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La N-VA hors du gouvernement, partons maintenant à l’offensive contre toute la politique d’austérité !

Tous les partis gouvernementaux ont perdu des plumes lors des récentes élections locales, à la suite de quoi les tensions ont atteint un tel point qu’une discussion sur un pacte migratoire non contraignant a mis un terme au gouvernement Michel 1. Si l’agonie a duré quelques jours, c’est en raison de ce mauvais théâtre qui a vu les partis de l’orange-bleue et la N-VA tenter de se rejeter l’un sur l’autre la responsabilité de la chute du gouvernement.

Ces derniers jours, dans les médias, tout portait à croire que le mécontentement social n’était qu’un fait divers. Il s’agit pourtant d’un élément essentiel derrière les déboires électoraux subis par les partis gouvernementaux le 14 octobre. La marche historique pour le climat du dimanche 2 décembre, les “Gilets Jaunes” manifestant à 2000 à Bruxelles sans réelle organisation en opposition à la hausse des prix et des taxes, la colère face au dossier des pensions et à la baisse du pouvoir d’achat,… Tout cela semblait soudain sans conséquence. Mais c’est bien ce qui vit parmi de larges couches de la population.

Comme le faisait remarquer Marc Reynebeau dans le quotidien flamand De Standaard : “Alors que le gouvernement fédéral s’enlise dans une discussion identitaire symbolique, (…) il y a encore des gens qui ont de vrais problèmes. Ils sortent maintenant dans la rue en gilets jaunes.” Pour les partis établis, cependant, ces thèmes n’ont suscité aucune crise gouvernementale. Si une campagne électorale se déroule autour de ceux-ci, elle serait à n’en pas douter synonyme de déroute. La politique d’asile et l’identité représentent donc un écran de fumée bien utile.

Avec le départ de la N-VA prend fin le gouvernement Michel 1. Il fait place à un gouvernement minoritaire orange-bleu qui est clairement un gouvernement en affaires courantes instable et non plus le dur gouvernement thatchérien qui, une fois au pouvoir, a directement lancé une attaque brutale contre les pensions, les salaires, les allocations sociales, les services publics,… Les patrons se sont déjà plaints ces derniers jours car ils espéraient encore recevoir de nouveaux cadeaux avant les élections de mai 2019. La politique de Saint-Nicolas pour les grandes entreprises se poursuivra sans doute mais, avec un gouvernement instable, les choses pourront être plus difficile. Soyons clairs : la N-VA n’est pas la seule responsable de la politique d’austérité dure que nous avons subie ces dernières années. Ce n’est pas parce que la N-VA n’est pas au gouvernement que cette politique prend fin. Au niveau flamand, la coalition suédoise reste d’ailleurs en place.

La campagne électorale de mai 2019 est lancée. Nous verrons peut-être le retour des images et slogans de campagne anti-migration de la N-VA dont Filip Dewinter (Vlaams Belang) peut se prétendre l’auteur en souriant. Le Vlaams Belang espère profiter de la campagne anti-migration de la N-VA, son président Van Grieken en est tellement euphorique qu’il ne trouve même plus le temps de tenter de récupérer les Gilets Jaunes. Les autres partis traditionnels – décrits par De Wever comme la « coalition de Marrakech » – ont réagi avec indignation à la campagne dégoûtante de la N-VA, mais ils sont pour le reste essentiellement en accord avec la politique de Francken. Dans plusieurs interviews, Vande Lanotte, leader du SP.a, a déclaré que son parti n’avait pas de problème fondamental avec la politique de Francken, juste avec sa communication polarisante.

L’establishment politique rencontre des difficultés dans toute l’Europe et au-delà. Le mouvement des Gilets Jaunes en France continue de gagner du soutien. En France, la répression brutale – qui voit des milliers de personnes arrêtées tandis que des lycéens sont traités comme des prisonniers de guerre – renforce les voix qui appellent à la démission de Macron. Moins de 20% de la population soutient encore le président français! Dans notre pays, la situation est potentiellement similaire. Toutes les actions syndicales qui ont été sérieusement organisées ces dernières années ont été couronnées de succès, tout comme la marche pour le climat et les actions des Gilets Jaunes ces dernières semaines. Ces actions expriment un sentiment général : on en a marre !

Toute la question est de savoir comment nous pouvons utiliser ce sentiment pour parvenir à un réel changement. Macron a dû reporter d’au moins un an l’augmentation prévue de la taxe sur le carburant : une lutte acharnée se révèle payante ! Mais la protestation ne concerne plus seulement le prix du carburant : le « ras-le-bol » est général. Traduisons ce sentiment en revendications concrètes pour améliorer la vie de la majorité de la population : une augmentation des salaires pour augmenter le pouvoir d’achat, la récupération de l’ensemble de l’indexation des salaires et des allocations sociales, l’augmentation du salaire minimum à 14 euros de l’heure, une pension de 1500 euros par mois minimum, une semaine de travail plus courte sans perte de salaire et avec embauches compensatoires, un plan massif d’investissements publics dans les infrastructures et les services publics, une plus forte imposition des grandes fortunes et des grandes entreprises. Aujourd’hui, nous payons plus de taxes que les héritiers du milliardaire Albert Frère pour leur succession !

Nous devons discuter collectivement de ces revendications et, à partir d’elles, organiser des actions offensives vers une grève générale qui paralysera l’ensemble de l’économie. Les syndicats doivent jouer un rôle central à cet égard, mais les dirigeants doivent cesser de se disputer entre eux, essentiellement sur le fait qu’ils ne veulent pas agir, qui plus est !

Organiser des actions déterminées, cela ne renforce pas la droite, bien au contraire ! Cela attire l’attention sur les thèmes qui réunissent la majorité de la population tout en veillant à ce que le débat public ne soit pas dominé par la droite. Même s’il ne faut pas s’attendre à de nouvelles attaques majeures de la part de ce gouvernement instable, rien ne sera fait pour améliorer le sort de nos pensions, de notre pouvoir d’achat, de la charge de travail ou de nos services publics. Une demi-journée d’action comme celle du 14 décembre – sans mot d’ordre clair, sans parler de son organisation – est bien en deçà de ce qui est nécessaire.

Le gouvernement a été affaibli et, par conséquent, les patrons qui utilisent systématiquement leurs marionnettes politiques ont également été affaiblis. C’est un moment à saisir. Se reposer dans une attitude attentiste serait une erreur qui signifiait simplement de laisser l’adversaire récupérer des forces. Si les partis au pouvoir parviennent à limiter le débat électoral à leur manière de voir le thème de la migration, alors nous aurons à nouveau une politique anti-sociale très dure après mai 2019.

Les actions offensives visant à augmenter les salaires et la protection sociale sont le meilleur moyen de répondre au mécontentement général, exprimé notamment par les Gilets Jaunes. Avec des assemblées générales pour débattre des revendications et des actions à mener, il serait possible de tisser des liens entre les militants et de renforcer la résistance contre la politique antisociale. Un mouvement social puissant est de nature à imposer une nouvelle réalité politique.

Si cela ne se traduit pas par des représentants politiques qui font partie du mouvement et font tout ce qui est en leur pouvoir pour unir et organiser l’opposition à la politique d’austérité, alors cela pourra se refléter de manière déformée aux élections. La politique de boucs émissaires jouera alors un rôle plus important. Certains lorgneront vers l’extrême droite ou, au mieux, seulement vers une vague verte. En réalité, c’est l’ensemble de l’establishment politique et l’ensemble du système qui sont rejetés.

Cette situation ouvre la voie à la recherche d’une alternative reposant sur le droit à une vie décente pour la majorité de la population au lieu de cette spirale infernale qui ne profite qu’à une élite d’ultra-riches. Cela signifie de lutter contre le capitalisme pour le remplacer par un autre système, un système qui selon nous ne peut être que le socialisme, un système où la majorité de la population disposerait du contrôle et de la gestion démocratiques des moyens de production, pour décider quoi produire et de quelle manière afin de répondre aux besoins de chacun.