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Nous ne sommes pas de la chair à patrons : 14 euros de l’heure maintenant !

Le 14 janvier dernier, la FGTB a mené des actions exigeant une augmentation du salaire minimum à 14 euros de l’heure (2.300 euros par mois). Il est prévu que la FGTB mène des actions tous les 14 du mois jusqu’aux élections de mai sur ce thème, par ailleurs également au centre des revendications du syndicat pour l’Accord interprofessionnel (AIP) 2019-2020.

Dans le cadre de l’AIP, la FGTB dénonce que les travailleurs belges ont perdu 2,3% de pouvoir d’achat au cours de ces 3 dernières années : saut d’index, faible augmentation salariale, accises plus élevées, coupes budgétaires dans des services publics essentiels,… ‘‘Ce n’est pas tout, avec son ‘‘Jobsdeal’’, le gouvernement entend à nouveau s’en prendre à notre pouvoir d’achat avec des mesures telles que la suppression de nos barèmes liés à l’ancienneté ou telle que la dégressivité accélérée des allocations de chômage.’’ Nous avons toutes les raisons de riposter, de bloquer les nouvelles attaques et de partir à l’offensive !

Parmi les revendications défendues par la FGTB, l’augmentation du salaire minimum se trouve en bonne place. Selon une étude réalisée par la centrale générale de la FGTB Liège-Huy-Waremme, le salaire minimum représente actuellement 1.501,82 euros brut par mois en Belgique, soit moins de 10 euros de l’heure. Pour la FGTB, face aux dépenses courantes d’un ménage, vivre dignement nécessite un minimum de 2.300 euros par mois, soit un salaire horaire brut minimum de 14 euros.

Une telle augmentation concernerait essentiellement le nettoyage, l’aide à domicile, le commerce de détail, l’Horeca, le gardiennage,… La revendication tombe donc à pic pour assister l’organisation de ces secteurs encore peu syndiqués. D’autre part, on imagine difficilement que l’augmentation s’envolera vers les paradis fiscaux. Elle permettra simplement à des travailleurs de vivre décemment, tout en soutenant l’économie ‘‘réelle’’. Mais si c’était le bon sens qui menait les dirigeants d’entreprise par le bout du nez, le monde ne serait pas en si piteux état…

Une campagne offensive !

Cette revendication frappe juste, elle répond parfaitement à un sentiment généralisé, exprimé notamment par le mouvement des Gilets Jaunes et le soutien dont il dispose dans l’opinion publique. Ce n’est pas un hasard si la revendication figure dans le programme de la tentative de ‘‘remontada’’ du PS annoncé ce début d’année. Le PS s’était également déclaré favorable à l’augmentation du salaire du personnel des administrations locales et régionales à Bruxelles. Mais quand il a fallu conclure des majorités communales, il n’en a été question nulle part…

Rien ne tombe du ciel sans construction d’un rapport de force ! La reprise par de cette campagne initialement lancée par la FGTB de Liège-Huy-Waremme par des centrales professionnelles et d’autres régionales de même que l’annonce d’actions pour populariser la revendication sont d’excellentes choses. Des réunions de militants ouvertes dans les différentes régionales ou dans les entreprises pourraient débattre des actions à mener et de leur calendrier.

Le thème peut aussi constituer un pont pour aller plus loin. Le patronat ne manquera pas de riposter avec vigueur car chaque augmentation de salaire s’en prend au profit. Certains brandiront la menace de la délocalisation pour tuer l’idée dans l’œuf. Popularisons alors dès aujourd’hui que la réponse la plus adéquate est la nationalisation sous le contrôle et la gestion des travailleurs des entreprises qui menacent de délocaliser ou de procéder à des licenciements collectifs. Ce sont les travailleurs qui créent les richesses, pas les patrons !

=> Nous exigeons notre part du gâteau : un meilleur salaire minimum, maintenant !

La source d’inspiration américaine : la lutte paie !

Avec la campagne pour un salaire minimum horaire de 14 euros, la FGTB s’inspire directement d’un mouvement de lutte né aux Etats-Unis pour réclamer un salaire horaire de 15 dollars. Le mouvement a tout d’abord commencé dans les fast-foods pour ensuite faire tache d’huile dans d’autres secteurs et bien au-delà des Etats-Unis, illustrant à merveille que des luttes et des revendications peuvent avoir un impact international.

Nos camarades américains de Socialist Alternative ont joué un rôle de pionnier dans cette réalisation historique aux USA. Ce sont eux qui, dans le prolongement de la lutte déjà entamée par les syndicats à plusieurs endroits, ont dirigé la campagne ‘‘15 NOW’’ qui a conduit à l’instauration du salaire minimum de 15 $ de l’heure à Seattle. Ce fut la première grande ville du pays à adopter cette mesure entrée en vigueur le 1er avril 2015. A l’époque, le salaire horaire minimum fédéral était fixé à 7,5 $ à peine ! Il est estimé que les entreprises de Seattle auront payé 3 milliards $ de plus sous forme de salaire entre 2015 et 2025 !

La lutte des travailleurs des fast-foods a directement été inspirée par le mouvement Occupy en 2011. A Seattle, c’est l’élection de la candidate de Socialist Alternative Kshama Sawant en 2013 qui a été décisive. Son programme comprenait les 15$ de l’heure, ce qui a lancé un large débat à travers toute la ville. Une fois élue, elle a utilisé sa position et l’attention médiatique pour lancer la campagne ‘‘15 NOW’’.

Une douzaine de comités d’action de base ont permis de mobiliser dans tous les quartiers de la ville en mobilisant toutes les personnes motivées, sympathisantes ou non de Socialist Alternative. Grâce à sa position publique, Kshama Sawant a été en mesure de contrer la propagande des médias dominants acquis aux grandes entreprises et de dénoncer les tentatives de noyer le thème par le prétendu impact négatif que cette mesure aurait pour les petites entreprises et les petits commerces.

Cette approche tranchait singulièrement avec l’attitude de certains dirigeants syndicaux qui, par manque de confiance envers la capacité d’action des travailleurs et de leurs familles dans une confrontation directe et ouverte avec les grandes entreprises, concentraient leurs efforts sur les négociations avec le maire et les patrons.

Au-delà de la revendication, c’est aussi la manière de procéder qui doit être une source d’inspiration. Que serait-il par exemple possible de faire en Belgique si le PTB adoptait une telle approche, fort de ses nombreux élus et de ses milliers de membres ?