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Comment des majorités progressistes peuvent-elles être synonymes de vrais changements ?

La FGTB en action à Liège lors de la rencontre entre le PS et le MR. Photo : Julien Dohet

La FGTB wallonne s’était déjà prononcée en faveur d’une majorité progressiste PS-PTB-ECOLO au parlement wallon en 2019. Le même appel est également lancé aujourd’hui au niveau communal. Nous en avons discuté avec Boris, responsable de Gauches Communes à Saint-Gilles (Bruxelles).

‘‘La FGTB wallonne a en effet lancé un appel à des alliances de gauche partout où c’est possible. Elle a condamné les ‘‘alliances contre nature’’ PS-MR conclues au lendemain des élections, comme à Verviers. Le syndicat a d’ailleurs mené une action à Liège pour soutenir sa revendication. La FGTB explique qu’il y a un déplacement politique vers la gauche en Wallonie, qui était prévisible, et que la composition d’alliances PS-PTB-ECOLO est la seule manière d’opérer un virage à 180 degrés contre les politiques d’austérité du gouvernement Michel.

‘‘Le PTB a eu raison de vouloir prendre du temps pour en débattre au sein de ses structures et consulter ses membres. Au soir des élections, on a vu les partis traditionnels former immédiatement des ‘‘accords au coin d’une table’’, en se répartissant les postes. La gauche doit toutefois prendre garde à ne pas se laisser piéger dans des négociations secrètes. La constitution de coalitions progressistes doit être ancrée dans un large débat public au sein du mouvement des travailleurs sur la manière de mettre sur pieds une politique de rupture anti-austérité.’’

Que penses-tu des rencontres PS, PTB, ECOLO dans plusieurs communes ?

‘‘La situation n’est pas la même dans les différentes villes où des rencontres ont lieu entre PS et PTB. Tant à Charleroi qu’à Herstal, le PS a une majorité absolue. A Liège, une coalition avec le PTB n’est pas la seule option possible. Mais à Molenbeek, envoyer le MR dans l’opposition passe obligatoirement par un accord PS / PTB. Catherine Moureaux déclare vouloir y parvenir, que les points de convergence sont nombreux et qu’il faut une majorité de progrès pour une ‘‘rencontre de l’urgence sociale’’.

‘‘Pour arriver à une majorité, le point de départ doit être le programme. Que signifie un programme d’urgence sociale pour Molenbeek ? A Bruxelles, le personnel des services locaux et régionaux a mené de premières importantes mobilisations pour de meilleures conditions de travail. Cette majorité de gauche feraient-elles siennes les revendications des syndicats ? Cela signifierait de mener une campagne de statutarisation du personnel, de s’en prendre aux bas salaires et d’instaurer une réduction collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires. Prenons le PS au mot : il s’est déclaré en faveur d’un salaire minimum de 14 euros de l’heure et de la semaine des quatre jours. Le PS se contentera-t-il de d’en faire des promesses aux élections de mai prochain pour les remettre ensuite au placard ou va-t-il les concrétiser au niveau local ?’’

‘‘Et puis il y a surtout le gigantesque désinvestissement public source de nombreuses pénuries sociales, y compris au niveau local. Un virage à 180 degrés implique de stopper le transfert des moyens publics vers les profits des grandes entreprises et les riches pour rattraper le retard en investissements publics dans les besoins sociaux, c’est-à-dire en augmentant significativement le nombre d’écoles, de crèches communales et de logements sociaux publics pour répondre aux nécessités. C’est à partir d’un tel programme de lutte que la gauche peut avancer.

‘‘Le PS mène une certaine campagne pour affirmer que le PTB est un parti voué à l’opposition, avec lequel on ne peut pas nouer d’accords. A Charleroi, Paul Magnette l’a invité à discuter, mais il explique parallèlement que le programme local du PTB signifierait une augmentation de 30% du budget annuel, ce qui, selon lui, serait infinançable et irréaliste. Il préparait ainsi le rejet de la responsabilité d’un non-accord sur le PTB.’’

Que répondre à ceux qui disent qu’un programme de gauche est impayable ?

‘‘A Saint-Gilles, avec Gauches Communes (initiative ayant impliqué le PSL, le Parti Humaniste et la campagne ROSA), nous avons défendu un programme qui veut s’en prendre aux besoins sociaux – un plan radical d’investissements publics pour 4 écoles, 30 crèches, 3000 logements sociaux et 850 emplois décents – sans toutefois nous limiter à ça. Nous avons aussi expliqué qu’il est absolument nécessaire que des majorités de gauche brisent les carcans budgétaires existants. Impossible sans cela d’appliquer un programme qui représente un vrai changement et ne se limite pas à des mesures symboliques dans la marge.

‘‘Un conseil communal de gauche qui opère un virage à 180 degrés contre l’austérité sera nécessairement une majorité de désobéissance. Elle sera rapidement soumise par la région à une trajectoire budgétaire faite de coupes budgétaires contre les services publics et le personnel. Si elle s’y oppose, la région pourrait carrément suspendre le conseil et prendre le contrôle de toute la commune : un coup de force contre le mandat des électeurs. La région et le fédéral se comportent de la même manière envers les communes que la commission européenne envers les Etats nationaux ou comme les créanciers se sont comportés envers la Grèce.

‘‘Cette campagne de Gauches Communes peut sembler plus difficile à mener, mais elle préparait le débat aux attaques venant de la droite, pour qui une politique de rupture anti-austérité serait ‘‘impayable’’. Le PTB est confronté aujourd’hui à la difficulté de ne pas avoir mené cette campagne, de ne pas avoir préparé ses militants et ses électeurs à faire face à cette offensive. Il aurait fallu clarifier la nécessité de construire un réseau de villes rebelles qui stimule la mobilisation active de la population et du mouvement des travailleurs pour rompre avec la camisole de force budgétaire. Avec Gauches Communes, nous avons défendu ce modèle de gauche qui, aujourd’hui, a toute son importance dans le débat sur des majorités de gauche.

‘‘En mai prochain, nous pourrons voter pour un gouvernement ‘‘taxe des millionnaires’’. Mais pour pouvoir appliquer celle-ci, la gauche devra se doter d’un programme de mesures socialistes, incluant le non-paiement de la dette, la nationalisation des banques et le recours à l’arme des nationalisations face à l’inévitable contre-offensive patronale.’’

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