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Le mouvement de masse pour le climat conduit à la démission d’une ministre

Manifestation du 27 janvier. Photo : Liesbeth.

Il est possible de pousser des ministres vers la porte grâce à des mobilisations soutenues. C’est ce qu’a illustré le mouvement des jeunes pour le climat. Après deux mois de manifestations, la ministre flamande de l’environnement Joke Schauvliege (CD&V) a dû démissionner. Elle était allée trop loin en indiquant que les marches pour le climat étaient le fruit d’un complot. Ses précédents faux pas avaient encore pu être camouflés, mais il est bien plus difficile de procéder de la sorte à l’occasion d’un mouvement de masse.

Par Kenzo (Gand)

Depuis le 2 décembre, la lutte contre le changement climatique est sur le devant de la scène. La première manifestation de masse du 2 décembre a été historique : des dizaines de milliers de personnes sont passées par Bruxelles. Mais la ministre fédérale de l’environnement Marie-Christine Marghem (MR) a s’est moquée des inquiétudes sur le climat par un « njet » au sommet sur le climat de Katowice. Après les examens puis les vacances de Noël, les mobilisations des étudiants du secondaire ont commencé : d’abord 3.500, puis 15.000 et ensuite 35.000 élèves ont ainsi manifesté à Bruxelles. Le dimanche 27 janvier, une nouvelle manifestation nationale a eu lieu et a réuni jusqu’à 100.000 personnes. La semaine dernière, 15.000 étudiants ont encore manifesté à Bruxelles, autant à Liège et 3.000 à Louvain, entre autres. Des étudiants du supérieur étaient déjà présents aux mobilisations mais, le 14 février, ils y participeront pour la première fois en masse.

Joke Schauvliege (CD&V) est la ministre flamande de l’Environnement, de la Nature et de la Culture depuis 2009. A partir de 2014, l’Agriculture et l’Aménagement du Territoire lui ont été ajoutés. Elle était auparavant faite connue pour des déclarations bizarres telles que : « Un arbre a toujours eu la fonction d’être abattu » ou encore : « En tant que ministre de la Culture, vous n’avez pas besoin d’être un expert culturel.’’ Mais tout a systématiquement été couvert, elle obtenait après tout pas mal de voix et est tout de même vice-présidente du CD&V. Mais la mobilisation de masse a rendu sa position intenable. En raison de la politique menée et de ses réactions maladroites face aux protestations de la jeunesse, les critiques se sont faites plus nombreuses et plus caustiques. ‘‘What a joke (quelle blague)’’, pouvait-on ainsi lire sur les pancartes d’élèves présents aux marches pour le climat.

Les rires ont accueillis ses déclarations selon lesquelles elle se sentait poussée dans le dos pour poursuivre sa politique grâce aux mobilisations de jeunes. Sa proposition visant à augmenter les taxes sur les vols était une tentative évidente de faire porter la responsabilité du problème sur des couches plus larges et sur la jeunesse. La fédération patronale FEB a immédiatement pris le train en marche en réclamant l’abolition de l’indexation des salaires avec l’idée que les mesures pour le climat entrent automatiquement en conflit avec le pouvoir d’achat ! L’appel à la gratuité et des transports publics et à leur extension n’a bien entendu pas été repris par la ministre ou les patrons. Enfin, elle a voulu apaiser les protestations avec des séances d’information des élèves des 5e et 6e années sur la politique climatique et les mérites de cette politique. Les applaudissements n’ont pas été nombreux.

La récupération ayant échoué, elle a essayé de criminaliser la mobilisation en prétendant qu’il s’agissait d’une conspiration du lobby écolo. Selon elle, cette conspiration aurait même été confirmée par la sûreté d’État ! D’où provenait le complot ? Selon elle, il s’agissait d’une vengeance suite aux manifestations agricoles qui avaient conduit à la démission de Vera Dua (ministre flamande Agalev, aujourd’hui Groen) en 2003. Certains manifestants n’étaient même pas nés ! Ces déclarations bizarres ont été suivies d’excuses : Schauvliege a dû reconnaître que la sûreté de l’Etat n’avait rien signalé. Elle n’aurait rien pu faire d’autre : la sûreté d’État a elle-même réfuté les allégations. Quelques heures plus tard, l’inévitable démission a suivi. Schauvliege était devenue un obstacle trop important pour toute tentative de récupération moins visible, par exemple via des groupes de réflexion financés par de grandes entreprises mais avec la participation d’organisations écologistes. Sa démission est un coup dur pour le gouvernement flamand qui, jusqu’à présent, a toujours été relativement stable.

Cette démission est une première victoire du mouvement, même si la bataille ne fait encore que commencer. Il ne s’agit pas d’une victoire concrète contre le changement climatique, mais d’une indication que la lutte porte ses fruits. Il est temps maintenant de passer à la vitesse supérieure ! L’appel à une grève internationale écolière le 15 mars pourrait jouer un rôle crucial à cet égard. Surtout si les syndicats profitent de la dynamique des jeunes pour se joindre à eux et déclencher une grève de toute la société pour le climat. C’est la meilleure réponse aux politiciens et aux patrons qui opposent climat et pouvoir d’achat pour éviter d’être placés face à leurs responsabilités.

Cette démission renforcera la confiance du mouvement. L’establishment espère éloigner la discussion de la rue le plus tôt possible, il espère que les mobilisations deviendront moins fortes et que toutes sortes d’experts, financés ou non par de grandes entreprises, mettront la main sur le débat. Le lobbying en faveur d’une loi sur le climat pourra alors être opposé aux mobilisations de la rue. Le mouvement doit en être conscient et s’organiser pour préparer les étapes suivantes avec un plan d’action crescendo et des discussions sur des revendications qui feront vraiment la différence. Les syndicats peuvent jouer un rôle majeur à cet égard en s’ouvrant aux jeunes et, par exemple, en aidant à défendre de manière offensive la revendication de transports publics gratuits et plus nombreux. Il s’agit d’une revendication qui allie pouvoir d’achat, meilleure mobilité et air de qualité.

La protestation contagieuse de la jeunesse montre que des actions déterminées qui ne sont pas apaisées par des promesses tièdes peuvent changer l’ordre du jour politique. Alors que la crise gouvernementale de décembre a attiré toute l’attention sur la migration et que la N-VA était déjà prête à y ajouter le confédéralisme, le débat public porte aujourd’hui sur le climat. Nous pouvons y ajouter le pouvoir d’achat : la grève nationale du 13 février offre cette opportunité. Nous serons plus forts en associant pouvoir d’achat et climat, en alliant l’enthousiasme des jeunes et la puissance économique du mouvement des travailleurs.