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Changement climatique et pollution. Le libre marché n’est pas la solution, c’est le problème!

Il est plus que temps d’agir, le changement climatique est déjà un fait ! Les pires effets du changement climatique peuvent encore être évités en stoppant la hausse de la température moyenne par rapport à l’époque pré-industrielle pour la limiter à 1,5°C. C’est ce que le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) affirme dans son rapport à destination du sommet climatique de décembre (la COP 24). Cependant, plus l’unanimité grandit sur l’urgence, plus il devient évident que les politiciens traditionnels restent sans réponse. Nous avons besoin de bien plus que des mesures individuelles : il nous faut des investissements publics massifs dans une planification économique écologique.

Dossier de Michael Bouchez

Le changement climatique et la pollution sont de plus en plus visibles et tangibles. Les phénomènes météorologiques extrêmes et les sécheresses tuent des dizaines de milliers de personnes par an et affectent des millions d’autres, obligées de fuir en raison d’ouragans, d’incendies de forêt, d’inondations ou de sécheresses dévastatrices. L’été chaud et sec de 2018 constitue un nouveau record. À l’échelle mondiale, à politique inchangée, nous sommes sur la voie d’atteindre une augmentation de 3 à 6° d’ici 2100. Les conséquences que cela représenterait pour l’homme et la nature sont incalculables.

Les émissions de CO2 qui réchauffent la planète posent également des risques immédiats pour notre santé. Nos enfants grandissent dans les particules fines et la pollution. Selon Greenpeace, la Belgique est l’un des quatre pays les plus pollués d’Europe. Anvers est l’un des “hotspots mondiaux de l’azote”, avec Taiwan, Buenos Aires et Paris. Les particules fines et les substances toxiques que nous respirons quotidiennement causeront un afflux d’asthme, de maladies pulmonaires et de cancers. Les politiciens néolibéraux n’ont pas non plus de réponse à cette question : les émissions en Belgique ont de nouveau augmenté ces dernières années.

Tous responsables ?

Depuis des décennies, le problème climatique est dominé par les formules néolibérales. Ainsi, nous serions tous responsables car nous sommes tous consommateurs et pollueurs, les solutions seraient donc individuelles, liées à notre seul comportement. Beaucoup de gens font d’ailleurs de grands efforts. Nous ne constatons par contre pas du tout la même implication de la part de des réels responsables. L’empreinte écologique de l’être humain moyen est relativement faible. Mais les 10% les plus riches au monde émettent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale !

Pendant des décennies, les consommateurs ont été mis en avant comme les vecteurs d’un changement grâce à leur comportement individuel. Les consommateurs seraient de nature à stimuler le libre marché à s’orienter vers les “entrepreneurs verts”. Cette manière de voir fut un échec.

Les initiatives bien intentionnées qui dépassent le cadre du bête ‘‘greenwashing’’ et du capitalisme vert concernant une alimentation saine, locale et durable sont plus populaires aujourd’hui, mais elles atteignent les limites de leur marché de niche. Les prix des agriculteurs biologiques ne peuvent rivaliser avec l’agro-industrie, ce qui signifie qu’ils sont condamnés à rester dans la marge, avec des prix élevés, ou à être repris par des acteurs plus importants de l’agro-industrie qui négligent la production écologique mais savent repérer une bonne affaire. C’est ce qui s’est produit avec le fournisseur et producteur wallon d’électricité verte et de gaz naturel Lampiris, racheté par le pétrolier français Total en juin 2016.

Les géants de l’agro-industrie, de l’énergie et de l’automobile sponsorisent les fameuses conférences des Nations Unies sur le climat. Ces conférences, comme la COP21 de Paris et la prochaine qui se tiendra en décembre à Katowice, en Pologne, doivent être saisie par le mouvement écologique comme occasion de dénoncer la mentalité de statu quo des dirigeants du monde, sans entretenir la moindre illusion envers ces dirigeants.

Le sommet sur le climat est une occasion importante de discuter d’un programme qui rompt avec le cadre de pensée néolibéral et propose des revendications collectives pour s’attaquer aux vrais pollueurs plutôt qu’au consommateur individuel.

Dès 1988, James Hansen, expert de la NASA, a averti qu’il existait un lien évident entre les émissions et le changement climatique. D’importantes campagnes de lobbying et des groupes de réflexion de l’industrie pétrolière et d’autres multinationales climato-sceptique ont pris des mesures pour semer le doute et mettre fin à toute forme de mesures structurelles, d’enquêtes financées par des fonds publics ou même de législation stricte. C’est le contraire qui s’est produit. Les grandes sociétés pétrolières et d’autres multinationales ont été laissées libres d’émettre du CO2 dans l’atmosphère et d’exploiter les ressources naturelles de la planète. Au lieu d’études financées par des fonds publics, les gouvernements néolibéraux ont laissé “l’initiative” au monde des affaires. Aujourd’hui, le déni du changement climatique n’est plus guère pris au sérieux dans l’opinion publique. Les efforts des partisans du statu quo visent à faire porter la responsabilité de la situation aux travailleurs et à leurs familles.

Aujourd’hui, nous payons le prix de l’approche néolibérale du changement climatique et de la pollution. Depuis 1988, 71 % des émissions de CO2 ont été causées par 100 entreprises. Des sources d’énergie polluantes comme les sables bitumineux, la fracturation hydraulique et l’énergie nucléaire ont bénéficié d’investissements massifs. Les partis verts traditionnels sont les héritiers de ce néolibéralisme. En Flandre, Groen est avant tout un partenaire amical des entrepreneurs qui n’encourage que les initiatives individuelles visant à réduire la pollution et les émissions. En Wallonie et à Bruxelles, ECOLO ne diffère pas fondamentalement de cette approche. La facilité avec laquelle ECOLO entre en coalition avec le MR parle d’elle-même.

A eux les profits, à nous la facture

Le capitalisme fait payer sa soif de profits à la collectivité et à la nature. La problématique du plastique est un des derniers exemples illustratifs de ce fait. Les océans et la biodiversité sont asphyxiés par le plastique tandis que des microparticules de plastique pénètrent dans nos aliments. Est-ce la faute des consommateurs qui jettent leurs déchets dans la rue ou à la mer ? Payons-nous le prix de la paresse de l’être humain et de sa pensée à court terme ?
Le plastique devenant de plus en plus utilisé, les emballages jetables sont devenus très populaires auprès des fabricants enthousiastes vis-à-vis des marges bénéficiaires en jeu. Les produits emballés individuellement restent frais plus longtemps et le plastique permettait de se débarrasser du nettoyage et du recyclage des bouteilles en verre.

Les bouteilles en plastique pouvaient être incluses dans le prix de revient très bas et ensuite balancées sans le moindre frais pour le fabricant.

Face à la montagne de déchets plastiques qui s’est soudainement développée et a pollué les parcs et les rivières, l’Etat du Vermont (aux Etats-Unis) a adopté en 1953 une loi interdisant la vente de boissons en emballages non réutilisables ! Dans les années qui ont suivi, les législateurs d’autres régions des États-Unis ont continué à chercher des réponses à la pollution.

Mais les géants des boissons et les lobbies considéraient qu’il s’agissait d’une attaque contre leurs profits. La même année, Coca-Cola et d’autres géants de la boisson ont fondé avec Phillip Morris l’ONG ‘‘Keep America Beautiful’’ pour mettre pression sur les législateurs et enfoncer dans le crâne du public que le problème, ce n’était pas la production et la vente, mais bien la consommation et l’utilisation. A la population de gérer ses déchets et d’apprendre à recycler ! Après quatre ans de campagne contre la législation, le Vermont a abandonné sa loi et les fabricants ont pu produire des bouteilles en plastique et faire des profits à leur guise.

La production de plastique est passée de 2,3 millions de tonnes en 1950 à 162 millions de tonnes en 1993 et 448 millions de tonnes en 2015. La moitié de la production est utilisée pour l’emballage et seule une fraction du plastique ‘‘recyclé’’ est effectivement recyclée.

Ce que cela nous apprend, c’est qu’avant la consommation, il y a aussi la production. En fait, le plus grand succès de Keep America Beautiful a été de transférer la responsabilité environnementale au consommateur. La forme moderne du recyclage individuel, telle que nous la connaissons, provient de la campagne Keep America Beautiful, une campagne de capitalistes qui ont tout fait pour protéger leurs intérêts. C’est un phénomène qui est également apparu dans d’autres domaines et qui a été renforcé par le néolibéralisme.

C’est un exemple historique qui montre que la logique du profit ne recule face à rien. Les grandes entreprises sont prêtes à (littéralement) empoisonner notre environnement tant que cela leur est rentable. Pour eux, les gobelets jetables étaient une économie, pour nous, pour notre planète, c’est devenu une activité très coûteuse qui met des vies en danger. Pour le capitalisme, la nature n’est qu’une source de ressources naturelles d’une part et de l’autre un terrain vague où balancer ses déchets.

Sans réponse collective, le capitalisme saura voir une opportunité dans la crise. Le célèbre ‘‘Ocean Cleanup’’ de l’entrepreneur Boyan Slat qui a conçu un système pour pêcher le plastique dans les océans peut maintenant utiliser la crise causée par le modèle de profit pour faire des profits lui-même. Son business plan : ‘‘D’une part, les entreprises peuvent acheter/parrainer une installation, qui prend alors son nom à des fins de marketing. D’autre part, nous voulons fournir le plastique aux producteurs qui en font des produits de consommation. Ils paient pour le plastique comme matière première, mais obtiennent une licence sur notre marque, de sorte qu’ils peuvent rendre leurs produits distinctifs parce qu’ils sont faits de plastique Ocean Cleanup.’’ Notre environnement, leur jackpot.

Quel programme pour le mouvement climatique ? Des investissements publics contre la soif de profits du privé

Il nous faut des changements radicaux si l’on souhaite vivre dans un monde à l’oxygène respirable. Le slogan “System change, not climate change” est devenu populaire dans le mouvement climatique. Certains parlent d’ailleurs d’une ‘‘révolution climatique’’. Ces slogans illustrent une recherche de solutions. Mais nous devons aussi oser nommer ces ‘‘systèmes’’ et développer un programme pour réaliser ce ‘‘changement de système’’.

Il faut stopper la production polluante et inutile, s’engager dans une planification rationnelle de la production, passer le plus immédiatement possible aux énergies renouvelables, se retirer des énergies fossiles et nucléaires, prendre des mesures collectives d’économie d’énergie telles que de meilleurs transports publics gratuits, l’isolation des logements, etc.

Ces mesures pourtant absolument nécessaires s’opposent aux intérêts de l’élite économique et politique, car elles mineraient les taux de profit. Pour le capitalisme, la pureté de l’air, la propreté des océans, la biodiversité,… ce ne sont pas des incitants économiques. La rentabilité du charbon et du pétrole est bien supérieure à la recherche de sources d’énergie renouvelables.

L’accent est mis sur le profit privé à court terme et les coûts sociaux (et donc aussi les coûts écologiques) sont imputés à la communauté et ses conditions de vie. Ce n’est que lorsque notre air ne pourra plus être respiré qu’il pourra faire des profits en vendant de l’oxygène. Pour ceux qui peuvent se le permettre, du moins.

Le rôle de la classe ouvrière dans le mouvement climatique

Dans le passé, les changements radicaux n’ont jamais été mis en œuvre par l’establishment lui-même. Les élites politiques et économiques ont tout au plus fait des concessions par crainte d’un mouvement masse. C’est l’action collective du mouvement ouvrier, inspiré par un programme socialiste, qui a imposé un changement. C’est également de cette manière que les législations en matière de santé et de sécurité au travail et dans les alentours des usines ont été introduites.

La classe ouvrière est bien sûr aujourd’hui très diversifiée, elle fait face à une multitude d’activités et de problèmes. Pour ceux qui travaillent 8 heures par jour, qui ne peuvent joindre les deux bouts à la fin du mois, qui doivent s’occuper de leurs parents parce que les maisons de repos sont trop chères et qui doivent élever leurs enfants et les amener à l’école, la question climatique ne semble pas être la plus urgente. Nous avons souvent besoin de notre voiture pour conduire les enfants à l’école et au travail. Beaucoup ne se soucient pas de l’économie du partage, des potagers collectifs ou des zones à faibles émissions qui signifient que les vieux moteurs diesel doivent être remplacés par un neuf sans compensation. Beaucoup de travailleurs d’industries polluantes n’ont pas d’alternative s’ils veulent payer leurs factures et l’éducation de leurs enfants.

Des bouleversements sociaux majeurs se sont produits lorsque les intérêts immédiats de la classe ouvrière ont coïncidé avec la nécessité de contester le système. Si nous voulons un changement, le mouvement climatique doit donc se concentrer sur un moyen d’impliquer les larges couches des travailleurs, plutôt que de tenter d’influencer des décideurs politiques acquis au capitalisme.

Le personnel des transports publics est un exemple évident. Les actions de grève des cheminots ou des conducteurs de bus contre les économies et pour de meilleures conditions de travail sont un élément crucial du mouvement climatique. Le mouvement pour le climat peut développer la solidarité en travaillant avec les syndicats à l’élaboration d’un programme pour des transports publics plus nombreux et gratuits, un recrutement supplémentaire et une réduction de la charge de travail.

On ne peut revendiquer des investissements publics massifs dans l’énergie durable et une sortie de l’énergie nucléaire et des énergies polluantes sans exiger un plan de reconversion, de formation et de création d’emplois dans ce secteur. Les syndicats du personnel de ces secteurs peuvent être mobilisés pour une sortie du nucléaire et des sources d’énergies polluantes, pour un programme de formation des travailleurs et une reconversion vers des emplois verts et sains.

Cela stimulerait le débat sur les revendications climatiques et leur financement au sein des syndicats et du mouvement ouvrier. Un tel mouvement populariserait également l’idée d’un gouvernement de gauche représentant le mouvement ouvrier et climatique.

Le programme de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon est un bon point de départ pour un programme écologique basé sur les intérêts des travailleurs. La FI prône la planification écologique, la nationalisation du secteur énergétique, la sortie du nucléaire, la reconversion des emplois, l’isolation de 700.000 logements par an, …

En liant les besoins directs des travailleurs et de leurs familles aux mesures écologiques d’un programme socialiste, le mouvement climatique peut s’élargir et se renforcer tout en sortant du carcan idéologique néolibéral des partis verts traditionnels.

Un parti révolutionnaire

Cependant, nous ne devons pas nous leurrer. Un gouvernement de gauche qui tente de mettre en œuvre un tel programme et qui défie le système entrera immédiatement en conflit avec la bourgeoisie nationale, l’establishment européen, le FMI et les multinationales. Ils feront tout leur possible pour saboter une véritable transition écologique structurelle et collective, car elle affecterait fondamentalement leurs intérêts. C’est la leçon la plus importante de l’expérience de Syriza en Grèce : à leurs yeux, la démocratie ne doit jamais être en décalage avec le système capitaliste.

C’est pourquoi, en plus d’un tel programme, un parti révolutionnaire est également nécessaire. En l’absence d’une direction révolutionnaire dotée d’un programme de lutte contre le chantage et le sabotage, les bonnes intentions d’un gouvernement de gauche risquent d’être balayées. C’est ainsi que Tsipras et Syriza ont finalement mis en œuvre le plus important plan d’austérité de Grèce, malgré la volonté du peuple grec de lutter contre ces mesures antisociales.

Pour permettre une planification et une transition écologiques, une rupture avec le capitalisme est inévitable. Ici aussi, la classe ouvrière est la force sociale qui peut faire changer le système. Elle peut retirer les ressources naturelles et les moyens de production des mains de ceux qui causent les changements climatiques.

En nationalisant également le secteur financier et d’autres secteurs-clés de l’économie et en les plaçant sous le contrôle démocratique et la gestion de la classe ouvrière, les ressources peuvent être générées pour faire les investissements dont nous avons besoin. Une économie socialiste et planifiée garantirait donc que les décisions soient prises en fonction des besoins de l’humanité et des coûts sociaux (et donc de la nature), plutôt qu’en fonction du profit.

La recherche nécessaire mais coûteuse de nouveaux développements technologiques, les grands travaux d’infrastructure pour la production et la distribution d’énergie verte, les solutions inclusives et collectives pour nos transports,…. Bref, un plan d’urgence écologique ne donne rien d’un point de vue capitaliste. Combinés à un changement socialiste dans la société, ce sont des investissements démocratiques qui constituent un atout inestimable et une valeur ajoutée pour l’humanité, son environnement et les générations futures.

Le programme du PSL

• La mobilisation des activistes, des syndicats et des jeunes dans un mouvement de masse contre les investissements destructeurs soutenus par l’establishment politique.
• Des transports publics plus nombreux, meilleurs et gratuits, seule véritable alternative aux bouchons et aux particules fines.
• Une conversion rapide aux sources d’énergie véritablement renouvelables : énergie éolienne, houlomotrice et solaire, …
• La mise en œuvre de mesures collectives sur base d’un financement public pour économiser de l’énergie, notamment pour rendre les maisons basse énergie.
• Un programme à grande échelle de reconversion en emplois verts et décents pour parvenir à une reconversion énergétique.
• Solidarité avec la lutte des populations locales victimes de la sécheresse, des inondations, …
• Pour une politique d’asile digne et humaine qui ne fasse aucune distinction entre réfugiés politiques, économiques et climatiques.
• L’expropriation et la nationalisation de la production et de la distribution énergétique sous contrôle démocratique. Combiné à la nationalisation du secteur financier et de la recherche scientifique, les investissements énormes mais nécessaires pourraient être réalisés en peu de temps.
• Une production socialiste planifiée démocratiquement et basée sur les besoins de la population qui tienne compte de la protection de notre environnement.