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Hong Kong : interdiction d’un parti politique et escalade de la répression

Socialist Action (partisans du Comité pour une Internationale Ouvrière à Hong Kong)

Le gouvernement de Hong Kong a, pour la première fois, décidé d’interdire un parti politique. La répression politique menée par Pékin sur le territoire s’aggrave. Le 17 juillet, le Bureau de la sécurité a fait savoir qu’il utilisera l’Ordonnance sur les sociétés – une relique de la domination coloniale britannique – pour interdire le Parti national de Hong Kong (HKNP), pro-indépendance.

Le HKNP est un groupe raciste très petit et largement sans importance qui a été clairement choisi par le gouvernement en tant que test approprié afin d’imposer de nouvelles restrictions sérieuses à la liberté d’expression et à la liberté d’association à Hong Kong. Cela fait suite à deux années de restrictions successives des droits politiques, de nouvelles lois répressives, d’interdiction des candidats aux élections et de lourdes peines de prison pour les jeunes militants pro-démocratie qui se sont engagés dans des manifestations contre la dictature « communiste » chinoise (du PCC, le Parti «communiste» chinois) et son gouvernement local fantoche à Hong Kong.

C’est la première fois que l’Ordonnance sur les sociétés est utilisée pour réprimer les organisations politiques depuis la rétrocession de Hong Kong à la Chine et la fin de la domination britannique en 1997. Cela marque une intensification indubitable des attaques du gouvernement contre les droits démocratiques. Une fois que le Bureau de la sécurité émet une ordonnance pour des raisons de « sécurité nationale », il est illégal de participer aux activités ou de faire un don à l’organisation. La peine maximale est une amende de 100.000 $HK (11.000 euros) et une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à trois ans.

Le HKNP dispose de 21 jours pour faire appel contre l’interdiction, mais dans l’environnement ultra-répressif actuel de Hong Kong, il ne fait guère de doute que l’appel sera rejeté. Ainsi, une fois de plus, les lois tant vantées par les capitalistes et les libéraux comme des garanties de certains droits démocratiques sont devenues des outils pour la suppression des droits démocratiques.

Socialist Action (les partisans du Comité pour une Internationale Ouvrière à Hong Kong) s’oppose totalement à la politique et aux méthodes du HKNP, en particulier son racisme envers le peuple chinois continental et son soutien à l’impérialisme européen et américain. L’appel de ce groupe à l’expulsion de tous les Chinois continentaux de Hong Kong est un exemple de racisme totalement réactionnaire similaire à celui de Trump. Cela ne peut qu’aider l’État-PCC tout aussi raciste à utiliser des tactiques de division pour dévier et affaiblir les luttes de masse à Hong Kong et en Chine selon des lignes ethniques. Les socialistes défendent la lutte unie de tous les travailleurs, où qu’ils soient nés, contre l’ennemi réel, qui est un régime autoritaire milliardaire.

La véritable cible du gouvernement n’est guère le HKNP, mais il est évident qu’il s’agit là d’un précédent pour ensuite élargir l’attaque et interdire d’autres organisations qui s’opposent au gouvernement et à son programme autoritaire. Le HKNP est un groupe qui n’a pratiquement aucun soutien, même au sein de la tendance de la jeunesse du localisme de Hong Kong (un nationalisme anti-Chine). Il est surnommé le « Parti des déclarations » par d’autres partisans de l’indépendance de Hong Kong parce qu’en dehors des déclarations, il ne fait rien.

L’objectif du gouvernement en faisant du HKNP, qui ne représente aucune menace politique réelle pour le régime, sa première cible est limpide. Il veut établir un précédent et se prépare à répéter cette méthode pour interdire à l’avenir d’autres organisations d’opposition plus importantes et plus authentiques. Il commence par cibler ceux qui prônent l' »indépendance » qui, pour le PCC et le gouvernement de Hong Kong, est un sujet qui ne peut même pas être discuté.

“Mettre fin au règne du parti unique”

Mais le gouvernement inclut d’autres positions politiques comme sujets interdits. L’exigence des masses de « mettre fin au règne du parti unique », fondamentale pour la lutte pour la démocratie, est aussi maintenant une cible de la répression du gouvernement. La chef de l’exécutif de Hong Kong, Carrie Lam Cheng Cheng Yuet-ngor, a récemment refusé d’exclure que ceux qui soutiennent cette demande puissent faire face à des conséquences juridiques, alors que les candidats qui ont exprimé leur soutien à cette revendication (c’est-à-dire presque tous les partis d’opposition pro-démocratie) courent le risque d’être empêchés de se présenter aux futures élections.

Le gouvernement utilise une « tactique du salami » similaire à celle qu’il a utilisée en 2016, après les élections du Conseil législatif de Hong Kong, pour disqualifier deux législateurs locaux nouvellement élus, Baggio Leung Chung-hang et Yau Wai-ching, pour ne pas avoir prêté serment d’office de la manière requise. La mesure a ensuite été élargie à quatre autres législateurs, non locaux, qui représentent l’aile radicale de la lutte pour la démocratie et qui étaient la véritable cible de la purge du gouvernement.

Le Bureau de la sécurité a produit un dossier de 700 pages sur le HKNP pour justifier l’interdiction, couvrant ses discours, sa présence sur les médias sociaux et les événements auxquels a assisté le leader du groupe, Chan Ho-tin. Comme à toutes les étapes précédentes de la répression du gouvernement de Hong Kong, cela se déroule dans le cadre d’un plan synchronisé visant à entraver l’opposition politique et à vaincre la lutte pour la démocratie. Le gouvernement s’empare de certaines déclarations de ce groupe pour le dépeindre comme une « menace violente » pour la sécurité de l’État, alors qu’il s’agit en fait d’un minuscule groupe spécialisé dans la recherche d’attention et qui ne se consacre qu’à bien peu d’autres choses.

Le parti étudiant Demosisto, qui prône « l’autodétermination démocratique » et dont les membres n’ont pas le droit de se présenter aux élections, pourrait être la prochaine cible après l’interdiction du HKNP. De cette façon, nous pouvons voir que le gouvernement a déjà mis en œuvre « l’article 23 » – une loi répressive en matière de sécurité – de manière déguisée.

La dictature mène une « guerre » contre les droits politiques des jeunes. L’interdiction du HKNP, qui ouvre la porte à d’autres interdictions, à la persécution des partis pro-démocratie radicaux, à la manipulation des élections et à l’introduction imminente d’une loi sur l’hymne national et d’autres lois oppressives, vise à imposer le silence aux jeunes de Hong Kong qui s’opposent en masse à la dictature du PCC.

Mais, comme en Chine continentale, la politique ultra-répressive ne peut pas éliminer la résistance de masse et la lutte pour la démocratie. À long terme, elle aura l’effet contraire. Elle augmentera la radicalisation et la politisation des jeunes et des travailleurs de tous âges, puis déclenchera de plus grandes vagues de résistance.

Les localistes, une tendance politique lâche, très confuse et très hargneuse, ne peuvent offrir une voie vers l’avenir. Au contraire, la position nationaliste et raciste étroite des différents groupes localistes et leur idéologie de droite pro-capitaliste représente une impasse pour toute forme de lutte politique des jeunes.

Cette dernière attaque autoritaire souligne la nécessité de reconstruire un mouvement démocratique de masse. Il est nécessaire de protester contre toute attaque antidémocratique et de comprendre que le système actuel prépare de plus en plus de répression. Les attaques ne s’arrêteront pas d’elles-mêmes, mais seulement en rencontrant un mur de résistance de masse, qui doit être organisé démocratiquement, avec des porte-parole élus et des comités de base pour décider de la stratégie à adopter et des revendications à défendre.

La lutte pour la démocratie doit être liée à la lutte contre le capitalisme. Il est nécessaire d’établir des liens avec les travailleurs de Chine continentale et ceux du monde entier qui s’organisent et résistent aux réductions salariales et à l’austérité, aux politiques pro-riches et aux coupes budgétaires dans l’enseignement et le logement. Relier ces luttes entre elles ainsi qu’à une alternative socialiste est le moyen de faire de la lutte pour la démocratie un véritable mouvement de masse capable d’ébranler n’importe quel gouvernement, y compris la dictature chinoise.

De nouveaux scandales politiques à Hong Kong, impliquant des transactions foncières lucratives et des constructions illégales concernant de nouveaux projets de métro, illustrent à quel point les capitalistes considèrent le système politique antidémocratique comme un « parapluie » pour les protéger de la pression de masse et fuir leurs responsabilités. Pour sauvegarder leurs profits, ils feront tout leur possible pour résister et repousser les exigences démocratiques de la classe ouvrière. Par conséquent, pour réaliser un véritable changement, le mouvement démocratique doit avoir un programme anticapitaliste et disposer d’un parti socialiste de masse. C’est la façon de vaincre la dictature du PCC et les super-riches.