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Le gouvernement n’a pas la force qu’il prétend, continuons le combat sur les pensions !

Un gouvernement Michel II ? Charles Michel et ses comparses veulent nous faire croire la chose inéluctable. Mais, sondage après sondage, il semble plutôt difficile à la N-VA, au MR, à l’Open-VLD et au CD&V de trouver une nouvelle majorité parlementaire (70 sièges alors qu’il en faut 76), même avec le soutien d’un CDH en chute libre (75). Le 11 juin dernier, le Grand baromètre Le Soir-RTL-TVI-Ipsos-Het Laatste Nieuws-VTM a donné de nouvelles sueurs froides à Michel et sa bande : à la question de savoir si les sondés sont d’avis que la coalition actuelle soit reconduite si les élections le permettent, une majorité se prononce contre. Au Nord comme au Sud.

Par Nicolas Croes

C’est effectivement 64 % des sondés qui ont répondu par la négative à l’échelon national : 77 % en Wallonie, 66 % à Bruxelles et 57 % en Flandre. Un gouvernement fort ? C’est surtout la faiblesse de l’opposition qui lui permet de tenir !

Le gouvernement recule sur les pensions

Concernant les pensions, la popularité du gouvernement fédéral est au ras des pâquerettes. Toujours selon le ‘‘Grand baromètre’’, les Belges désapprouvent les mesures prises par le gouvernement Michel et par le gouvernement Di Rupo qui l’a précédé. Pas moins des deux tiers de la population rejettent la décision du gouvernement Michel de porter l’âge de la retraite à 67 ans d’ici 2030. Ce qui est bien compréhensible dans un pays où l’espérance de vie en bonne santé n’atteint pas les 64 ans en moyenne et se situe même en-dessous des 55 ans pour les travailleurs peu qualifiés.

D’autre part, en Wallonie, 82 % des sondés estiment que le système de retraite ne pourra pas leur garantir une fin de vie correcte. En Flandre et à Bruxelles, ils sont 71 % à penser de cette manière. Selon les sondés, une retraite décente se situe à 1.615 euros. C’est bien au-dessus de la moyenne actuelle de 1.181 euros pour les hommes et de 882 euros pour les femmes, ce qui ferme les portes des maisons de repos à nombre de nos aînés.

Pensions à point : la résistance sociale repousse l’attaque

Que la colère soit largement ressentie, c’était évident au regard du succès des diverses mobilisations syndicales. Après une vaste campagne d’information avec le Journal des pensions, une grande manifestation a suivi le 16 mai. Selon le quotidien patronal De Tijd, il s’agissait des funérailles du système des pensions à points. Ce projet a été reporté à la prochaine législature.

Histoire de préparer le terrain, le gouvernement veut d’abord se pencher sur le régime des pensions pour les professions lourdes. Selon le CD&V – qui prétend être le ‘‘visage social’’ du gouvernement – le dialogue social sera la clé de voûte du projet. Mais quelle marge de négociation peut-il bien rester si le budget global pour les professions lourdes est fixé à l’avance ? La seule chose que le gouvernement permet de négocier, c’est l’ampleur de l’attaque, un peu plus dure pour les uns, un peu plus douce pour les autres. Une excellente façon de diviser en montant les professions les unes contre les autres.

C’est ce à quoi nous avons assisté avec la proposition à destination du secteur public : environ 50% des employés y seraient couverts par le régime des métiers pénibles. A droite, ce fut le tollé. Ces cris d’indignation visaient toutefois surtout à masquer le recul social : dans le cadre du régime existant, 62 % des fonctionnaires bénéficient d’un régime de retraite avantageux (celui des ‘‘bonus préférentiel’’) ! Ne nous laissons pas monter les uns contre les autres : si le gouvernement laisse un peu de répit à certaines professions, c’est pour mieux leur enlever leurs ‘‘privilèges’’ ensuite, après une première vague d’économies. Et n’oublions pas que l’abandon du régime actuel dans le secteur public facilitera l’introduction du système des pensions à points.

Continuons le combat

La riposte en défense de nos pensions doit être à la hauteur de l’attaque. La manifestation pour des ‘‘pensions dignes à un âge décent’’ du 16 mai a donné un aperçu de ce qui est possible avec 70.000 manifestants. Le gouvernement a dû reporter le système des pensions à points.

Ne laissons pas au gouvernement et aux partons l’initiative, et partons à la contre-offensive avec les revendications défendues par les syndicats : une pension minimale de 1.500 euros par mois, une pension équivalente à 75% du dernier salaire au lieu de 60% actuellement, le retrait de toutes les mesures du gouvernement actuel et des gouvernements précédents contre les fins de carrière.

Autour de ces exigences, nous avons déjà l’opinion publique de notre côté. Ce gouvernement n’est pas aussi fort qu’il le prétend. Qu’attendent donc les dirigeants syndicaux pour annoncer une campagne de mobilisation crescendo à l’automne ?

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