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La Chine est-elle en passe de remporter la ‘‘guerre contre la pollution’’ ?

L’année 2017 fut celle de la plus faible amélioration de la qualité de l’air depuis le début de la ‘‘guerre contre la pollution’’ lancée par Pékin.

Par Dikang, article publié sur chinaworker.info le 21 mai 2018

Le nouveau ministère de l’Écologie et de l’Environnement (MEE) a été dévoilé au Congrès national du peuple (CNP) de mars 2018 dans le cadre d’un important remaniement gouvernemental. La naissance de ce super-ministère marque un renforcement de la ‘‘guerre contre la pollution’’ lancée il y a quatre ans à Pékin. C’est du moins le message que désire faire passer la dictature du PCC (le parti soi-disant communiste chinois).

Le régime de Xi Jinping a identifié ‘‘trois batailles critiques’’ qu’il doit gagner d’ici 2020 : contre la pollution, contre le risque financier et contre la pauvreté. Pour Xi, dont la mission est d’assurer la survie de la dictature du PCC via une centralisation inédite du pouvoir et la dictature personnelle, cette trinité de dangers pourrait déclencher des troubles de masse capables de menacer le régime. Cette courte échéance de trois années à peine pour mener à bien les ‘‘trois batailles critiques’’ souligne à quel point le pays pourrait être proche d’un conflit majeur.

La Chine est devenue une zone écologiquement sinistrée. La pollution atmosphérique y tue plus d’un million de personnes chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Les rapports du gouvernement révèlent que plus de 80 % des nappes phréatiques chinoises qu’utilisent les fermes, les ménages ruraux et les usines sont impropres à la consommation. Pas moins de 19,4 % des terres agricoles chinoises sont contaminées par des polluants chimiques et des métaux. Cela représente 250.000 kilomètres carrés de sols contaminés, soit l’équivalent de l’ensemble des terres agricoles du Mexique.

Tout résulte de décennies d’industrialisation sauvage et incontrôlée alors que les lois de protection de l’environnement étaient largement ignorées. Mais, contrairement aux dires de certains, la contamination de l’air, de l’eau, du sol et de la chaîne alimentaire n’est pas une conséquence inévitable de la modernisation économique. Cela ne devient inévitable que si ce développement économique est lui-même contaminé par le capitalisme et la recherche de profits au lieu de suivre une approche planifiée soumise au contrôle et à la gestion démocratiques de la classe ouvrière.

Transfert de compétences

Le nouveau MEE a obtenu un certain nombre de compétences précédemment détenues par la Commission nationale du développement et de la réforme, le Ministère des ressources en eau et le Ministère de l’agriculture. Le nouveau ministère dispose donc du contrôle des politiques relatives au climat, à l’eau et à la pollution agricole en plus des pouvoirs déjà détenus jusque-là par le Ministère de l’environnement.

En Chine, les chiens de garde du régime en matière d’environnement ont toujours manqué de réel pouvoir. Ce n’était pas sans raison. Dans le but de réduire les coûts de production et de maximiser les profits, de puissants secteurs économiques tels que ceux de l’énergie, des mines et des transports de même que des élites régionales désireuses d’accroître leur pouvoir économique se sont opposés à l’émergence d’une puissante agence environnementale. Les tentatives répétées de renforcer la politique environnementale de la part du gouvernement central, par crainte de bouleversements politiques, s’inscrivent dans la lutte de pouvoir de Xi Jinping contre des intérêts rivaux.

Le PCC a investi d’énormes capitaux dans la lutte anti-pollution (1.000 milliards de yuans, soit 130 millions d’euros, pour lutter contre la seule pollution des sols). Mais il reste encore à voir si le nouveau super-ministère sera à la hauteur du battage médiatique qui a accompagné sa naissance. Le South China Morning Post, un journal de Hong Kong favorable au régime de Pékin, a cité un ancien haut fonctionnaire du ministère de l’Environnement qui, s’exprimant anonymement, a avoué son scepticisme quant au fait que cela soit ‘‘suffisant’’.

Ce journal faisait remarquer que le remaniement en profondeur des ministères gouvernementaux ‘‘n’est pas parvenu à instaurer un ministère de l’énergie tout-puissant pour superviser les vastes secteurs du charbon, du pétrole et de l’électricité du pays en dépit d’intenses attentes à ce sujet’’. A l’instar d’autres pays, le secteur des combustibles fossiles représente un bastion de puissants intérêts engagés corps et âmes dans un combat frénétique contre toute pression publique favorable à des politiques climatiques et anti-pollution capables de réduire leurs profits.

Un bilan mitigé

L’amélioration récente de la qualité de l’air à Pékin et dans d’autres villes du Nord au cours de l’hiver 2017-18 a été présentée par le PCC comme la preuve du bon fonctionnement de ses politiques. Si ces affirmations étaient vraies, cela représenterait un énorme changement dans la qualité de vie de dizaines de millions de personnes. La réalité n’est malheureusement pas si encourageante.

En décembre 2017, Pékin s’est classée parmi les dix premières villes de Chine concernant la qualité de l’air (à la 9e place). Selon une analyse de Greenpeace, les niveaux moyens de particules fines PM2,5 (particules dangereuses en suspension dans l’atmosphère terrestre) ont chuté de 33,1 % à Pékin, Tianjin et dans 26 villes environnantes au cours des trois derniers mois de 2017. Mais en dépit de cela, les niveaux quotidiens moyens de PM2,5 étaient encore équivalents à plus du double du niveau considéré par l’OMS comme ‘‘dangereux’’, soit 25 microgrammes par mètre cube.

Le régime du PCC revendique bien sûr d’avoir emporté une grande victoire grâce à ses politiques, qui comprennent notamment l’augmentation des inspections et sanctions pour violations de normes, la création de zones sans charbon, la délocalisation de certaines industries lourdes des environs de Pékin et la restriction de l’utilisation de voitures.

Cependant, comme le souligne l’étude de Greenpeace, l’amélioration connue au cours de l’hiver est due à un ‘‘climat exceptionnellement favorable’’, les fronts froids de Sibérie apportant vents et pluies pour briser la pollution au sol. Selon Greenpeace, ce sont les conditions météorologiques qui ont permis d’abaisser les niveaux moyens de PM2,5 à Pékin d’environ 20 % en novembre et de 40 % en décembre.

Plutôt qu’un succès retentissant, l’année 2017 a connu la plus faible amélioration de la qualité de l’air depuis le début de la ‘‘guerre contre la pollution’’ du PCC. Les niveaux moyens de PM 2,5 n’ont baissé que de 4,5 % dans l’ensemble du pays malgré des dépenses massives et la délocalisation de la production industrielle. En outre, les concentrations moyennes de PM2,5 ont augmenté dans certaines parties de l’est et du sud de la Chine, y compris dans le delta de la rivière des Perles. Les conditions météorologiques ont également joué un rôle dans ce phénomène, mais elles illustrent le déplacement de la production industrielle lourde polluante vers l’est et le sud après la répression rencontrée au nord.

La domination capitaliste dictatoriale conduit à l’Armageddon écologie. La seule issue est de libérer le pouvoir créatif collectif du peuple en plaçant la classe ouvrière aux commandes du développement économique et politique, en éliminant le capitalisme et la bureaucratie incontrôlable et en transformant la société selon des lignes socialistes écologiquement durables.