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Le ‘‘modèle portugais’’: une alternative à l’austérité ?

Le gouvernement minoritaire portugais du Partido Socialista Português social-démocrate (PSP) est soutenu par la gauche radicale (le Bloc de gauche et le Parti communiste portugais). Le gouvernement portugais est régulièrement cité en exemple pour sa gestion singulière de la crise. La politique d’austérité a effectivement été allégée et des réformes, quoique très timides, ont eu lieu. Qu’est-ce que le ‘‘modèle portugais’’, et quelles en sont les forces et les limites ?

Par Marisa (Bruxelles)

Mobilisation contre le gouvernement de droite

Les années 2011-2013 ont été marquées par une mobilisation soutenue contre la politique du gouvernement conservateur arrivé au pouvoir en 2011. La politique d’austérité s’est heurtée à une vive opposition avec cinq grèves générales, la première, en date du 14 novembre 2012, étant ibérique (simultanément dans tout l’Etat espagnol et au Portugal). Deux manifestations de masse ont réuni un demi-million de personnes particulièrement en colère. Si les dirigeants syndicaux avaient persévéré dans cette voie, le gouvernement de droite aurait été incapable de tenir si longtemps. Cependant, même au sein de la CGTP – la fédération syndicale où le PCP dispose d’une large influence – la direction a adopté une attitude attentiste.

Il a fallu les élections d’octobre 2015 pour mettre fin au gouvernement de droite. Le Bloc de gauche et le PCP en sont sortis considérablement renforcés en remportant 11 sièges. Les deux partis de gauche avaient défendu des revendications offensives telles que l’abolition des frais d’inscription pour les études supérieures, des investissements dans les services publics, un système de banques publiques, de meilleures conditions de travail et salariales, etc. A la suite du cours désastreux suivi par SYRIZA en Grèce, le Bloc de gauche s’est également positionné contre l’Europe du capital.

Au lendemain des élections, la droite s’est révélée incapable de constituer un gouvernement, mais la social-démocratie n’avait pas non plus obtenu de majorité. Notre organisation-sœur portugaise Socialismo Revolucionario a appuyé la position de soutien extérieur de la gauche radicale. Refuser de le faire aurait ouvert la voie à un nouveau gouvernement conservateur. Le PS n’était, de plus, pas en position de force : avec une mobilisation active des travailleurs, il était possible de forcer ce fragile gouvernement à accorder des concessions majeures, surtout si ce dernier voulait apparaître comme une force de gauche. Malheureusement, cette approche n’a pas été suivie par le Bloc de gauche et le PCP qui ont mené des négociations en coulisses pour soutenir le gouvernement minoritaire et ont bloqué toute mobilisation. Le résultat fut un accord comportant quelques modestes pas en avant, mais sans perspective pour obtenir davantage.

Des réformes limitées, la lutte reste indispensable

Le nouveau gouvernement a progressivement augmenté le salaire minimum de 530 à 600 euros, ce qui reste évidemment très bas. Selon nos camarades de Socialismo Revolucionario, il faut au moins 900 euros par mois pour éviter de vivre dans la pauvreté. Une réduction du temps de travail a été appliquée, mais sans embauche compensatoire. Tout cela n’a pas empêché le développement de la précarisation. Dans le secteur des centres d’appels, notamment, l’incertitude et les bas salaires règnent en maîtres. Des réformes ont eu lieu, sans pour autant résoudre quoi que ce soit.

La politique d’austérité n’a du reste pas complètement cessé : les dépenses publiques ont diminué de 7% sous le gouvernement Costa. Les conséquences en sont désastreuses, entre autres concernant les soins de santé et le transport, pour lesquels des actions ont été menées ces derniers mois. Le problème de la dette publique reste entier : le déficit public est supérieur à 130 % du PIB. Dans la zone euro, seules la Grèce et l’Italie connaissent un ratio plus important entre la dette publique et le PIB.

Les diktats de l’Union européenne exigent une réduction du déficit budgétaire et de la dette publique. Dans une période de croissance économique, il était possible de ralentir quelque peu l’austérité et de mettre en œuvre quelques réformes limitées. Mais une nouvelle récession remettra immédiatement à l’ordre du jour la question d’une politique d’austérité rigoureuse, peu importe qui fait partie du gouvernement.

La rue en résistance

Socialismo Revolucionario a appelé le Bloc de gauche et le PCP à ne pas approuver les mesures d’économie lors du vote du budget de cette année. La tâche de la gauche est de soutenir les mobilisations, que cela soit dans le secteur ou dans celui des dockers qui luttent depuis des années contre la libéralisation de leur secteur, parallèlement à des revendications politiques pour rompre radicalement avec l’austérité.

Progressivement, les jeunes et les travailleurs reprennent le chemin de la lutte, y compris contre les conséquences de la politique imposée depuis des années. La pression exercée sur le gouvernement s’accroît de même que celle ayant prise sur le Bloc de gauche et le PCP pour qu’ils adoptent une attitude ‘‘responsable’’, c’est-à-dire pour qu’ils ne jouent pas de rôle dans les mobilisations qui peuvent mettre à mal la position du gouvernement minoritaire. Cependant, une position passive laisserait penser au PS qu’il peut continuer à faire la sourde oreille face aux revendications sociales.

Pour l’instant, le PS parvient encore à s’en sortir. La politique d’austérité allégée et les quelques réformes positives sont ressenties comme un soulagement par la population. Le PS a su en profiter aux dernières élections locales lors desquelles le parti a connu une forte progression. Le Bloc de gauche et le PCP ont par contre reçu une correction. La gauche ne doit pas se distinguer du mécontentement social, elle doit utiliser la position minoritaire du PS au gouvernement pour arracher plus de concessions. Elle pourrait par exemple renforcer les mobilisations des secteurs des soins et de l’enseignement et les unifier dans le cadre d’un plan d’actions offensif.

Une nouvelle crise est inévitable, avec son lot de nouveaux défis. Elle conduira à un nouveau mouvement socialiste de masse au sein des jeunes générations qui essaient de se sauver et de protéger la planète du capitalisme. Renforcer ce mouvement – avec un programme socialiste et un parti révolutionnaire massif – sera essentiel pour obtenir des victoires.