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Comment le référendum irlandais sur l’avortement a été gagné : ‘‘Ce n’était pas une révolution silencieuse’’

Ruth Coppinger

Le 25 mai dernier, le référendum irlandais sur la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse s’est conclu par un résultat historique : 66% des participants ont voté en faveur de l’abolition de l’interdiction constitutionnelle de l’avortement. Le Premier ministre Varadkar a parlé d’une ‘‘révolution silencieuse’’. Ce faisant, il désirait laisser entendre que ce changement s’était produit sans lutte sociale. C’est que le Premier ministre n’aime pas trop les manifestations et les conflits sociaux… Notre camarade Ruth Coppinger, députée de Solidarity, a réagi : ‘‘La réalité, cependant, c’est que le mouvement contre l’interdiction de l’avortement faisait activement campagne depuis des années, en luttant contre un parlement conservateur et des médias hostiles.’’

Par Sander (Termonde)

L’atmosphère a sans aucun doute changé au cours des 20 dernières années. Mais l’establishment irlandais était particulièrement réticent à abandonner ses liens historiques avec l’Eglise catholique. Cela ne s’est fait que lorsqu’il n’était tout simplement plus possible de continuer. L’ancien establishment catholique conservateur a été durement frappé par les efforts de milliers d’activistes qui avaient tourné le dos au lobbying en constatant que cela était insuffisant. Cette campagne de terrain a duré des années et a conduit au résultat phénoménal du référendum. Parmi les jeunes de moins de 25 ans, 87% ont voté en faveur de l’avortement et, parmi les femmes de moins de 25 ans, 90% ont voté ‘‘OUI’’. La participation des jeunes femmes a quasiment doublé par rapport aux élections législatives de 2016.

Un vent nouveau souffle sur l’Irlande : celui de l’action collective pour s’attaquer aux problèmes sociaux. Des dizaines de milliers de personnes, pour la plupart des jeunes et des femmes, se sont activement impliquées dans la campagne depuis la mort de Savita Halappanavar en 2012, une jeune femme décédée après qu’un avortement lui soit refusé alors que cela aurait pu sauver sa vie. Depuis ce moment, les groupes d’action et les manifestations se sont succédé. Ruth Coppinger, membre de notre parti-frère irlandais explique : ‘‘Le mouvement n’était pas silencieux, mais la plupart des politiciens faisaient la sourde oreille’’.

L’establishment et les médias établis tentent maintenant de réécrire le cours de l’histoire par crainte que les gens en tirent confiance en eux et réalisent qu’ils peuvent se battre de la même manière sur d’autres sujets. Ils ignorent également les diverses propositions législatives soumises dans le passé par, entre autres, Solidarity, le groupement plus large dans lequel est actif notre parti-frère le Socialist Party qui compte trois députés (Ruth Coppinger, Paul Murphy et Mick Barry). Lorsque la pression est devenue trop forte, l’establishment a tenté de canaliser la discussion avec la mise sur pied d’une Assemblée citoyenne. Mais, sous la pression du mouvement, cette dernière a recommandé de reconnaître l’avortement sur demande jusqu’à 12 semaines. L’organisation d’un référendum était devenue inévitable.

Le thème des pilules abortives a constitué un élément important de la campagne. La campagne féministe-socialiste ROSA, lancée en 2014, a organisé des actions pour populariser l’usage des pilules abortives. Ces dernières étaient peut-être illégales, mais elles sont vite devenues courantes. ROSA s’est rendu en Irlande du Nord en train pour y acheter ces pilules et ensuite les distribuer dans toute la République d’Irlande pendant des manifestations de désobéissance civile. La diffusion des pilules abortives a triplé et a eu un effet décisif.

Le droit à l’avortement a bénéficié d’un soutien croissant. Des dizaines de milliers de personnes sont devenues des activistes et ont popularisé le sujet, y compris par le biais de l’art et de la culture. Ruth Coppinger commente : ‘‘Les médecins et les politiciens des partis établis ont dominé les débats officiels, mais la victoire a été obtenue grâce à la participation active de dizaines de milliers de personnes. C’était un mouvement social et politique à part entière.’’

Enfin, la députée explique : ‘‘En prétendant que tout a été obtenu dans le calme, l’establishment veut balayer la leçon-clé : les manifestations, l’approche combative et l’implication de la base peuvent arracher des résultats. Ces méthodes peuvent également être appliquées contre d’autres formes de discriminations et d’inégalités. Cela peut concerner des revendications telles que la séparation complète de l’Église et de l’État dans l’enseignement, les soins de santé et d’autres domaines, la fin de cette culture sexiste où les femmes gagnent moins que les hommes et sont présentées comme des objets sexuels, de même que la fin d’un système économique où une élite richissime contrôle la richesse et le pouvoir politique.’’

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