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Saint-Gilles : réponse de Gauches Communes au bilan de Picqué

La commune de Saint-Gilles avait fermé le tunnel sous une voie ferrée. L’objectif était d’en chasser les sans-abris qui y passaient la nuit. Au lieu de lutter contre la pauvreté, les pauvres sont chassés.

Les habitants de Saint-Gilles ont reçu ‘‘Le Bilan 2012-2018’’. Le collège du bourgmestre et des échevins y défend sa politique. Gauches Communes y répond. Le premier élément concret mis en avant par le bourgmestre Charles Picqué est : ‘‘Saint-Gilles est à même d’accompagner tout jeune Saint-Gillois tout au long de son parcours scolaire’’. C’est déjà fort douteux.

Par Anja Deschoemacker, tête de liste de Gauches Communes à Saint-Gilles

Stop au bricolage ! Un enseignement et un accueil de qualité pour chaque enfant !

Dans la partie sur ‘‘l’enseignement et la petite enfance’’ il est écrit que ‘‘la pénurie dans les écoles fondamentales était le grand défi à surmonter au début de cette législature’’. En fait, il a fallu prendre des ‘‘mesures urgentes’’ à cause des négligences et du sous-financement, depuis des dizaines d’années, de l’enseignement dans la commune. Ce dernier était tellement négligé que le Collège n’a pas vu venir l’augmentation du nombre d’élèves…

700 places ont été créées dans l’enseignement fondamental, mais une seule nouvelle école a été ouverte. Le reste des places sont basées sur un élargissement de l’offre dans les écoles existantes, avec entres autres des containers, des préfabriqués et des classes trop remplies. Pour offrir à chaque enfant non seulement une place, mais aussi une infrastructure de qualité avec des classes plus petites et des bâtiments durables, Gauches Communes maintient sa revendication pour la création de 4 nouvelles écoles communales.

La brochure ne dit par ailleurs rien sur la qualité. Il y a cependant une pénurie de personnel administratif et technique ; les repas scolaires, le nettoyage sont sous-traités à des entreprises privées.

Les repas scolaires sont ainsi livrés par Sodexo, entreprise pas vraiment réputée pour ses bons repas sains, mais plutôt pour sa course aux profits. Ces repas coûtent 3,20 euros dans l’enseignement fondamental. Au contraire d’autres communes à Bruxelles, Saint-Gilles n’intervient pas dans le prix. Ces éléments forcent toute une série de parents à cuisiner elles-mêmes quotidiennement. La nourriture est un besoin de base et nous aspirons à des repas scolaires gratuits et de qualité.

Gauches Communes revendique la fin de la sous-traitance des repas dans les écoles et les maisons de repos. La cuisine centrale prévue pour la préparation des repas des crèches devrait être élargie aux écoles communales, à la maison de repos et au personnel communal.

200 nouvelles places de crèche créées : une opération de rattrapage plus qu’indispensable, mais il n’y a toujours qu’une place pour un enfant sur quatre dans les crèches communales.

Gauches Communes maintient sa revendication d’avoir une place pour chaque enfant. Les parents ne doivent pas être dépendants de places d’accueil chères dans le privé ou forcés de faire le choix qu’un des deux parents travaille à temps partiel ou se retire temporairement du marché du travail, ce qui menace l’indépendance financière des femmes. Pour les mères isolées, l’accueil des enfants est crucial pour pouvoir travailler ou pas.

Picqué mentionne le soutien aux plus faibles : ‘‘Chaque année, la commune et le CPAS soutiennent des personnes avec l’espoir (…) de les sortir de la précarité, qu’il s’agisse par exemple d’un accompagnement pour sortir de la spirale de l’endettement, d’un plan de formation, d’un premier emploi (via le mécanisme des ‘‘articles 60’’)’’.

Il ne faut pas chercher dans la brochure des mesures qui créent de vrais emplois, qui offrent une sécurité et un salaire avec lequel on sait vivre, qui permettent de réellement échapper à la précarité et à la pauvreté. Pas un mot sur la création d’emplois dans les services publics locaux. La partie sous le titre ‘‘solidarité’’ parle de la promotion sociale, de l’insertion sociale, des formations professionnelles et des articles 60. Dans cette partie, on mentionne aussi les efforts de la commune sur le plan des logements abordables.

Les chômeurs n’ont pas besoin ‘‘d’insertion’’, mais de vrais emplois !

La seule création d’emplois mentionnée est celle de boulots sous le statut d’article 60. Or, un article 60 ne permet pas d’échapper à la pauvreté ou à la précarité. Le plus souvent, le seul résultat d’un article 60 est de réobtenir le droit aux allocations de chômage.

L’hypocrisie est absolue. Derrière l’argument d’aider les gens à échapper au misérable revenu d’intégration social, la commune les exploite sans gêne comme force de travail bon marché. Dans le service de propreté publique, on trouve 22 statutaires (les seuls avec une relative sécurité d’emploi et de bonnes pensions), 33 contractuels et 44 articles 60. En fin de contrat, ils sont remplacés par de nouveaux articles 60.

Gauches Communes revendique une réelle création d’emplois basée sur un plan radical d’investissements publics dans les écoles, les crèches et le logement social, et sur l’instauration de la semaine de travail de 30 heures pour tous les travailleurs publics locaux, sans perte de salaire et avec embauches compensatoires. La commune ne devrait pas être un fournisseur de statuts précaires. Nous revendiquons que les travailleurs contractuels soient nommés et que les articles 60 embauchés dans les services publics soient reconvertis en emplois statutaires. Pour les articles 60 dans les asbl locales, subventionnées par la commune, nous revendiquons leur reconversion en contrat à durée indéterminée avec augmentation des subsides en conséquence.

La commune laisse le champ libre au marché de logement privé !

Concernant le logement, ils se cachent derrière des excuses pour justifier leurs maigres résultats en matière de logements abordables. ‘‘C’est à cette même dynamique d’accompagnement et de soutien que participe la Régie foncière communale, en permettant désormais à près de 1000 familles de bénéficier d’un logement de qualité et abordable financièrement. Nous faisons en effet le maximum pour augmenter le parc de logements publics dans un contexte budgétaire qui a des limites et une commune où les réserves foncières sont quasi inexistantes depuis longtemps’’.

En réalité, Picqué a fait depuis longtemps le choix du logement public (où le loyer est déterminé par le prix du marché et non par le revenu du locataire) et non du logement social. Seuls 4,3% des logements à Saint-Gilles sont des logements sociaux (dont 9,7% sont inoccupés en attente de rénovation) pendant que presque la moitié des habitants entrent dans les conditions de revenus pour pouvoir accéder à un logement social.

Réserves foncières inexistantes ? La commune peut, avec la loi Onkelinx, réquisitionner les bâtiments vides pour y établir ensuite des logements sociaux. Mais elle se limite à des sanctions fiscales pour inoccupation.

La politique de la commune ne mène pas à une diminution des prix locatifs. Au contraire, les prix montent sur le marché privé, surtout dans le segment des logements les moins chers. Gauches Communes revendique la création de 3000 logements sociaux comme premier pas pour arriver à 20% de logements sociaux à Saint-Gilles. C’est un minimum pour pouvoir exercer une pression à la baisse sur les prix du privé.

Sécurité, propreté publique et embellissement de l’espace public = projets pour chasser les pauvres !

Le degré d’hypocrisie dans leur discours sur la ‘‘solidarité’’ et l’aide aux ‘‘plus faibles’’ est récemment devenu péniblement clair. Le ‘‘soutien’’ du Collège aux sans-abris qui passent leurs nuits dans un tunnel piétonnier a consisté à les chasser de là en murant le tunnel !

Ils laissent au MR (dans la coalition, malgré la majorité absolue du PS) le soin de faire tomber le masque social à propos du projet de renouvellement du parvis. Le nouveau parvis a pour conséquence la fin du marché tel qu’on le connaissait. Le mélange entre marchands bon marché et plus chers fera place à un modèle qui n’est attractif que pour les couches plus aisées de la population.

Dans la page prévue pour le groupe MR, ils expliquent clairement que la population moins aisée doit faire place au marché – comme dans la commune en général – pour leurs projets pour attirer une population plus branchée et aisée. Le reste de la population doit alors se contenter du marché du Midi (un jour/semaine). Le MR ne semble tout à coup pas avoir de problème avec une offre ‘‘peu soutenable’’…

Que ce type de politique soit prioritaire dans tous les champs importants de la politique communale en dit long sur l’hypocrisie du PS quand il parle de ‘‘soutenir la cohésion sociale’’. Gauches Communes présente une liste à Saint-Gilles pour construire une alternative : un plan radical d’investissements publics pour 3000 logements sociaux, 30 crèches communales, 4 nouvelles écoles communales et 850 emplois locaux décents.

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