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Critique de film : VICE

Dick Cheney : Faucon de guerre, politicien d’entreprise… Les profits avant les gens depuis 1969

Par Genevieve Morse, Socialist Alternative (USA)

VICE tente de montrer les véritables rouages internes de la Maison-Blanche sous l’administration de George W. Bush. Cette administration était l’une des plus secrètes, des plus trompeuses et des plus manipulatrices que les États-Unis aient jamais vues. Bien qu’il se concentre sur l’ancien vice-président Dick Cheney, le film parle de bien plus que d’un seul homme. Il est question de la brutalité d’une partie de l’élite politique américaine dans la sauvegarde et la lutte pour les profits sans fin des grandes entreprises au détriment de la vie des gens partout dans le monde. Contrairement à ce que peuvent en dire les critiques mitigées de ce film, tous ceux qui sont en colère contre l’état du monde aujourd’hui et le pouvoir que détient le président Trump devraient le regarder !

Au fur et à mesure que le film avance, le schéma devient très clair, surtout à la fin. On commence à se rendre compte que les escroqueries massives perpétrées par Cheney et d’autres à Washington pour déclencher les guerres en Irak et en Afghanistan, la prison de Guantanamo Bay, le Patriot Act – tout cela a contribué à ouvrir la voie à une nouvelle ère de la politique américaine qui nous amène à notre époque.

Aujourd’hui, Trump remplit son cabinet de milliardaires et déchire les réglementations environnementales et autres qui contrôlent les profits tout en prétendant défendre la classe ouvrière. Cheney a pratiquement écrit le livre sur la façon d’utiliser le gouvernement comme un instrument pour les sections les plus rapaces et les plus parasites de la classe dirigeante – compagnies pétrolières, entrepreneurs militaires et banques – sans aucun contrôle démocratique en préconisant une concentration toujours plus grande du pouvoir dans l’organe exécutif.

Cheney faisait partie d’un mouvement du Parti républicain dans les années 70 et 80 qui cherchait à réaffirmer la puissance militaire et économique des États-Unis à travers le monde à la suite du mouvement contre la guerre du Vietnam. La différence entre Cheney et les hommes politiques qui l’ont précédé était son allégeance aux sections les plus brutales et à courte vue du capital : les sociétés de combustibles fossiles, le complexe militaro-industriel et les grandes banques qui les soutenaient. Arnaquer les personnes qu’il prétendait protéger – des travailleurs américains ordinaires – n’était qu’une partie de l’accord. Sa montée au pouvoir est due à sa loyauté totale envers les grandes compagnies pétrolières et les entreprises de défense, qui souhaitaient s’assurer des profits toujours plus importants. Il l’a fait sans se soucier le moins du monde des conséquences, et des personnes qui en souffriraient.

Dans le film, les membres de l’administration Bush rappellent l’arrogance et le manque total d’empathie qui existe parmi l’élite capitaliste. Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, Scooter Libby et Anthony Scalia, pour n’en nommer que quelques-uns, vont justifier et rationaliser leurs actions criminelles du moment que c’est « pour le bien de l’Amérique ». Selon Cheney, il ne s’agissait pas de savoir ce qui serait bon pour les travailleurs ou les pauvres, mais ce qui ferait le plus de profits pour les entreprises et les PDG américains. Cheney et sa cohorte n’ont jamais eu la moindre autre préoccupation.

Sous la présidence de Bush II, les néo-conservateurs étaient déterminés à restructurer le Moyen-Orient pour maintenir le contrôle des réserves pétrolières et réaffirmer la puissance américaine sur la scène mondiale. Lors d’une réunion du Cabinet, c’est Cheney, et non Bush, qui a ordonné à Colin Powell de mentir aux Nations Unies sur le fait que l’Irak avait un vaste réseau terroriste lié aux attaques du 11 septembre et un arsenal d’armes de destruction massive. Par contre, le film dépeint Powell comme s’il était opposé à la guerre. Mais il était contre le rythme effréné de l’invasion et non contre l’invasion elle-même, en craignant la réaction du public. L’administration Bush a clairement menti à la population américaine et au monde entier. Leurs décisions ont été prises sans la participation ou la connaissance même du peuple, sans aucune surveillance et en ne tenant aucun compte de l’impact des décisions sur les gens ordinaires. Mais c’est à cela que ressemble la concentration du pouvoir. C’est ainsi que Cheney a fonctionné et cherché à acquérir de plus en plus de pouvoir.

9/11 : Tragédie ou opportunité ?

Les attaques du 11 septembre 2001 ont envoyé des ondes de choc à travers les États-Unis. Dans le film, Cheney a été dépeint comme calme et serein alors que les tours s’effondraient. Le film explique qu’il a immédiatement vu l’opportunité d’une vie, là où tout le monde a vu une crise.

Alors que le processus de concentration du pouvoir au sein du pouvoir exécutif se poursuit depuis des décennies, Cheney et Bush ont saisi l’occasion que le 11 septembre a présentée pour adopter le Patriot Act, qui consistait à réduire considérablement les libertés civiles et déclencher une guerre du pétrole, le tout appuyé par les votes démocrates. Autrement, il leur aurait fallu des années pour défaire les règlements et les libertés civiles que les travailleurs et les travailleuses avaient gagnés par la lutte.
Selon MSN Money, la division KBR, Inc. de Halliburton a escroqué des agences gouvernementales à hauteur de 17,2 milliards de dollars en revenus liés à la guerre en Irak pour la seule période 2003-2006. Cet argent a servi à financer la construction et l’entretien de bases militaires, la réparation de champs de pétrole et divers projets de reconstruction d’infrastructures dans un pays ravagé par la guerre. Ce conflit d’intérêts était un élément régulier qui est apparu plusieurs fois dans le film. Interrogés par deux généraux au sujet de l’absence de contrats, Cheney et Rumsfeld ont tous deux répondu qu’ils n’étaient tout simplement pas inquiets. Pourquoi le seraient-ils ? Ce type de libre circulation des profits et l’absence d’intervention gouvernementale étaient exactement leur vision.

Des milliers d’hommes et de femmes de la classe ouvrière qui sont allés à la guerre croyant protéger leur famille contre le mal du terrorisme. Au lieu de cela, ils ont été envoyés à la mort pour payer un autre yacht, une troisième maison ou quelques voitures neuves pour les dirigeants du secteur pétrolier. Des centaines de milliers d’Irakiens, hommes, femmes et enfants, sont morts. D’innombrables autres personnes ont été déplacées et des vies ont été ruinées. Le cycle n’a fait que se poursuivre et s’aggraver, car cela a conduit à la persistance de la violence sectaire et à la montée d’ISIS.

Les mensonges et les faux liens avec le terrorisme qui ont mené à la guerre en Irak se concrétisent maintenant, et c’est grâce à la politique étrangère des États-Unis. Comme je n’avais que 16 ans lorsque le 11 septembre s’est produit, j’avais oublié ou je n’avais jamais réalisé certains des détails et des problèmes soulevés par le film. Surtout pour les jeunes, VICE vaut la peine d’être vu car il donne un aperçu de la façon dont nous nous sommes retrouvés dans le pétrin politique dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui.

Où diable était le Parti démocrate ?

Ce qui n’a été que très peu abordé, c’est le rôle que le parti démocrate a joué dans l’arène politique pendant cette période. À un moment donné, lorsque le film a projeté une vidéo d’Obama, une personne dans le cinéma a applaudi alors qu’il régnait un mépris silencieux. La plupart des démocrates du Congrès, y compris Hilary Clinton (représentée dans le film), ont accepté de financer la guerre et les attaques contre les libertés civiles. En fin de compte, l’establishment démocrate sert également les intérêts des entreprises américaines, y compris leurs guerres sans fin.

Le Parti démocrate, bien qu’il ait parfois essayé de se présenter comme un parti anti-guerre, n’a servi qu’à démobiliser, discréditer et démanteler les mouvements anti-guerre. Alors que le président Obama terminait la guerre en Irak (avant d’en commencer une autre), à la fin de son gouvernement, « les États-Unis larguaient en moyenne 72 bombes par jour, soit l’équivalent de trois par heure ». Pendant les années Bush, le Parti démocrate s’est engagé à continuer à financer les efforts de guerre tout en n’offrant aucun moyen d’en sortir. Guantanamo Bay -la chambre de torture des États-Unis- est restée ouverte sous Obama même avec sa promesse de la fermer.

Il s’en est sorti indemne

VICE nous rappelle l’impact sauvage que Cheney et toute l’administration Bush ont eu sur notre système politique, sur les droits civils et sur le monde. De par sa nature, le capitalisme donne des médailles et de larges sommes d’argent aux politiciens comme lui.

L’inconvénient réel de VICE, c’est qu’il donne l’impression que la justice sociale ne l’emportera jamais, que les vieux blancs malfaisants vont toujours diriger le monde et que nous ne pouvons pas y faire grand-chose. Un élément d’espoir qui aurait pu être mentionné dans le film fut la chute du pouvoir de Cheney et Rumsfeld due à la mission en Irak qui ne se déroulait pas comme prévu et à la pression massive exercée par le mouvement anti-guerre.

Cheney a récemment déclaré que Trump « avait l’air d’un libéral » (Cheney veut dire par là que Trump à l’air d’un « démocrate », ndT) après avoir critiqué l’invasion de l’Irak pendant sa campagne. Cheney est aujourd’hui un homme ‘bionique’ (en référence à sa transplantation du coeur, cela réfère aussi au fait qu’il n’est plus dans la ‘course’, ndT); mais ses idées et leurs conséquences peuvent et doivent être arrêtées.

En 2019, beaucoup plus de gens voient la nécessité de lutter non seulement contre Trump, mais aussi contre tous ceux qui lui ressemblent, ceux de sa classe, la classe capitaliste. Les travailleurs en ont assez de ceux qui, au pouvoir, font passer le profit avant le peuple. Si vous voulez savoir à quoi ressemble une véritable arme de destruction massive, allez voir VICE. Si vous voulez en savoir plus sur la façon de riposter, passez à l’étape suivante et rejoignez-nous !