Liverpool 1983-87: ‘‘Nous avons traduit le socialisme dans la langue des emplois, des logements et des services’’

Manifestation en soutien au conseil municipal de Liverpool.

Entre 1983 et 1987, la ville de Liverpool a été gouvernée par les travaillistes, sous une direction de gauche. En 1983, 47% des électeurs ont voté pour le Labour et 57% en 1987. Liverpool est un exemple vivant de ce qui est permis par la lutte de classe dès lors qu’elle est sérieusement menée. A cette époque déjà, les autorités locales étouffaient dans une camisole de force budgétaire imposée par les autorités supérieures, économies budgétaires et privatisations à la clé. Le néolibéralisme avant l’heure.

Par Bart Vandersteene

A Liverpool, les choses étaient différentes. Le programme, la stratégie et les tactiques qui ont prévalu au cours de la lutte avaient été largement déterminées par la position du groupe Militant au conseil municipal et plus généralement à l’intérieur du labour, dont il constituait l’aile marxiste. Militant était le précurseur du Socialist Party, notre parti-frère. Le conseil municipal a refusé les économies exigées par le gouvernement. Ces élus tenaient leurs promesses électorales.

Les 2.000 licenciements de personnel municipal de l’ancienne administration libérale ont été annulés. Un plan ambitieux a été élaboré pour construire 5.000 logements sociaux en quatre ans. Plus de logements sociaux ont été construits à Liverpool à cette époque que dans toutes les autres municipalités du pays réunies. Il y a eu six nouvelles crèches, cinq nouveaux centres sportifs et 17 nouvelles écoles primaires. Cela a créé 12.000 emplois dans le secteur de la construction, développement bienvenu face à un taux de chômage de 25% chez les hommes. Les loyers ont été gelés durant cinq ans. Le salaire minimum du personnel municipal a été augmenté, ce qui a touché 4.000 travailleurs. Le temps de travail a été réduit de 39 à 35 heures, sans perte de salaire.

Depuis 1979, les économies imposées par Thatcher avaient coûté 34 millions de livres sterling à la ville. Les dirigeants syndicaux nationaux s’y étaient opposés en paroles, sans rien faire. A Liverpool, ce fut différent. Le conseil municipal a fait l’objet d’une campagne rageuse, le gouvernement a même menacé d’envoyer l’armée. Le soutien de la classe ouvrière de Liverpool était solide. La campagne d’intimidation qui dépeignait les élus locaux comme de dangereux extrémistes fut sans effet. Un habitant a témoigné dans la presse : ‘‘Je ne sais pas qui était ce Léon Trotsky, mais à en juger par le nombre de maisons en construction à Liverpool, ce devait être un sacré maçon’’.

La bataille s’est aussi déroulée dans la rue, sur les lieux de travail et dans les quartiers. Ce n’est qu’en mobilisant la classe ouvrière que Thatcher a pu être contrainte à faire des concessions. Une grève générale locale de 24 heures a eu lieu le 29 mars 1984, le jour du vote du budget, l’une des plus imposantes à l’échelle d’une ville. 50.000 manifestants ont soutenu le conseil communal. Le 9 juin, Thatcher a cédé : 16 millions de livres supplémentaires ont été libérés pour Liverpool.

Il était impossible à Thatcher de battre le conseil municipal démocratiquement. À chaque élection, le Parti travailliste obtenait plus de voix. Finalement, les 47 conseillers municipaux travaillistes ont été destitués à l’aide d’une procédure judiciaire de la Chambre des Lords, un organe féodal non-élu, ce qui n’a été possible qu’avec le soutien de la direction nationale du Labour. Les structures locales du parti ont été dissoutes à Liverpool pour n’être rétablies que sous un lourd contrôle national. Les conseillers municipaux ont été expulsés du parti et condamnés à une amende de plus d’un demi-million de livres par la Chambre des Lords. Leur crime ? S’être révoltés en défense des emplois et des services publics.

Cette offensive contre Militant a marqué le début d’une contre-révolution politique qui a ouvert la voie à Tony Blair. Les ‘‘47 de Liverpool’’ restent une exemple impressionnant et inspirant de la façon dont la lutte de masse peut imposer des concessions, y compris à Margaret Thatcher, la ‘‘Dame de fer’’.

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