dans la rue, de nombreux jeunes voulaient passer à l’action. Le 10 janvier, la première grève écolière pour le climat a connu un succès immédiat : 3.000 jeunes se sont rassemblés à la gare de Bruxelles central ! Le rassemblement s’est transformé en manifestation spontanée et dynamique à travers la ville.

Le ton était donné. Dès le départ, c’est par le nombre que les jeunes se sont fait entendre. Et c’est leur nombre qui les a protégés de la répression, des sanctions et des tentatives de récupération. Que pouvaient faire les autorités ? Les porte-paroles de la manifestation ont été reçus par les gouvernements, les dirigeants politiques mais aussi par les organisations patronales. Certaines tentatives de récupération étaient sournoises et n’ont pas été perçues comme telles par une partie du mouvement. Ce fut par exemple le cas lorsque les multinationales se sont invitées à la table (voir page 8) avec leur appel ‘‘Sign for my future’’. Students4Climate a refusé de signer l’appel, mais Youth4Climate a hélas accepté. Toutes les tentatives d’entretenir des illusions sur la bonne volonté des entreprises ou d’affaiblir le mouvement en le limitant à quelques revendications qui ne changent fondamentalement rien mais peuvent diviser la population (comme les taxes) n’ont pas eu beaucoup d’effet.

Aucun mouvement de masse ne se développe de façon linéaire. Se mobiliser ensemble, cela signifie de préparer ensemble les actions et de construire ensemble la stratégie en prévoyant des mobilisations intermédiaires et des rassemblements plus importants. Il est évident que les jeunes s’impliquent à fond dans les actions elles-mêmes, ce que les médias ont illustré en accordant beaucoup d’attention aux pancartes et banderoles faites à la main. Les médias ont bien entendu choisi de donner la priorité aux ‘‘plus originales’’, surtout si elles se trouvaient être les moins politiques… Cette créativité témoigne d’un fort engagement. C’est ce point qu’il faut alimenter, d’où nos propositions concernant les comités d’action (voir ci-contre).

Ce que nous exigeons, c’est ce qui est nécessaire, pas ce qu’ils estiment réaliste !

Les politiciens essaient d’apaiser les jeunes avec des demi-promesses et de vagues généralités. Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, n’a pas dépassé le stade de l’incohérence absurde en guise de ‘‘réponse’’ à un discours de Greta Thunberg. Mais ce ne sont pas les belles paroles et les formalités de l’establishment qui dictent quoi faire à la jeunesse. Les jeunes activistes du climat ne limitent pas leurs réflexions à ce qui est possible dans le cadre étroit du système actuel, leur point de départ est ce qui est nécessaire pour l’humanité et la planète.

Cet élément est de première importance : le monde politique traditionnel se limite aux possibilités permises par un système où l’avidité de l’élite capitaliste ne peut être remise en question. Ce que disent les jeunes est repoussé car ‘‘impossible’’ ou ‘‘irréaliste’’. Dans un système où les 26 personnes les plus riches possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale, des mesures climatiques sérieuses sont effectivement impossibles. ‘‘Changeons le système, pas le climat !’’

C’est ce que Greta Thunberg a résumé ainsi lors de sa visite à Bruxelles : ‘‘Le monde politique que vous avez créé est basé sur la compétition, la tricherie parce que tout ce qui importe, c’est de gagner, d’avoir du pouvoir. Ça doit cesser ! Nous avons besoin de coopérer et de partager les ressources de la planète de manière équitable. Il faut protéger la biosphère, l’air, les océans, les sols, les forêts. Ce que je dis peut sembler très naïf, mais si vous avez bien fait vos devoirs, vous saurez que nous n’avons pas d’autre solution.’’ Nous n’avons pas besoin d’être nombreux pour défendre le changement avec audace. Mais c’est avec la mobilisation des masses que nous pouvons effectivement mettre le changement de système à l’ordre du jour et entamer la lutte pour l’imposer.

Comment répartir équitablement les ressources de la planète ? En d’autres termes : comment collectivement les contrôler et ensuite rationnellement et démocratiquement gérer leur utilisation ? Pour nous, ces questions sont essentielles : nous défendons une rupture avec le capitalisme et l’instauration d’un système différent, capable d’enclencher la transition écologique au travers d’une planification démocratique de la production. Ceci ne pourra être réalisé que sur base d’une société dans laquelle les outils de production seront gérés par les travailleurs et les consommateurs : une société socialiste.

Qu’ils ne jouent pas avec nos pieds !

Tout le monde n’applaudit pas la mobilisation pour le climat de la même manière… Et il y en a qui tentent de distraire la discussion en ne parlant que du comportement individuel. ‘‘Qu’est-ce que tu fais, toi, pour le climat ?’’, semble être la question standard posée par les journalistes à chaque manifestant. Cela évite d’aborder le problème du système de production dans lequel nous sommes piégés. C’est évidemment une bonne chose que les gens adoptent d’autres comportements, mais c’est ce qui se fait depuis des décennies et c’est insuffisant. C’est tout le système qu’il faut changer !

Parfois, les mobilisations sont tout simplement considérées comme une conspiration. Même l’ancienne ministre flamande de l’environnement Joke Schauvliege soutenait cette thèse complotiste… D’une manière tellement grossière qu’elle a dû démissionner ! Comme le disait Greta Thunberg : ‘‘Ils inventent des conspirations et nous qualifient de marionnettes. Ils essaient de changer de sujet. Ils ne veulent pas en parler parce qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner cette bataille.’’ Des dizaines de milliers de jeunes et jusqu’à 100.000 personnes à deux reprises le week-end (le 2 décembre et le 27 janvier) démontrent que le sentiment d’urgence est largement partagé.

Résistance internationale

La protestation se répand comme un feu de paille. La mobilisation de la jeunesse est contagieuse et se déplace d’école en école et de pays en pays. Le caractère international est important : nous n’arrêterons pas le changement climatique aux portes d’une ville ou d’un pays, il nous faut une résistance internationale !

C’est pourquoi, dès la première grève scolaire le 10 janvier, nous nous sommes concentrés sur l’appel à une grève scolaire internationale le 15 mars. Dans le tract des Etudiants de Gauche Actifs (EGA), nous écrivions : ‘‘Le 15 mars, il y a un appel pour une Journée internationale d’action pour le climat. Et si nous faisions tous l’école buissonnière ensemble pour le climat et manifestions en masse ? Une telle grève scolaire montrerait que nous prenons notre avenir en main !’’

‘‘Nous avons commencé par nettoyer vos ordures. Et nous n’arrêterons pas tant que nous n’aurons pas terminé’’, a déclaré Greta Thunberg. Nous devons continuer, la bataille ne fait que commencer. Organisez-vous, mettez sur pied des comités d’action, discutez avec nous du changement de système nécessaire et de la façon de l’obtenir, n’hésitez pas à nous rejoindre : il est urgent de nous battre pour notre avenir !