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Etat espagnol. Le PSOE et Podemos unis pour stopper la casse sociale ?

Pedro Sánchez, après sa victoire aux primaires du PSOE en 2017. Photo : Marta Jara (Wikimedia)

En octobre, un accord sur le budget 2019 a été conclu entre le parti social-démocrate espagnol (PSOE) et Unidos Podemos(1). Après l’impitoyable politique d’austérité dont la population a été victime des années durant, les ‘‘ouf’’ de soulagement n’ont pas manqué.

Entre décembre 2011 et juin 2018, c’est le conservateur Mariano Rajoy (PP) qui était à la tête des deux gouvernements de cette période. Leur politique a été aussi brutalement répressive qu’antisociale. En juin dernier – une semaine après la condamnation du PP dans un procès pour corruption – le Parlement a adopté une motion de censure déposée par le PSOE… qui avait pourtant autorisé la mise en place du gouvernement Rajoy II en 2016 ! A l’époque, un des seuls opposants à la trahison du PSOE au sein de ce parti était Pedro Sanchez.

Contrairement à Jeremy Corbyn qui s’est régulièrement retrouvé opposé au cours politique du Parti travailliste britannique avant de se retrouver propulsé à sa direction sous la pression populaire, Pedro Sanchez a toujours été un membre loyal et discipliné du PSOE. Mais suite à l’effondrement du parti social-démocrate grec (PASOK) et à la crise qui a frappé l’ensemble de la social-démocratie européenne, il s’est mis à la tête d’une aile du parti qui a cherché à le préserver en adoptant une rhétorique plus ancrée à gauche. Elu secrétaire général du PSOE en 2014, il a été renversé par l’aile droite du parti en 2016 et a finalement regagné son poste en 2017.

Une fois Rajoy destitué en juin dernier avec le soutien de Podemos et de partis basques et catalans, Sanchez s’est retrouvé au pouvoir avec un gouvernement PSOE minoritaire, ne pouvant compter que sur 84 députés sur 350. L’accord conclu avec Unidos Podemos sur le budget devrait lui assurer 151 élus. Il faut donc encore obtenir le soutien de partis basques et catalans pour rester en place jusqu’aux élections législatives de 2020. Sans cela, un retour anticipé aux urnes n’est pas exclu.

Que comprend cet accord ?

La mesure phare de l’accord est l’augmentation du salaire minimum à 900 euros par mois, une augmentation de 22% qui concernera un million et demi de travailleurs. Même si cette hausse fait pâle figure à côté de celle des loyers (+40% ces 4 dernières années) et des prix des denrées de base (tout particulièrement l’électricité), elle sera bienvenue dans de nombreux foyers. L’accord comprend aussi une augmentation des pensions de 3%, des propositions visant à réformer le marché de la location immobilière, un impôt de 1% sur les fortunes supérieures à 10 millions d’euros, etc. Tout cela représente un – réel – pas en avant, mais il est particulièrement timide face à la crise sociale que subit la population.

Il a en outre une grave contrepartie : Podemos et le PSOE renoncent à l’abrogation des réformes du travail approuvées par le gouvernement Zapatero (PSOE) en 2010 et par le PP en 2012. Grâce à ces dernières, les patrons ont systématiquement pu baisser les salaires et précariser la situation de millions de travailleurs.

Au cours de ses six ans et demi de gouvernement, le PP a instauré toute une série de mesures qui ont déforcé la position des travailleurs face au patronat, aggravé la privatisation des soins de santé et de l’enseignement, rendu constitutionnellement obligatoire de rembourser la dette publique (article 155), élargi l’arsenal répressif des autorités, etc. Ces législations connaîtront des ajustements, mais elles ne sont pas fondamentalement remises en cause par l’accord PSOE-Unidos Podemos.

Une autre approche était possible

L’objectif central du PSOE est très clairement de s’affranchir de toute pression de la rue et de rétablir la ‘‘paix sociale’’ sans avoir à modifier l’essence de la trajectoire budgétaire suivie par les gouvernements Rajoy ou Zapatero. Rejeter en bloc toute collaboration avec le parti social-démocrate aurait cependant représenté une faute grave qui n’aurait pas été comprise par la masse de ceux qui ont eu à tellement souffrir de la politique du PP. Des millions de personnes cherchent à être soulagées de leurs souffrances et haïssent le PP jusqu’au plus profond de leur chair.

Podemos aurait pu considérablement renforcer sa position en mobilisant les travailleurs, la jeunesse et les divers mouvements sociaux à débattre du programme à défendre à la table des négociations dans des meetings et à exprimer leurs revendications dans des manifestations de masse. En s’appuyant sur l’implication des masses et armé d’un programme axé sur les besoins de la population ainsi que sur la manière d’y répondre et non pas sur ce que l’establishment pourrait accepter, bien plus aurait pu être arraché.

Une telle campagne aurait suscité un enthousiasme bien au-delà des frontières de l’Etat tout en constituant une excellente préparation pour la riposte qu’exigera chaque mesure antisociale du gouvernement Sanchez. Les dirigeants de Podemos font hélas actuellement tout le contraire en cherchant à se montrer ‘‘responsables’’ face aux institutions pour obtenir des responsabilités dans une future coalition gouvernementale avec le PSOE.

(1) Unidos Podemos est le nom de la coalition électorale qui a participé aux élections générales anticipées du 26 juin 2016, avec pour chef de file le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias. Cette coalition regroupe entre autres Podemos, Izquierda Unida (Gauche Unie) et la formation écologiste Equo.

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