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Comment construire la dynamique du 8 mars parmi les travailleurs ?

Le 8 mars, la Campagne ROSA (Résistance contre le Sexisme et l’Austérité) veut organiser des marches contre le sexisme en Belgique, dans la continuité du mouvement international croissant en faveur de l’émancipation des femmes et contre toute forme de discrimination.

De #MeToo à #WeFightBack

#MeToo a provoqué un raz-de-marée de témoignages. Les politiciens traditionnels ont soudainement lancé des campagnes de sensibilisation contre le sexisme. Cela ne change rien au terreau fertile sur lequel prospère ce fléau, que leur politique d’austérité antisociale renforce d’ailleurs dangereusement.

#MeToo a clairement démontré que la problématique est sociétale et qu’elle exige une réponse collective. Ces dernières semaines, des actions ont eu lieu sur les lieux de travail, d’une grève chez McDonald’s aux États-Unis contre le harcèlement sexuel à un ‘‘walk-out’’ (une sortie collective du lieu de travail) international chez Google. Nous organiser sur le terrain contre le sexisme est effectivement crucial.

Le problème social du sexisme s’exprime de plusieurs façons. Le corps féminin est systématiquement utilisé comme objet commercial, ce qui aiguise les stéréotypes à seule fin de vendre. Les conséquences sont profondes concernant la manière de traiter les femmes. Cela entretient la culture du viol, qui présente les victimes comme responsables de ce qu’elles subissent.

L’égalité formelle existe. Nous sommes pourtant quotidiennement confrontés au sexisme et aux injustices. Le gouvernement prétend défendre les femmes, mais il refuse d’investir dans les soins de santé ou de permettre un accès plus facile aux contraceptifs et à l’avortement. Assurer aux femmes d’être réellement libre de leurs choix implique le fait que donner naissance ne signifie pas tomber dans la pauvreté.

Nous nous battons :

• Pour que les syndicats aident à organiser la lutte contre le sexisme sur le lieu de travail : à travail égal, salaire égal ! Non aux abus sexuels !
• Pour un accès gratuit aux contraceptifs et un accès facile à l’avortement
• Pour plus d’investissements dans l’enseignement !
• Pour une véritable éducation sexuelle qui va au-delà de la biologie, avec des agents de formation formés !

Lutter pour l’émancipation des femmes, c’est combattre l’austérité

Les femmes sont parmi les premières victimes de l’austérité. La réduction des services publics fait reposer sur les épaules des familles, généralement des femmes, des tâches auparavant collectivement organisées. En Flandre, il existe un système qui encadre l’aide à domicile effectuée par des membres de la famille: 171.846 personnes en 2017, soit 20% de plus qu’en 2015. Le manque de places s’aggrave constamment dans les garderies et les homes pour personnes âgées.

Les attaques du gouvernement contre les travailleurs frappent plus durement les femmes. La moitié des femmes reçoit une pension inférieure à 1.000 euros par mois. Les attaques contre la retraite anticipée, le crédit-temps et les droits à la pension ne feront qu’empirer les choses.

Les pénuries sociales engendrent des tensions. Nous avons déjà entendu parler de bagarres après le fait qu’un membre du personnel ait pris un congé parental, ce qui a empêché un collègue de partir en vacances. La colère ne doit pas être dirigée contre l’un d’entre nous, mais contre les responsables du manque de moyens.

Nous nous battons :

• Pour des investissements massifs en faveur de services publics décents qui répondent aux besoins existants (crèches, mais aussi transport public, soins de santé,…) avec suffisamment de personnel et de bonnes conditions de travail !
• Pour le retrait de toutes les contre-réformes qui ont dégradé nos pensions et le crédit-temps! Pour une pension minimale de 1.500 euros par mois !

Lutter contre la violence faite aux femmes, c’est lutter pour leur indépendance financière !

Les femmes travaillent souvent dans des secteurs sous-payés, aux emplois temporaires et flexibles et aux contrats très précaires. Aujourd’hui encore, l’écart salarial historique de 20% entre hommes et femmes existe toujours. ‘‘A travail égal, salaire égal !’’, criaient les femmes en grève de la FN Herstal en 1966. C’était aussi le slogan de la grève du personnel municipal de Glasgow, en Écosse, il y a quelques semaines.

L’incertitude et la pauvreté augmentent les risques de violence. Tant au travail que dans la famille. Que faire si l’on a peur de perdre son emploi ? D’autre part, les bas salaires rendent plus dépendant de son partenaire et donc plus vulnérable en cas de violence domestique. Plus de la moitié des parents seuls connaissent la pauvreté.

Nous nous battons :

• Pour une augmentation du salaire minimum à 14 euros de l’heure !
• Pour une réduction collective du temps de travail avec embauches compensatoires et sans perte de salaire afin de pouvoir combiner harmonieusement travail et vie privée!
• Pour des allocations sociales individualisées et supérieures au seuil de pauvreté !

Luttons ensemble !

Il est facile de se laisser diviser. Certains le font consciemment en instrumentalisant les droits des femmes ou des LGBTQI+. Le Vlaams Belang est un spécialiste en la matière : jusqu’à récemment, ce parti déclarait que la place des femmes était au foyer. Mais en y voyant une opportunité de diffuser le racisme, il s’est soudainement présenté comme un défenseur des droits des femmes. Comment lutter contre une oppression en promouvant d’autres formes de discrimination ? Cette recherche de boucs émissaires détourne l’attention des véritables responsables de la misère sociale. Elle divise aussi notre lutte contre l’austérité et pour défendre nos intérêts communs.

C’est ensemble qu’il faut nous battre et dépasser le stade de l’indignation. Les problèmes sociaux exigent une réponse collective. La Journée internationale de lutte pour les droits des femmes, le 8 mars, doit être une journée de lutte ! La place des femmes est dans la lutte, tout particulièrement le 8 mars.

Participez à l’organisation des marches contre le sexisme le 8 mars ! Demandez à votre section syndicale de soutenir la marche et de lancer un appel à la rejoindre ! Mais surtout : venez vous-même et essayez d’amener des collègues, des amis ou des membres de votre famille.