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Les syndicats soutiennent la grève à l’occasion de la Journée internationale des femmes

“Seul le mouvement des travailleuses et des travailleurs dans son ensemble a le pouvoir d’imposer nos revendications.”

Suite à la grève massive pour les droits des femmes qui a eu lieu en Espagne le 8 mars dernier, mais aussi à la grève pour l’égalité salariale (contre les bas salaires dans les secteurs dominés par des travailleuses) à Glasgow le 23 octobre dernier, le syndicat chrétien francophone CNE a déposé un préavis de grève pour le 8 mars de cette année. L’appel a été repris par la CSC et la CGSP ALR à Bruxelles. La Campagne ROSA salue cette décision comme un premier pas vers la participation de la Belgique à l’élaboration d’une action mondiale le 8 mars autour des droits des femmes – en particulier les droits des travailleuses – et y participera là où c’est possible.

L’expérience et les leçons de l’Espagne et de Glasgow

Les initiatrices du ‘collecti.e.f 8 maars’ déclarent qu’elles ne s’attendent pas à un impact aussi important qu’en Espagne, où six millions de personnes ont participé et où des manifestations de masse ont eu lieu dans plusieurs villes. C’est vrai, sans aucun doute. La grève en Espagne a eu lieu après des années de mobilisations croissantes dans les rues et une campagne coordonnée de plusieurs mois pour construire la grève. Cette campagne a impliqué des organisations de femmes, mais aussi des organisations de jeunesse et LGBT, des comités de quartier et des organisations sociales de toutes sortes qui, ces dernières années, ont résisté à la politique d’austérité du gouvernement et des conseils municipaux, notamment dans le cadre de l’énorme mouvement contre les expulsions de logement en conséquence de la crise financière. C’est cette vaste campagne qui a incité les syndicats à rejoindre l’appel à la grève. Soyons clair : cette grève de millions de personnes n’était pas une « grève des femmes » comme la presse en Belgique, mais aussi les participantes au ‘collecti.e.f 8 maars’, le laissent entendre. Tant des femmes que des hommes y ont participé pour revendiquer l’égalité salariale et protester contre la violence envers les femmes. C’est aussi la seule manière d’obtenir à terme ces revendications: l’unité de la classe des travailleurs dans la lutte pour celles-ci.

La grève du 8 mars de l’année dernière en Espagne n’est pas sortie de nulle part. Ces dernières années, il y a eu une renaissance du mouvement des femmes dans ce pays grâce aux actions de masse contre les tentatives effectuées par le gouvernement de droite du PP de l’époque de restreindre le droit à l’avortement. La révolte s’est développée dans un contexte de crise profonde et de mesures d’austérité sévères qui ont eu un impact énorme, en particulier dans les secteurs féminins tels que l’enseignement et les soins de santé, en termes de cadre du personnel, de salaires et de conditions de travail, mais aussi en termes de services qui permettent aux mères de travailler à l’extérieur. Les femmes ont également été fortement impliquées dans la lutte contre les expulsions lorsque de plus en plus de personnes se sont retrouvées incapables de rembourser leur hypothèque. Cette lutte qui a conduit sa porte-parole, Ada Colau, à être élue maire de Barcelone. Depuis lors, nous avons également assisté à la révolte contre le jugement du procès de la « meute », procès au cours duquel la victime du viol collectif a été présentée sous un mauvais jour alors que les auteurs s’en sont tirés à bon compte.

À Glasgow également, toute un contexte explique le succès de la grève qui a eu lieu à la fin du mois d’octobre. Cette action s’inscrivait dans le cadre de longues négociations salariales des services publics locaux. Le personnel des services les plus féminisés et les moins bien payés a pris la tête de la grève. Il a exigé un salaire égal à travail égal. Aussi bien les femmes que les hommes de ces services ont participé à la grève. En outre, la grève a notamment été rejointe par des balayeurs de rues, pour la plupart des hommes, qui n’étaient pas officiellement couverts par le préavis de grève.

Quel est le but de la grève ?

En Espagne et à Glasgow, cet objectif était très clair : il s’agissait d’égalité salariale et donc d’une augmentation des salaires les plus bas. En Belgique, cependant, les initiatrices parlent de « rendre le travail des femmes visible dans la société » et de démontrer que « sans les femmes, le monde ne peut fonctionner ». L’appel à la grève ne vise pas seulement une grève du travail salarié – un instrument de pression sur les négociations salariales – mais aussi une grève de toutes les autres tâches effectuées par les femmes.

La campagne ROSA soutiendra la grève dans les entreprises où un soutien suffisant à celle-ci a été construit. L’année dernière, des actions ont déjà eu lieu par exemple à la VUB et à l’UGent, où des arrêts de travail ont été couplés à des réunions du personnel sur ce thème. Mais nous pensons qu’une grève des tâches domestiques ne sera pas efficace. Elle sera également impossible à mener pour de nombreuses femmes avec enfants, par exemple les familles monoparentales (dans une large majorité des femmes avec enfants) qui constituent un cinquième des familles avec enfants en Flandre, ce pourcentage atteignant 33 % à Bruxelles. Certaines de ces mères peuvent probablement compter sur le soutien de leur entourage pour s’occuper des enfants pendant une journée, mais avec un degré élevé de pauvreté parmi ces couches et tout ce qui en découle, comme l’absence de vie sociale, beaucoup d’entre elles n’ont pas de réseau sur lequel s’appuyer.

La première et la seconde grève ne sont pas comparables. Une grève dans une entreprise est avant tout une action collective, tandis que la lutte au sein du couple pour une répartition équitable des tâches domestiques est une action individuelle, pour laquelle on ne peut pas compter sur la solidarité de grands groupes de collègues et des organisations syndicales. La campagne ROSA pense en outre que la solution à la double journée de travail des femmes ne réside pas tant dans la participation des hommes aux tâches ménagères et familiales que dans l’extension des services publics – avec des salaires et des conditions de travail décents pour le personnel et accessibles à tous ceux qui en ont besoin – qui facilitent la conciliation entre la vie professionnelle et familiale.

Cela signifie qu’il faut faire marche arrière et arrêter la politique d’austérité dans les soins de santé, la garde des enfants et l’enseignement, mais aussi, par exemple, dans les soins aux personnes âgées et aux personnes handicapées, et investir massivement des fonds publics pour remettre les services et les soins aux normes après trois décennies de sous-investissement et de démantèlement. Il faut aussi lutter pour une réduction du temps de travail – 30 heures par semaine sans perte de salaire et avec des embauches compensatoires – pour rendre la journée de travail praticable pour tous. Cela mettrait également fin au chômage qui exerce une pression quotidienne sur les salaires de tous, tout en poussant de nombreuses femmes, mais aussi des jeunes et de plus en plus de personnes âgées à accepter des emplois dont le salaire ne permet pas de vivre.

Nous avons également besoin d’une lutte qui stoppe et inverse l’expansion constante des nouveaux secteurs à bas salaires et, par exemple, qui place les titres-services et les mères d’accueil sous contrôle du secteur public, de telle sorte que l’accès aux services soit garanti à tous ceux qui en ont besoin (et pas seulement à ceux qui peuvent se le permettre) et que le personnel dispose d’un véritable statut, d’un bon salaire et de bonnes conditions de travail.

Pour avoir un impact réel sur la vie de nombreuses femmes et leur offrir une indépendance financière, il faut également que les salaires minimums soient plus élevés, ce qui aurait un impact global, même dans les secteurs où il est difficile de s’organiser suffisamment pour mener la lutte. Il faut aussi une pension minimum plus élevée. Ces deux revendications sont au centre de la prochaine grève générale en front commun syndical du 13 février. L’individualisation des allocations sociales – la suppression du statut de » cohabitant « , qui condamne depuis des décennies de larges groupes de femmes à dépendre de leur partenaire (et de jeunes à dépendre de leurs parents) – combinée à des allocations familiales couvrant les coûts réels de l’éducation d’un enfant et à l’augmentation de toutes les allocations sociales au-dessus du seuil de pauvreté sont aussi des revendications cruciales.

Aucune de ces revendications ne peut aboutir avec un mouvement limité aux seules femmes et une grève des tâches domestiques ne nous aidera pas d’avantage.

Toute l’importance de construire une grève internationale le 8 mars réside dans le développement de l’unité des travailleurs autour de ces revendications. Seul le mouvement des travailleurs dans son ensemble a le pouvoir d’imposer ces revendications. Cela n’est possible que si nous comprenons que la lutte pour l’émancipation des femmes n’est pas un combat mené par les femmes contre les hommes, mais une lutte des femmes et des hommes contre un système reposant fondamentalement sur l’inégalité et la discrimination, un système qui répand chaque jour des tonnes de préjugés pour diviser le mouvement des travailleurs.

L’appel de la campagne ROSA

Nous appelons nos membres et sympathisants à organiser un arrêt de travail le 8 mars si cela leur est possible couplé à une assemblée générale du personnel visant à débattre des revendications nécessaires, de ce qui peut être fait dans leur entreprise pour mettre fin aux inégalités salariales et de la manière de construire la solidarité entre tous les travailleurs.

Nous appelons tous les syndicats à soutenir véritablement les grèves et les arrêts de travail et à commencer à renforcer la participation belge à la reconstruction de la journée du 8 mars telle qu’elle a vu le jour : une journée de combat pour les travailleuses dans le cadre du mouvement socialiste international des travailleurs.

Nous faisons nôtre l’appel de la députée irlandaise Ruth Coppinger (membre de ROSA et du Socialist Party, le parti-frère irlandais du PSL et figure centrale dans la lutte pour le droit à l’avortement, également connue pour ses protestations contre l’impunité de la violence envers les femmes) pour des arrêts de travail le 8 mars. Cet appel est soutenu par un certain nombre de syndicats.

Cet appel a toutes les chances d’être concrétisé après des années d’actions de masse autour du droit à l’avortement, de la violence envers les femmes et du financement des soins de santé, notamment au travers de la grève actuelle des infirmières, des sages-femmes et du personnel hospitalier en Irlande. Les femmes étaient également nombreuses dans des campagnes telles que celle contre la taxe de l’eau et dans le mouvement pour des logements abordables. Tout ceci permet à l’Irlande de rejoindre la liste des pays participant à la grève internationale pour les droits des femmes.

Un premier pas est maintenant franchi en Belgique, ce dont se réjouit la campagne ROSA. Nous contribuerons à en faire un premier succès, en soutenant la grève dans les entreprises là où cela est possible, et en construisant la lutte grâce aux actions prévues dans plusieurs villes le 8 mars.

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