Ecole d’été du CIO. Une situation internationale explosive, le capitalisme aux abois

Rapport de la discussion sur les perspectives internationales de l’édition 2018 de l’école d’été du Comité pour une Internationale Ouvrière. Par Nicolas Croes

La dernière réunion du G7 qui s’est tenue au Canada en juin dernier fut une éclatante illustration de l’actuel désordre mondial. Il n’a même pas été possible d’aboutir à un document commun ! En raison de l’état explosif de l’économie, la situation internationale est marquée par l’instabilité. Toutes les institutions et la manière de faire qui ont prévalu depuis la seconde guerre mondiale ont une autorité minée. Le processus de globalisation trébuche et les tensions inter-impérialistes entrent dans une nouvelle période de conflits et de confrontations accrues.

De cela découle une situation politique et sociale elle aussi très explosive. Tout juste avant l’ouverture de cette édition de l’école d’été du Comité pour une Internationale Ouvrière, pas moins de 300.000 personnes manifestaient à Barcelone pour la libération des prisonniers politiques le 14 juillet tandis que 250.000 manifestaient la veille à Londres contre la visite de Trump au Royaume Uni.

Au cours de l’année écoulée, divers mouvements sociaux n’ont pas manqué d’impressionner. Les sections du CIO ont pu intervenir dans le mouvement de masse en Catalogne (la question nationale étant une question clé pour l’unification du mouvement des travailleurs), dans la grève féministe historique du 8 mars dans l’Etat espagnol, ou encore dans la campagne pour le référendum visant à l’abrogation de l’interdiction de l’avortement en Irlande, où nos camarades ont joué un rôle dirigeant. A Seattle, nos camarades se sont confrontés à l’homme le plus riche au monde, Jeff Bezos, avec la Taxe Amazon. Il a toutefois été impossible durant cette école d’été d’aborder tous les combats auxquels ont participé les membres du CIO à travers le monde, parfois dans des conditions très dures. De même, il a été impossible d’aborder tous les événements économiques, politiques et sociaux qui ont pris place en cette période troublée.

Le renouveau du féminisme

Durant l’année écoulée, nous avons assisté à l’entrée en action d’une nouvelle couche, essentiellement des jeunes femmes, qui a reflété une colère plus générale ressentie parmi la classe des travailleurs.

Nous assistons à l’essor d’un nouveau mouvement féministe, mais son développement n’est pas partout égal. Assez avancé en Argentine, en Irlande, au Chili et en Espagne, il n’a qu’à peine commencé ailleurs. Mais ce processus est bel et bien mondial, bien qu’ayant des caractéristiques locales propres. Dans l’Etat espagnol, le mouvement féministe était très limité il y a deux ans encore. Le thème était ignoré par la majorité de la classe ouvrière et le débat concernait principalement les espaces universitaires. Le 8 mars dernier a représenté un gigantesque saut qualitatif avec la grève générale féministe qui a impliqué 6 millions de participantes et participants.

Il est impossible de comprendre la croissance de ce mouvement sans prendre en considération son orientation de gauche. La présence de la classe ouvrière aux manifestations du 8 mars était massive. Ce mouvement, spontané et issu de la base, a également défié les partis traditionnels et les dirigeants syndicaux. Le 8 mars était devenu un moyen de combattre non seulement le sexisme mais aussi la « paix sociale » entretenue par les dirigeants syndicaux.

Une quasi insurrection parlementaire au Mexique

Le premier juillet, Andres Manuel Lopez Obrador (AMLO) et son Mouvement de régénération nationale (MORENA) ont remporté les élections au Mexique. Il y a déjà eu par le passé 2 tentatives de le faire élire (en 2006 et 2012). Cette victoire est d’une grande importance pour toute l’Amérique latine.

Deux possibilités s’ouvrent aux masses. La première voie est une confrontation ouverte avec le capitalisme et les propriétaires terriens afin de se diriger vers le socialisme. Si cette voie est adoptée, il ne faudra pas seulement balayer les grands propriétaires et la bourgeoisie du Mexique : les Etats-Unis tenteront également de faire barrage à cette orientation. Ce combat pourrait non seulement stimuler la révolution en Amérique latine, mais aussi avoir un impact considérable aux USA. Les relations commerciales qu’entretiennent l’Union européenne et la Chine avec les USA ont beau être cruciales, le commerce avec le Canada et le Mexique représente tout de même plus que celui des USA avec l’Allemagne, la Chine et le Japon réunis.

L’autre voie, c’est celle qui a été suivie au Venezuela, où l’absence d’une rupture avec le capitalisme a produit des effets désastreux. Nous ne devons pas sombrer dans le fatalisme, il nous faut nous opposer aux sceptiques qui affirment que tout est plié d’avance. L’Amérique latine a viré jusqu’à un certain point à droite, mais c’est le résultat d’une lutte entre forces vivantes. Il ne faut pas exagérer jusqu’où les choses ont été. Le danger existe de tomber dans des régimes réactionnaires reposant sur l’armée dans certains pays. Mais rien n’est décidé d’avance. Il s’agit toutefois d’un danger possible pour peu qu’Obrador essaye de s’adapter à la bourgeoisie et renie son programme.

La magasine britannique The Economist a ouvertement fait référence à la Grèce et à Syriza à ce sujet, en suggérant que les récents événements survenus au Mexique ne devaient pas être considérés comme trop dangereux pour les capitalistes. Obrador peut s’adapter au capitalisme. Et, jusqu’à un certain point, c’est déjà en train de se produire. Mais ce serait une erreur de sous-estimer la pression que les masses vont instaurer sur lui et son gouvernement.

Les élections précédentes avaient été marquées par la fraude électorale. Cette fois-ci, la classe dominante et ses relais craignaient bien trop la réaction des masses pour le faire. Des comités de défense avaient été mis sur pied dans le pays contre les barons de la drogue et contre la fraude électorale. Nous devons nous souvenir que Chavez parlait au début de réformes très limitées, c’est l’entrée en action des masses qui l’a poussé à aller plus loin. C’est d’ailleurs ce à quoi nous avons déjà assisté dans les années ’30 au Mexique avec le régime de Cardenas. Une nouvelle vague de luttes sociales arrive et des conclusions socialistes révolutionnaires peuvent graduellement s’infiltrer dans le mouvement. Le Mexique va bientôt jouer un rôle prépondérant dans les discussions du mouvement ouvrier.

Un reflet du processus qui prend place dans toute l’Amérique latine

L’Amérique latine est aux prises avec une compétition entre la révolution et la contre-révolution. Le Brésil est plongé dans sa plus grande crise depuis 1988. Les coupes budgétaires ont été si sauvages, notamment dans les soins de santé, que des maladies qui avaient précédemment disparu sont de retour, comme la polio. Le président de droite Temer, parvenu au pouvoir après un coup d’Etat parlementaire, est parvenu à geler les dépenses publiques pour 20 ans. Une nouvelle loi fait en sorte que la discussion entre le travailleur et le patron prime sur les conventions collectives de travail, ce qui a un impact dévastateur sur les conditions de travail et les syndicats. Beaucoup de travailleurs ne survivent plus que grâce à la charité. Un nombre grandissant de familles sont expulsées de leur foyer. Les secteurs informels de l’économie sont en pleine expansion, de même que l’insécurité et la désintégration des liens sociaux. Dans une telle situation de désespoir, certaines couches de la population regardent vers l’armée pour rétablir l’ordre. Mais pour les autorités, il s’agit surtout d’un moyen d’imposer le silence à la contestation.

Des luttes sociales continuent toutefois de se développer, à l’image de la grève des camionneurs de mai dernier. Le contexte social est très fragile. Les élections à venir seront les plus incertaines depuis les premières, tenues en 1989. Temer disposait encore d’une bonne cote de popularité il y a quelques temps, mais elle s’est effondrée pour atteindre les 3% aujourd’hui. Face au discrédit des politiciens traditionnels, les capitalistes brésiliens sont désespérément à la recherche d’une figure telle que celle de Macri en Argentine ou de Macron en France.

L’état du pays illustre les conséquences de la faillite du réformisme de centre gauche. Au Venezuela et au Nicaragua, la classe ouvrière et les pauvres payent là-aussi le prix fort de l’échec du réformisme. La victoire de la droite dans divers pays n’a jamais reflété l’évolution vers la droite de la conscience des masses. Les sondages continuent ainsi d’illustrer l’opposition aux privatisations, le soutien aux interventions publiques pour aider les pauvres,… Le soutien électoral pour la droite a essentiellement représenté une manière de rejeter la politique de droite menée par la « gauche ». Il est très fragile. Depuis que Marcri est arrivé au pouvoir en Argentine, en 2015, il y a eu 3 grèves générales. Au Chili, des luttes d’ampleur ont également éclaté depuis l’arrivée au pouvoir de Piñera en 2017.

Les capitalistes n’ont rien oublié, mais ils n’ont rien appris non plus

Toute l’idée selon laquelle des économies émergentes telles que celle du Brésil allaient sauver l’économie mondiale est aujourd’hui à terre. Rien ne subsiste plus de l’idée selon laquelle le capitalisme allait sortir les masses de leur situation catastrophique. L’Inde se dirige vers une crise économique avec un gouvernement dont le soutien est totalement miné. La pauvreté est en pleine explosion. Mais, quotidiennement, des articles font état de manifestations et de grèves un peu partout dans le pays. Un sentiment anti-entreprises se développe.

En Chine aussi s’ouvre une nouvelle période, dans l’Etat le plus répressif au monde. La concentration de pouvoirs inédite entre les mains de Xi Jinping n’a rien d’une démonstration de force, il s’agit plutôt d’une démonstration de faiblesse et de la crainte de mouvements sociaux majeurs dans une situation économique en berne. En dépit d’un budget de surveillance du net équivalent au PIB du Venezuela, le régime s’est révélé incapable d’endiguer les protestations contre le bannissement des articles consacrés aux personnes LGBTQI+ sur le twitter chinois. Pas moins d’un demi-million d’utilisateurs ont défié le régime en écrivant « je suis gay ». La Chine a également récemment connu une vague de grèves interprovinciales, notamment de la part des camionneurs, dans un contexte où les syndicats sont interdits et les grèves, illégales.

Le pays est particulièrement visé par les sanctions douanières décidées par l’administration Trump. La guerre commerciale a commencé. Après de premières mesures adoptées contre l’Union européenne et le Canada, ce fut au tour de la Chine le 6 juillet, une étape qui représente une véritable escalade. Pour les USA, l’UE est un adversaire affaiblit et divisé. Il en va tout autrement pour la Chine. C’est pourquoi 50% des sanctions prévues par les USA visent la Chine. Trump a également autorisé la vente d’armes et de technologies militaires vers Taïwan : une autre provocation envers la Chine. Il est encore difficile de prévoir la dynamique exacte que prendront les événements après ce cap, mais il est certain qu’un retour à la phase « pré-6 juillet » est exclu.

Il n’est pas à exclure que la guerre commerciale devienne totale. Les conséquences que cela aurait en termes de chômage et de réaction sociale sous la forme de soulèvements de masse dans des puissances économiques majeures pourront jouer un rôle de frein.

Pour Martin Wolf, commentateur économique en chef au Financial Times, ‘‘Trump a déclaré la guerre à l’ordre mondial néolibéral pourtant créé par les USA.’’ Historiquement, toutes les forces dominantes ont poussé au libre-échange. L’inclinaison protectionniste de Trump et de la classe dirigeante américaine est une expression du déclin de l’impérialisme américain qui est encore, et de loin, l’impérialisme le plus fort. Le monde multipolaire actuel signifie toutefois qu’une seule puissance ne peut plus tout simplement dicter sa volonté aux autres.

Les premiers tirs de la guerre commerciale et l’introduction de toutes sortes de taxes protectionnistes menacent la situation économique actuelle, mais d’autres dangers existent encore. Afin de différer la crise économique, diverses politiques ont permis d’atteindre un niveau record de dettes équivalent à 240% du PIB mondial ! C’est impossible à tenir éternellement. La situation économique et financière de l’Italie est une autre bombe à retardement, de même que celle de l’Argentine (troisième économie d’Amérique latine), qui s’est vue forcée de se tourner à nouveau vers le FMI pour éviter la banqueroute.

Il est vrai qu’une certaine reprise économique a eu lieu aux USA, mais elle a essentiellement donné naissance à des emplois précaires. 600.000 emplois de ce type ont été créés durant le deuxième trimestre 2018. La reprise en cours est l’une des plus faibles de l’histoire, la crise chronique du capitalisme est loin d’être terminée.

Il est d’ailleurs frappant de remarquer que la bourgeoisie elle-même se plaint que la reprise ne se retrouve pas dans les chiffres de productivité. Le capitalisme n’est pas capable de digérer toute la productivité dont les travailleurs sont capables. Le surplus produit par les travailleurs n’est pas investi dans l’économie. Tout système économique est lié à la force de travail et la manière dont elle est organisée. Le soi-disant capitalisme moderne a l’air d’un capitalisme malade. Au lieu d’investir dans la production, il n’est question que de rachats d’actions pour en pousser la valeur vers le haut. Les profits sont maintenus dans des paradis fiscaux au lieu d’être investis dans l’économie réelle. La classe capitaliste refuse de développer les forces productives. Son rôle historique est derrière elle.

Les capitalistes ne comprennent pas eux-mêmes le fonctionnement de leur système. Les contrôles limités institués sur les banques au début de la crise sont retirés. Dix ans après le crash de 2007-08, le capitalisme est tel un volcan endormi capable d’exploser à tout moment. A l’époque, le Comité pour une Internationale Ouvrière avait prédit qu’un crash économique était en gestation sur base des dettes, mais qu’il était impossible de dire avec précision quand il surviendrait. Aujourd’hui, la Banque des règlements internationaux (la plus ancienne organisation financière internationale surnommée la « banque centrale des banques centrales ») est parvenue à la même conclusion que nous : un nouveau tremblement de terre économique menace. Certains observateurs capitalistes ont déclaré qu’ils avaient de la chance que le stalinisme se soit effondré avant leur propre système.

Nouveaux conflits et crise des réfugiés

Le monde devient de plus en plus petit pour un montant de capital à la recherche d’investissements de plus en plus grands. La réduction du gâteau signifie une lutte plus féroce pour en avoir des parts. La confrontation est de plus en plus ouverte entre capitalistes, ce qui est source de destructions d’anciennes alliance et de création de nouvelles. Mais il n’est pas uniquement question de conflits entre puissances impérialistes, il s’agit aussi du rapport de force entre les classes. Un conflit militaire ouvert est actuellement impossible entre les grandes puissances impérialistes, à cause de la force du mouvement ouvrier mais aussi en raison de la menace nucléaire. Mais s’il n’est pas encore question de grande conflagration, l’accroissement des guerres régionales et des guerres par procuration est réel.

En 2017, les dépenses militaires ont représenté 1700 milliards de dollars à travers le monde. Rien que dans les pays de l’OTAN, l’augmentation globale est de 5%. Cette somme équivaut à dix fois ce qui serait nécessaire pour éradiquer la pauvreté sur terre. Ce n’est bien entendu qu’une indication, ce n’est pas seulement en investissant cette somme que l’on en finira avec la pauvreté. Il faut un changement de système.

Les forces impérialistes sont impliquées dans l’alimentation de foyers de conflits dans diverses parties du monde, dont les répercussions vont bien au-delà, comme l’illustre la crise des réfugiés. Aux USA et en Europe, la droite est à l’offensive sur cette question, en reprenant la logique des mesures des gouvernements précédents mais de façon plus brutale. Pour les forces politiques traditionnelles, le débat semble se limiter au point jusqu’auquel on peut déshumaniser le sujet.

Comment imaginer une solution de la part du régime capitaliste ? Les différentes puissances sont en compétition, ce qui explique le silence sur la politique génocidaire en Birmanie. Si les puissances occidentales avaient haussé le ton, cela aurait ouvert la voie au renforcement de la présence chinoise.

Les gouvernements utilisent l’épouvantail du terrorisme comme un moyen de justifier les guerres et pour justifier leur approche des réfugiés. La conscience sociale déteste le vide, comme le disait Trotsky. La position défensive du mouvement ouvrier et l’offensive néolibérale a ses conséquences sur la conscience. Les conséquences pratiques de l’austérité ont aussi un effet. Cela offre un espace aux populistes de droite, qui occupent ainsi le vide politique. Il est normal dans ce contexte que le niveau de conscience soit contrasté en relation au thème des réfugiés. Nous devons patiemment expliquer le fonctionnement du capitalisme et pourquoi l’unité du mouvement ouvrier est cruciale pour le renverser. Ce ne sont pas les réfugiés qui sont responsables des guerres et du pillage néocolonial, ni de la pénurie d’emplois ou de services publics.

Le poids du recul idéologique consécutif à la chute du stalinisme

Trump est né de la crise du capitalisme. De telles figures démentes peuvent bénéficier d’un certain écho en reposant sur l’aliénation des masses dans une situation où la gauche et les libéraux se montrent incapables d’offrir une issue. Certaines couches de la population espéraient une victoire de Bernie Sanders aux primaires démocrates avant de se tourner vers Trump par dépit. Si les élections présidentielles avaient vu Sanders et Trump s’affronter, tous les sondages mettent en avant que Sanders l’aurait emporté.

La chute du stalinisme a liquidé l’économie planifiée, mais a aussi eu un impact négatif sur la conscience des masses. La contre-révolution est un énorme frein sur l’histoire. Il n’a pas été tellement question de destruction des organisations du mouvement ouvrier, plutôt de grand recul de conscience. Imaginons quel aurait été la situation si le crash de 2007-08 avait pris place dans une situation où le mouvement ouvrier n’avait pas connu le recul idéologique consécutif à la chute du stalinisme ! Les événements auraient pris une toute autre tournure.

Ceux qui sont passés à travers les événements révolutionnaires des années ’60 peuvent envisager combien la vague révolutionnaire aurait été énorme si la crise économique de 2007-08 avait eu lieu à l’époque. Nous serions maintenant en train de discuter de la stratégie pour se diriger vers le socialisme avec des organisations de masse du mouvement ouvrier. Les débats politiques porteraient sur toutes sortes de centrisme (c.à.d. un réformisme qui adopte des éléments de rhétorique révolutionnaire), du rôle de partis révolutionnaires de masse,… Cela donne l’idée de la période dans laquelle nous allons entrer, lorsque le nœud de l’histoire sera renoué.

Les masses en action, même dans les situations les plus cauchemardesques

Aujourd’hui, le Comité pour une Internationale Ouvrière se trouve bien seul à défendre le socialisme et à expliquer ce que cela signifie. C’est une véritable catastrophe pour la classe ouvrière. Dans le monde néocolonial, les masses n’ont jamais échappé à la pauvreté alors que des couches larges du mouvement ouvrier sont rejetées dans la barbarie aux USA, en Europe du Sud et même au Royaume Uni. Aux USA et au Royaume Uni, l’espérance de vie a stagné, elle est maintenant en train de reculer. Des commentateurs économiques affirment que le Royaume Uni connait la plus grande chute de niveau de vie depuis 200 ans ! Certains endroits des USA sont devenus des déserts économiques au point de dépasser la situation connue après la grande dépression des années ’30.

On ne peut même pas imaginer quel sort attend les masses en Afrique et ailleurs. Le Moyen-Orient est confronté à une guerre permanente. Alors que l’on s’approche petit à petit de l’épuisement de la guerre en Syrie, d’autres conflits émergent. Les horreurs se poursuivent à Gaza.

Mais les masses ne vont pas indéfiniment accepter de subir cette horreur. Le processus de révolution et de contre-révolution au Moyen-Orient et en Afrique du Nord de 2011 est déjà derrière nous depuis un moment. Mais les masses relèvent la tête, comme l’a illustré la grève générale qui a eu lieu en Jordanie. Cette dernière a dépassé l’ampleur des mouvements de 2011 dans ce pays, en raison de l’augmentation du prix des denrées de base. En Iran, à la suite des mobilisations de masse de ce début d’année, les grèves et les manifestations se poursuivent. Les Iraniennes défient la censure médiévale, rejettent publiquement leur voile et affrontent la répression. Le régime ne parvient pas à faire taire la population. Les masses perdent progressivement leur peur, ce qui constitue une des conditions pour une révolution. Mais si la classe ouvrière se montre incapable de diriger le processus, ce sont des couches petites-bourgeoises qui peuvent se retrouver à sa tête et faire dévier le mouvement.

L’offensive contre les droits syndicaux est une tendance internationale (y compris dans les pays européens et aux Etats-Unis). Ce n’est pas un hasard. Ce n’est pas parce que les organisations syndicales sont en perte de vitesse, mais au contraire par ce que leur poids fait craindre le pire à la classe dirigeante.

Les nouvelles forces de gauche

En Afrique du Sud, Jacob Zuma a finalement été destitué cette année pour être remplacé par Cyril Ramaphosa à la tête du pays, lui aussi membre de l’ANC (Congrès national africain). Il ne lui a pas fallu longtemps pour défendre diverses lois antisyndicales et anti-grèves face à la colère grandissante de la classe ouvrière et à sa volonté de partir en action. Il souhaite notamment déclarer les grèves illégales si elles « mettent en danger l’économie du pays ». Deux mois à peine après son entrée en fonction, les syndicats organisés dans la nouvelle fédération syndicale SAFTU, qui regroupe plusieurs syndicats séparés de la centrale syndicale pro-gouvernement COSATU dont la puissante Union Nationale des Travailleurs de la Métallurgie (NUMSA). Cette nouvelle fédération syndicale défend aussi la nécessité de créer un nouveau parti des travailleurs.

Cette question est des plus cruciales à travers le globe. Aux Etats-Unis, le potentiel pour une nouvelle formation de gauche a été illustré à de nombres reprises, comme avec la campagne de Sanders. Depuis lors, d’autres événements importants sont survenus, les plus fondamentaux concernant l’entrée en action du mouvement ouvrier, chez UPS ou parmi les enseignants par exemple, où le rôle de la base a été déterminant. Dans le syndicat des Teamsters, pas moins de 18 des conventions de camionneurs proposées par la direction syndicale ont été rejetées par la base car jugées insuffisantes. Les syndicats connaissent un afflux d’affiliations, dont 75% de nouveaux membres ayant moins de 35 ans. Nous assistons à la renaissance du mouvement ouvrier dans le pays USA.

La question d’un nouveau parti des travailleurs fait partie intégrante de ce processus. Toutes sortes de routes peuvent être prises dans cette direction, en particulier dans un pays aussi grand. Les approches varieront en fonction des villes et des Etats, sous l’impulsion des événements économiques mais aussi en fonction des luttes qui peuvent prendre place dans d’autres continents. Il nous faudra combattre les illusions qui reposent sur une refondation du parti démocrate, une étape inévitable dans le processus de développement du mouvement aux USA.

Une des caractéristiques des nouvelles forces de gauche autour de Mélenchon, de Corbyn, de Podemos,… est qu’il s’agit plus de réseaux que de partis réellement structurés qui permettent une intervention organisée. Une grande prudence doit être de mise au sujet des tactiques à utiliser pour orienter le débat sur le programme et les méthodes, sans se retrouver piégé au sein de ces formations et en poursuivant notre travail indépendant, particulièrement à destination de la jeunesse.

Le socialisme, une nécessité plus cruciale que jamais

C’est une période de grandes turbulences qui se trouve devant nous. L’ancien monde impérialiste est à l’agonie, de façon très sanglante. De nouvelles forces du mouvement ouvrier sont en train de naitre. Le Comité pour une Internationale Ouvrière ne dispose pas encore de forces à la hauteur des défis posés par cette situation nouvelle. Mais dans une telle ère de troubles et d’insurrections à venir, d’énormes possibilités se présenteront pour des percées de sections du CIO.

Disposer de perspectives correctes et d’une analyse solide de la situation, de ses contradictions et des développements à venir les plus probables, nous pouvons intervenir dans les mouvements et passer à travers des périodes plus troubles. Même avec des forces limitées, nous pouvons faire une différence grâce à notre programme, notre approche stratégique, nos tactiques et nos méthodes qui reposent sur une confiance absolue envers les capacités du géant qu’est le mouvement ouvrier.

La véritable histoire du trotskysme est devant nous et est encore à écrire. Le capitalisme pourri lui-même prépare la renaissance des idées du socialisme à une échelle de masse.

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