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Chili : mobilisation féministe inédite suite à un cas de harcèlement sexuel impuni

Photo : MediActivista

Une vingtaine d’universités occupées depuis le mois d’avril – dont la très conservatrice Université Catholique de Santiago – des manifestations de 150.000 étudiants et travailleurs dans les rues de la capitale le 16 mai, plus de 100.000 personnes le 6 juin, des mouvements étudiants rejoints par une série d’organisations de gauches et féministes,… Le Chili ne vit pas seulement un mouvement étudiant : le pays est submergé par un nouvelle vague féministe depuis le mois d’avril.

Par Celia (Bruxelles)

En décembre 2017, Sebastian Piñera a été élu pour son second mandat. Il est l’un des hommes les plus riches du Chili, avec une fortune estimée à plus de 2 milliards d’euros. Fier de son gouvernement de droite dure, il a promis de revenir sur les quelques avancées sociales du gouvernement social-démocrate de Bachelet (la présidente sortante), notamment concernant la dépénalisation de l’avortement. L’avortement a été dépénalisé en août 2017 pour les femmes dont la vie est en danger, qui ont été violées ou dont le fœtus est jugé non viable. Les Chiliennes avaient gagné ce droit en 1931, sur lequel est revenu le dictateur Pinochet en 1989. Les Chiliennes sont très enthousiastes vis-à-vis de leurs voisines argentines qui vont remporter la dépénalisation et la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse (acceptée à la Chambre, la loi doit encore passer au Sénat).

Le 17 avril, un professeur de l’Université de Valdivia, dans le Sud du pays, n’a pas été jugé, mais simplement muté, alors qu’il était accusé de harcèlement sexuel sur une employée. Spontanément, la faculté des sciences de Valdivia a été occupée pour donner naissance à un mouvement généralisé contre le sexisme sous toutes ses formes.

Le mouvement dénonce l’impunité vis-à-vis des agressions et des harcèlements sexuels. Depuis 2011, les étudiants entrent régulièrement en lutte pour exiger une éducation gratuite, publique et de qualité. À cela, s’ajoute aujourd’hui la revendication d’une éducation non sexiste et, donc, la fin de l’impunité pour les délits et crimes sexuels envers les femmes, la formation des enseignants et étudiants aux problématiques de genre, l’autorisation pour les personnes transgenres d’utiliser leur prénom d’usage et des mesures pour favoriser les carrières des enseignantes-chercheuses. Le mouvement féministe chilien réclame aussi la démission du ministre de l’Éducation, Gerardo Varela, qui a déclaré que les femmes du Chili ne subissent que de ‘‘petites humiliations et discriminations’’.

Piñera ne se souvient que trop bien des mouvements de masse de 2011 et des convergences des luttes de l’époque. Il a très vite tenté de calmer la situation en sortant un ‘‘Agenda femmes’’ en 12 points avec notamment l’intention d’inscrire l’égalité hommes-femmes dans la Constitution. Mais le président conservateur ne convainc pas les étudiantes et les syndicats universitaires qui n’ont été ni reçus ni consultés par les autorités. Cet agenda ne parle pas d’un projet pour une éducation non sexiste. Et bien que l’inscription de l’égalité hommes/femmes dans la loi soit un pas en avant symbolique important, cela n’attaquera pas pour autant les bases du sexisme existant.