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Une déléguée syndicale se suicide après avoir été harcelée – La violence au travail tue !

Une petite foule s’est réunie mardi 4 septembre devant l’Hôtel de Ville d’Etterbeek, la mine sombre, l’esprit dominé par la tristesse et la colère. Le jeudi précédent, Sylvie, une déléguée syndicale à la Mission locale d’Etterbeek, s’était donné la mort en conséquence des violences subies sur son lieu de travail pendant de nombreux mois.

À l’origine de cette violence, une direction agressive maintenue en fonction en dépit de nombreuses interpellations. Sylvie était victime d’une trop grande charge de travail, jamais allégée malgré ses demandes répétées. À cela s’ajoutait un harcèlement quotidien pour la punir de prendre la défense de ses collègues. Lorsque Sylvie a mis fin à ses jours, 4 délégués syndicaux sur les 5 restants étaient en burn-out, dont une ayant fait une tentative de suicide ! Peu de temps avant ce dramatique événement, la direction avait exigé de plusieurs travailleurs qu’ils écrivent un rapport contre un délégué syndical pour trouver un moyen de le licencier.

Comme l’a expliqué le front commun syndical : ‘‘Ce que les délégués de la Mission Locale d’Etterbeek ont subi pendant des années, de nombreux autres délégués le vivent au quotidien dans d’autres entreprises, où ils défendent leurs collègues. Pressions, menaces, harcèlement, stagnation professionnelle, licenciement, dénigrement, représailles. Tout cela n’est pas un cas isolé dans le secteur. Parce qu’ils ont le courage de parler, qu’ils cherchent à organiser leurs collègues, ils sont de plus en plus souvent la cible de directions qui ne veulent pas s’embarrasser de concertation avec leurs travailleurs, qui ne veulent ni la transparence ni la démocratie qu’une délégation syndicale instaure du fait même de son existence. Cet évènement tragique nous rappelle à tous qu’attaquer les délégués syndicaux, c’est bien attaquer les représentants et les soutiens des travailleurs et donc les travailleurs eux-mêmes.’’

Comme nous avons pu nous en rendre compte au travers de diverses discussions lors de ce rassemblement, la Mission Locale d’Etterbeek n’est d’ailleurs pas un cas isolé. Les organisations syndicales devraient prendre en charge le lancement d’une campagne active contre la violence au travail et assurer qu’un audit de fonctionnement soit réalisé sous leur contrôle sur l’ensemble des Missions Locales bruxelloises.

De plus en plus de violence sur le lieu de travail

Ressentir un profond mal-être sur son lieu de travail est tout sauf extraordinaire, comme l’a illustré un dossier de Moustique intitulé ‘‘Le travail en question’’. Tragique ironie, le numéro est sorti le lendemain de la mort de Sylvie. Selon une enquête commanditée par le magasine auprès du bureau d’études Listen, deux travailleurs sur cinq ont connu un arrêt de travail à cause d’un épuisement physique, d’un excès de stress, d’un burn-out ou de harcèlements hiérarchiques ou de collègues ! 40% des sondés ! Un quart des répondants admettent en outre souffrir des cadences et des performances qui leur sont imposées.

L’étude interrogeait également les sondés concernant leurs préoccupations. L’accès aux soins, la prévention et le souci pour les proches arrivaient en tête, talonnée par le travail, sa précarité et sa rudesse.

Actuellement, 28.000 personnes en Belgique souffrent de burn-out et 60.000 sont en dépression. Le monde du travail est, et continue à devenir, un lieu de souffrance pour un nombre croissant de travailleurs. Les travailleurs sont obligés d’assumer une charge de travail de plus en plus lourde avec de moins en moins de moyens, dans des conditions où les pratiques inhumaines de management se développent. Pour Anne Everard, auteure du livre ‘‘Guide du burn-out’’, la situation s’est dramatiquement empirée depuis la crise de 2008 : ‘‘Les entreprises et les pouvoirs publics ont essayé d’améliorer leurs processus en faisant des économies notamment sur le personnel. Tout ça a mis les gens sous pression car il y a moins de personnel. En plus, ils sont tout le temps dans des processus de restructuration et de transformation.’’

Certains essayent d’individualiser le problème et de faire porter la responsabilité de la situation sur les travailleurs eux-mêmes. Mais le rapport de cause à effet est limpide entre les arrêts maladie, les dépressions… et l’intensification du travail, la flexibilisation, les nouvelles formes d’évaluation,…

Le monde du travail doit riposter !

Diverses mesures existent pour les travailleurs qui s’estiment victimes de violence ou de harcèlement au travail. Ils peuvent s’adresser au conseiller en prévention, aux délégués syndicaux élus au CPTT, aux personnes de confiance ou à l’inspection médicale du travail. La victime peut également adresser une ‘‘plainte motivée’’ afin d’obliger l’instance saisie à examiner officiellement l’affaire et à établir un rapport. Mais, comme l’a précisé Laure Mesnil (CNE) dans le cas de la Mission Locale d’Etterbeek: ‘‘Toutes les mesures ont été prises à la demande des organisations syndicales. Le CA n’a jamais pris aucune initiative’’.

Ce qui fait la différence sur le terrain, c’est la force de la délégation syndicale et son soutien de l’extérieur du lieu de travail. C’est cela qui peut repousser l’arrogance patronale dans ses retranchements. Une vaste campagne doit être menée contre la violence au travail et en protection des délégués. C’est aussi l’occasion de défendre des revendications telles que la réduction collective du temps de travail sans perte de salaire, avec embauches compensatoires et réduction des cadences.

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