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USA. Utiliser la campagne ‘‘Bernie 2020’’ pour lancer une riposte de masse des travailleurs


Bernie Sanders a officiellement lancé sa course à la présidence des États-Unis pour 2020, jurant d’organiser ‘‘une campagne populaire historique et sans précédent qui débutera avec au moins un million de personnes de tout le pays’’. 24 heures après l’annonce de sa candidature, il avait déjà recueilli 5,9 millions de dollars en dons et comptait plus de donateurs individuels que tous les autres candidats actuels à la présidence réunis !

Par Kshama Sawant, Socialist Alternative

La nouvelle campagne de Bernie Sanders commencé à un point beaucoup plus élevé que lorsque le sénateur du Vermont avait appelé pour la première fois à une ‘‘révolution politique contre la classe des milliardaires’’ au printemps 2015. Il avait alors massivement été ignoré par les grands médias. Même s’il est encore tôt dans la campagne, Sanders est bien placé pour définir politiquement la nature des prochaines primaires démocrates.

L’annonce vidéo de Sanders commençait par la déclaration : ‘‘Le vrai changement n’a jamais lieu du haut vers le bas, mais toujours du bas vers le haut.’’ Je suis tout à fait d’accord avec cela. C’est pourquoi Socialist Alternative et moi-même allons travailler avec d’autres pour lancer des campagnes de base dans les communautés locales, les syndicats, les écoles et les lieux de travail à travers les États-Unis afin de construire une lutte de masse de la classe des travailleurs autour de la campagne de Sanders.

Les enjeux de ces élections sont considérables. Il est urgent de chasser Trump, et les socialistes et la gauche doivent profiter pleinement du potentiel actuel pour s’organiser aux côtés des millions de personnes qui se battent déjà et qui seront maintenant mobilisées autour de Bernie.

Mais nous devons aussi tirer les leçons de 2016. Les primaires démocrates avaient été truquées contre Bernie. Le Comité national démocrate (DNC) s’était mobilisé contre lui, les manœuvres furent légion dans une série de caucus et de primaires, le système antidémocratique des super-délégués avait été utilisé contre lui tandis que les grands médias et les figures démocrates ‘‘progressistes’’ n’avaient pas économisé leurs attaques cinglantes. Les travailleurs ont besoin de leur propre parti, un parti indépendant du monde de l’argent et des entreprises, un parti qui lutte aux côtés des mouvements sociaux plutôt que contre eux.

Je pense que Bernie devrait se présenter aux élections en tant que socialiste indépendant – tout comme je l’ai fait moi-même à Seattle – et utiliser sa campagne pour lancer un nouveau parti de masse pour les travailleurs, au lieu de se présenter dans un parti capitaliste dont la direction est déterminée à l’arrêter à n’importe quel prix. Bernie a malheureusement pris sa décision et se présente aux primaires démocrates. Mais il n’est pas acceptable que notre mouvement politique soit emprisonné dans ce processus. Les élections de 2016 ont eu de terribles conséquences politiques. Avant de lancer sa première campagne il y a quatre ans, Sanders a dit qu’il envisageait de se présenter en tant qu’indépendant ou démocrate et qu’il voulait savoir ce que les gens pensaient. Cette fois-ci, il a court-circuité cette discussion et il commet une erreur fondamentale, même si de nombreuses personnes sont sans doute d’accord avec lui sur une base pragmatique ou dans l’espoir que le Parti démocrate puisse être transformé d’une manière ou d’une autre en un parti du peuple.

Il est certain que Bernie disposera d’une énorme plate-forme dans les primaires démocrates, mais déclarer maintenant qu’il se présente comme indépendant et utiliser sa campagne pour poser les bases d’un nouveau parti créerait un séisme massif dans la politique américaine.

Dans un article du New York Times intitulé ‘‘L’Amérique devient-elle un État à quatre partis ?’’, Thomas Friedman attaque Alexandria Ocasio-Cortez, qui se décrit elle-même comme socialiste démocratiques, mais il souligne à juste titre que ‘‘les partis politiques du monde démocratique explosent’’ et que les bases existent pour fonder un véritable parti de gauche aussi bien qu’un parti d’extrême droite.

Si l’establishment démocrate réussit une fois de plus à bloquer Bernie, il devrait poursuivre sa campagne en tant que candidat indépendant jusqu’en novembre 2020. L’histoire n’offre pas un nombre illimité d’occasions de bâtir le genre de force politique dont les travailleurs ont besoin, et nous devons tirer les leçons du passé. Si la direction démocrate réussit une fois de plus à faire élire un autre candidat opposé au changement, nous courons le risque que Trump soit réélu malgré son impopularité et sa mauvaise position dans les sondages à l’heure actuelle. Il est certain qu’un candidat de l’establishment pourrait aussi être en mesure de vaincre Trump, à l’image de ces candidats qui ont remporté les élections de mi-mandat de l’automne dernier qui étaient essentiellement un référendum sur l’administration Trump. Mais la politique capitaliste en faillite des Démocrates Joe Biden ou Kamala Harris n’est pas un atout pour vaincre la droite ou représenter les besoins des travailleurs. C’est tout l’inverse !

Sanders est aujourd’hui l’homme politique le plus populaire du pays, et les revendications de la classe ouvrière au centre de sa campagne de 2016 – Medicare for All, un enseignement supérieur public gratuit et un salaire horaire minimum fédéral de 15 dollars – ont été au centre du discours politique américain. Bien que populaires depuis longtemps, elles jouissent maintenant d’un soutien écrasant dans les sondages grâce à l’appui de Sanders et des forces populaires. De nombreux politiciens du Parti démocrate, y compris des candidats comme Kamala Harris, ont été forcés de se prononcer en leur faveur, même si ce ne sont que des paroles en l’air.

En 2016 et depuis lors, le fait que Sanders se soit défini comme ‘‘socialiste démocratique’’ a joué un grand rôle dans la création d’un débat de masse sur les idées du socialisme, un processus qui existe principalement suite à l’échec du capitalisme et à son incapacité à assurer un niveau de vie décent à la classe ouvrière ou un avenir aux jeunes gens. Comme Sanders l’a souligné dans sa récente réponse au discours sur l’état de l’Union de Trump, aux États-Unis, les travailleurs gagnent moins qu’en 1973, lorsque l’on prend l’inflation en compte, et 80 % des Américains vivent maintenant de chèque de paie en chèque de paie sans pouvoir mettre d’argent de côté.

Aujourd’hui, les sondages montrent qu’une majorité de jeunes considèrent le socialisme d’un bon œil.

Ces derniers mois, Sanders s’est joint à Ocasio-Cortez dans l’appel pour un « Green New Deal ». Cette demande extrêmement populaire a le potentiel de rallier des millions de jeunes et de travailleurs dans le contexte actuel de catastrophe climatique imminente.

Quand la chaîne CBS lui a demandé en quoi sa nouvelle campagne serait différente, Sanders a répondu : ‘‘Nous allons gagner.’’ Mais comme mon organisation, Socialist Alternative, l’a souligné, aucune des revendications des travailleurs – ni Bernie Sanders lui-même – n’est acceptable pour la classe dirigeante. Sanders devra faire face à une lutte acharnée à chaque étape, et toutes sortes de manœuvres et de tactiques vicieuses seront déployées si jugées nécessaires pour empêcher Sanders de remporter les primaires démocrates.

L’appel de Bernie en 2016 pour une ‘‘révolution politique contre la classe des milliardaires’’ a surpris l’establishment démocrate et la classe dirigeante. Ils s’attendaient à ce qu’il soit totalement marginalisé. Mon organisation a été l’une des rares à reconnaître le potentiel de développement de la politique que Sanders représentait. Mais cette fois-ci, si la campagne de Bernie prend de l’ampleur, il devra faire face à une riposte plus immédiate et plus décisive de la part de l’élite.

L’affluence de candidats aux élections primaires démocrates est également une situation différente de celle qui s’est créée en 2016 où Sanders a affronté Clinton.

Beaucoup de travailleurs et de jeunes prendront le temps d’évaluer les différents candidats qui se présentent sur des plateformes progressistes, y compris Elizabeth Warren et Beto O’Rourke. C’est compréhensible, mais soyons clairs : malgré les faiblesses politiques de Sanders – qui sont réelles – aucun des divers candidats qui se présentent comme progressistes ne représente une force plus forte ou plus fiable en faveur de la classe des travailleurs ou n’est prêt à affronter la classe des milliardaires.

Elizabeth Warren, la progressiste la plus constante après Sanders parmi les candidats actuels ou potentiels, a ses propres faiblesses politiques. Warren ne s’oriente pas vers les mouvements de la classe des travailleurs, des mobilisations sans lesquelles les revendications clés de sa plate-forme progressiste ne pourraient être obtenues.

Warren s’est également montré moins disposée à tenir tête à l’establishment démocrate que Sanders. Les partisans de Bernie se souviendront que Warren s’est retirée des primaires de 2016, alors qu’elle était bien placée pour influer sur la lutte pour une politique pro-travailleurs en faisant campagne pour Bernie. Ce n’est que lorsque Sanders a été clairement battu que Warren est intervenue, et uniquement pour soutenir pleinement Hillary Clinton sans la moindre critique. Cela a contribué à conduire à la situation où le candidat confronté à Trump était un candidat démocrate impopulaire et clairement identifié aux grandes entreprises.

Comme les travailleurs l’ont vu à Seattle, où je siège au conseil municipal, peu d’élus sont prêts à tenir tête aux grandes entreprises et à l’establishment politique. Ce qu’il faudra vraiment pour gagner nos revendications et vaincre le prochain assaut de la classe dirigeante contre Sanders, c’est une vaste campagne populaire indépendante du Parti démocrate faite de millions de travailleurs, avec des structures démocratiques et visant à mobiliser la force la plus puissante possible.

En tant que membre du conseil municipal de Seattle, j’ai lutté aux côtés des mouvements sociaux et des syndicats pour obtenir le salaire minimum horaire de 15 $, des millions de dollars pour des logements abordables et une série de victoires historiques sur les droits des locataires. Tous ces gains ont été remportés en dépit de l’opposition farouche de l’establishment démocrate, qui dirige depuis longtemps la mairie de Seattle. Mon organisation, Socialist Alternative, a été l’épine dorsale de nos victoires progressistes. Même les membres les plus mieux intentionnés du conseil du Parti démocrate cèdent aux pressions énormes des grandes entreprises et des dirigeants de leur propre parti, comme nous l’avons vu encore une fois à Seattle quand ils ont trahi les travailleurs en capitulant face à Amazon au printemps dernier.

Le site Web de Sanders s’ouvre sur le thème familier mais puissant de sa campagne de 2016 : ‘‘Not me. Us.’’ Nous devons faire en sorte que cela devienne une réalité – non seulement dans la lutte pour la campagne de Bernie et contre l’establishment politique – mais aussi dans la lutte pour une politique fondamentalement différente.

Plutôt que d’attendre de voir ce qui nous attend aux primaires démocrates, commençons maintenant.

Commençons à mettre sur pied des campagnes locales indépendantes dans nos collectivités locales et nos lieux de travail, présentons des motions dans nos syndicats pour appuyer la campagne de Bernie et lançons des groupes étudiants sur nos campus. Profitons de ce moment historique pour lancer la contre-attaque de la classe ouvrière !

Mais pour vraiment vaincre la droite et gagner la lutte pour une société basée sur les besoins des travailleurs et un environnement durable, nous devons lutter pour une alternative socialiste. J’espère que vous envisagerez de rejoindre mon organisation.