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De la faillite du capitalisme surgissent des monstres politiques.

Seul le mouvement ouvrier peut les stopper !

‘‘Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent des monstres’’. C’est ainsi que le marxiste italien Antonio Gramsci parlait de la crise du capitalisme il y a un siècle de cela. L’actualité du propos n’est pas à démontrer : toutes les institutions sont plongées dans le discrédit et des monstres comme Salvini, Trump ou Bolsonaro surgissent des crises politiques qui en découlent. D’où proviennent ces figures d’extrême droite, sur quoi repose leur force et comment les combattre efficacement ?

Par Geert Cool

Un système en crise

Dix ans après la grande récession, le capitalisme a connu une certaine reprise, basée principalement sur les ressources injectées dans l’économie par les autorités. Cela a contribué à creuser davantage le fossé entre riches et pauvres : une infime couche au sommet de la société en a profité tandis que la grande majorité de la population a souffert de l’austérité. Et l’économie mondiale est à nouveau au bord de la crise.

Le capitalisme est de moins en moins capable de nourrir l’illusion d’un progrès bénéfique à l’ensemble de l’humanité. La confiance dans ce système, ses institutions (partis politiques, pouvoir judiciaire, médias,…) et tout ce qu’il représente est au plus bas.

Un système en crise entraîne à sa suite la direction politique qui lui est associé. Des formations politiques qui ont régné sans partage des décennies durant doivent céder la place à des forces plus neuves et plus instables. L’establishment le constate avec horreur car avec ces partis disparait beaucoup de savoir-faire quant à la manière de protéger les intérêts de la classe dirigeante. De nouvelles figures comme Trump sont imprévisibles.

Le déclin des partis traditionnels se produit parfois à un rythme effarant. Le PASOK, le parti social-démocrate grec, était encore il y a dix ans un puissant facteur de stabilité pour les capitalistes. Il était encore en mesure de former seul un gouvernement après avoir obtenu 44% des voix. Aujourd’hui, le PASOK s’est fondu dans une alliance de centre-gauche ‘‘large’’ qui reste sous les 10% dans tous les sondages. La ‘‘pasokisation’’ des partis traditionnels est en marche. En octobre, dans le district anversois de Deurne, les trois partis traditionnels flamands CD&V, VLD et SP.a ont moins de 20% ensemble !

La lutte des classes

L’autorité des institutions de l’establishment disparaît, mais cela ne signifie pas automatiquement que tous les préjugés sur lesquels repose le pouvoir de l’élite cesseront d’avoir cours. L’individualisation a été fortement poussée dans la société : plus rien n’est un problème social, tout repose sur les individus. Tout cela vient du dogme néolibéral selon lequel une société, cela n’existe pas.

Ce dogme doit nous faire croire qu’en tant que classe ouvrière, nous n’avons pas de place spécifique dans la société et, surtout, que la lutte des classes n’existe pas. Celui qui parvient à faire croire à son adversaire qu’il n’y a pas de bataille peut plus facilement remporter cette dernière. Comme le disait le milliardaire Warren Buffet en 2005: ‘‘Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c’est ma classe, la classe des riches qui mène la lutte. Et nous sommes en train de gagner.’’ Aidés par les défaites de la classe ouvrière dans les années 1990, les capitalistes s’en sont tirés. Dès qu’ont lieu de timides tentatives de riposte, les libéraux crient à la ‘‘haine de classe’’. Seule l’acceptation tacite de la guerre de classe menée unilatéralement par les capitalistes est ‘‘acceptable’’ du point de vue libéral.

En l’absence de réponses collectives du mouvement ouvrier, de nombreuses personnes cherchent à expliquer la dureté de leur vie par l’arrivée des réfugiés, le rôle des politiciens corrompus, etc. La victoire de Bolsonaro au Brésil en est l’exemple le plus récent. C’est l’échec de la ‘‘gauche’’ officielle de Lula et du PT qui a ouvert la voie au monstre Bolsonaro. Nous ne réagirons pas en ignorant les déficits et les tensions réels ; ni en faisant confiance à ceux qui les crèent. Nous devons défendre les alternatives du mouvement ouvrier.

Une droitisation ?

A l’annonce de la nouvelle coalition SP.a / PTB à Zelzate, le conseiller communal du PTB Geert Asman a déclaré : ‘‘Dans un climat de droitisation, où la droite et l’extrême droite progressent, nous réussissons comme parti de gauche à construire un barrage contre la droite à Zelzate.’’ Ce ‘‘climat de droitisation’’, nous en entendons souvent parler, y compris dans les milieux syndicaux. L’image n’est toutefois ni complète, ni correcte : c’est le rejet des partis existants qui fait le succès de la droite et de l’extrême droite, pas l’adhésion à une politique de droite de cadeaux aux grandes entreprises et d’attaques contre la sécurité sociale. La lutte collective peut faire mordre la poussière à la droite. Nous l’avons constaté lors des élections communales, en Flandre également : dans l’ensemble, la droite a perdu du terrain.

Aux USA, il y a eu plus de grèves en 2018 qu’au cours des années précédentes. Les électeurs brésiliens ont voté pour une opération ‘‘mains propres’’ et un homme fort, mais ils sont opposés aux attaques contre les pensions ou les privatisations. On ne trouve nulle part de réel soutien actif pour la politique d’extrême droite, des mesures néolibérales brutales associées à un régime autoritaire. C’est pourquoi il est nécessaire à l’extrême droite de stimuler la haine et les préjugés contre les réfugiés ou de souligner l’hypocrisie et les faiblesses des politiciens établis. Avec cela, ils peuvent disposer d’un écho beaucoup plus difficile à obtenir avec leur propre programme antisocial.

Certains décrivent à tort Bolsonaro ou Trump comme des fascistes. Non pas que nous doutons de ce que Trump et Bolsonaro auraient été politiquement dans les années 1930… Mais les qualifier de fascistes aujourd’hui ignore l’absence d’une base de masse active prête à imposer la politique fasciste avec violence. Les groupes fascistes se sentent renforcés par ces politiciens de droite, mais lorsqu’ils qu’ils partent à l’offensive, cela entraine rapidement des mobilisations de masse qui les replongent dans l’isolement. C’est ce que nous avons vu aux USA avec l’Alt-right après les violences perpétrées lors d’une manifestation à Charlottesville à l’été 2017. Le fascisme en Italie ou en Allemagne nazie a pu mettre fin aux organisations ouvrières. Aujourd’hui, ce n’est pas à l’ordre du jour ; au contraire, la lutte ouvrière est actuellement en plein essor aux Etats-Unis. Là où l’extrême droite va trop loin, elle remplit plutôt la fonction de fouet de la contre-révolution qui génère des mouvements de masse. Mais il ne faut évidemment pas attendre que cela se produise pour organiser la lutte contre l’extrême droite et le terreau sur lequel elle prospère.

Comment arrêter l’extrême droite ?

Lors des élections de mi-mandat aux Etats-Unis, Trump a plus ou moins tenu le coup. Il aurait pu perdre bien plus de voix et il a su conserver la majorité du Sénat (dont la répartition des sièges est toutefois à l’avantage des républicains). Le principal atout de Trump, c’est la méfiance que suscite son principal parti d’opposition : les démocrates. Il en va de même avec de nombreuses forces populistes de droite : leur force est principalement déterminée par la faiblesse de leurs adversaires. Si l’alternative doit venir des partis établis qui perdent leurs derniers vestiges d’autorité, alors les forces d’extrême droite et populistes peuvent tenir bon plus longtemps. Mais l’absence d’une base active de masse provoque inévitablement l’instabilité.

Le domaine politique n’est pas un monopole de la droite. Même si on nous apprend à laisser la politique aux experts, la classe ouvrière entre dans le champ politique ; tant au niveau syndical que politique. Ces dernières années, de nouvelles formations de gauche ont vu le jour dans toute l’Europe et aux Etats-Unis. C’est l’expression d’une recherche d’alternatives qui, dans le contexte d’une lutte sociale croissante, s’oriente vers la gauche. Par l’action, nous apprenons plus rapidement que nous sommes plus forts ensemble, qui sont nos alliés et qui sont nos ennemis. De nombreuses nouvelles formations de gauche sont cependant encore marquées par l’héritage de l’offensive idéologique néolibérale qui a eu lieu après la chute du stalinisme. En conséquence, il y a souvent un manque de confiance dans la capacité de la classe ouvrière à défendre une autre société de manière offensive et audacieuse. Quand la gauche est à l’offensive de manière audacieuse et collective avec un programme socialiste, la droite est en difficulté. Mais il y a encore du travail à faire pour affiner nos méthodes et notre programme de lutte. Le PSL y contribue avec énergie.

L’extrême droite se présente comme quelque chose de neuf, de radical et d’extérieur au système en cherchant à abuser du mécontentement populaire. Elle représente pourtant la poursuite et l’intensification de l’ordre actuel et du chaos qui lui est inhérent. C’est la gauche conséquente qui doit offrir aux travailleurs et aux pauvres un nouvel instrument radical et combattif basé sur les idées d’égalité, de solidarité, de démocratie et de socialisme.

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