Verviers. Scandaleuse intervention policière violant la liberté d’expression

S’il pourrait nous arriver de penser que nos droits démocratiques sont acquis pour toujours ; la réalité de la vie quotidienne d’un militant est là pour lui rappeler qu’il n’en est rien. Comme il est désormais dans la tradition de notre section du MAS depuis que nous sommes actifs à Verviers, nous vendions ce samedi 27 août au matin nos journaux au centre-ville. Les gens qui ont de la sympathie pour nous savent qu’ils peuvent nous rencontrer et discuter politiquement avec nous soit place d’hôtel de ville au marché soit sur la place Verte.

Vincent Devaux

Nous avons également l’habitude d’y placer un stand avec notre matériel politique. Depuis les années que nous somme présent, jamais nous n’avons eu à subir un contrôle des forces de l’ordre pour nos activités. Mais depuis hier matin les choses ont changé. Alors que nous faisions tranquillement la vente de nos journaux sur la Place Verte ; trois policiers sont venus nous dire que nous n’avions rien à faire là. Ils ont scandaleusement bafoué un de nos droits les plus élémentaires, inscrit dans la Constitution. Les arguments utilisés par la police lorsqu’ils doivent réprimer des organisations politiques sont souvent les mêmes. Encore une fois ils n’ont pas dérogé à leur argumentaire favori.

Ils ont prit prétexte que notre journal était vendu pour essayer de nous intimider « vous exercez une activité commerciale et devez avoir une autorisation pour cela ». Mais comme il vaut mieux multiplier les accusations pour être sure qu’une de celles-ci fasse bien mouche, la police nous accuse « de déranger les passants », de « les harceler », un des policiers m’a même signifié que l’on pourrait être poursuivi pour « extorsion de fonds ».

Il va sans dire que l’argument comme quoi nous ferions du commerce ne tient pas la route. Pourquoi ? La Constitution nous donne le droit à liberté d’expression ; or nous vivons dans une société où tout s’achète et se vend ; il ne nous est pas possible de produire un journal sans dépenser de l’argent à sa fabrication (papier, encre,…). Cela signifie que dans notre société, la liberté d’expression est conditionnée au fait de pouvoir demander une contre-partie pour la publication de nos idées. Il est hypocrite de nier cette vérité.

Toute demande d’autorisation complémentaire au pouvoir local en place nous met à la merci de l’arbitraire politique de ce dernier qui peut nous la refuser simplement pour des raisons partisanes. La police serait intervenue sur base de plainte de passants et riverains. Nous ne pouvons pas contrôler cette information. Il est possible que cela soit vrai ; il est possible également que cela soit un prétexte sur lequel s’appuie l’Establishment local pour nous réduire au silence.

Si l’origine de ces plaintes est réelle, l’utilisation qui en est faite est inquiétante. Il suffit alors qu’un passant ou un commerçant frustré par l’expression d’une opinion politique différente de la sienne s’adresse à la police pour que celle-ci fasse taire la-dit’opinion !!! C’est en fait un véritable droit de censure. Je voudrais dire un mot sur les habitudes de la police ; suite à mes protestations contre les tentatives d’intimidation et mon refus à cesser ma vente de journaux, les agents de police après menace de plainte pour « outrage », « rébellion » (alors que je répondais simplement et verbalement à leurs questions) m’ont auditionné. Leurs pratiques sont pour le moins discutables ; Railleries diverses, refus pour deux des trois policiers de donner leur identité/matricule, menaces à peine voilée de voir perdre mes allocations de chômage ( de quel droit ? Un chômeur n’aurait selon eux pas le droit de s’exprimer ?) et le comble est que toute la discussion entre la police et moi a été enregistrée à mon insu par un des policiers sur le dictaphone de son GSM ; ce n’est qu’en milieu d’audition que le dit policier a sorti fièrement son GSM de sa chemise et clôturé l’enregistrement. Alors ma question va à M. Desama, bourgmestre (PS) de la ville… et chef de la police.

De deux choses l’une ; soit vous êtes en accord et/ou commanditaire de cette répression et de ces pratiques et nous devons conclure que vous vous servez du corps de police et d’arguments détournés pour hypocritement faire taire toute opinion qui ne vous plaît pas. Soit ce n’est pas le cas et vous devez alors condamner ces pratiques et nous laissez exercer notre droit le plus élémentaire. Ces pratiques intimidantes ont tout de même la fâcheuse tendance à se multiplier, surtout lorsque l’on s’approche des périodes électorales. Je voudrais rappeler l’interpellation par la police en 2003 d’un camarade du Parti Communiste et de notre organisation lors d’une distribution de tracts au nom de la liste électorale PC-RDS devant les bureaux de chômage à Verviers. A l’époque la police avait utilisé un règlement communal qui était sujet à interprétation. Je voudrais également rappeler la « visite de courtoisie » faite « à l’improviste » il y a quelques mois par l’inspecteur principal de la police judiciaire à mon domicile et ce sans véritable raison. Toutes ces tentatives d’intimidations ne sont pas innocentes. Nous constatons tous les jours que les droits démocratiques et syndicaux sont mis à mal. Interventions policières sur demande de la direction de l’usine lors de distribution de tract à son entrée, bris de piquets de grève avec astreintes (Splintex), menace d’instauration d’un service minimum (TEC), intervention directe du bourgmestre pour intimider des militants syndicaux sur les piquets de grève (Yvan Ylieff -PS- à la commune de Dison peu avant le 1ier mai),…Il ne fait aucun doute que pareilles dérives vont se multiplier ; l’accélération de la dégradation du bien-être de vie et la précarisation croissante, fruit de la politique néo-libérale, ne peut que s’accentuer.

L’appel par le Parti Socialiste du nommé « plan Marshall » annonce de nouvelles attaques sur nos acquis. Lors de son école d’été, Di Rupo a levé un coin du voile « Au PS, nous croyons dans l’initiative individuelle, la récompense de l’effort, la valorisation du risque et de la créativité ». L’on croirait entendre un président d’une fédération patronale !! Derrière tous ces mots se cachent plus de flexibilité, diminution du coût salarial,…en fait de beaux cadeaux au patronat et une précarisation croissante de certaines couches de la population. Avec un tel programme, il ne fait aucun doute que la grogne sociale va monter. Que la tentation va être grande afin de mener à bien ce projet, de faire taire toute opposition, de casser les luttes syndicales.

Pour nous il est essentiel de défendre bec et ongle la liberté d’expression. Nous ne cèderons pas aux tracasseries et aux intimidations politiciennes et policières. Nous ne permettrons pas qu’au nom des intérêts économiques de la classe dominante et d’un système qui ne fait qu’accentuer les différences sociales, nos libertés soient petits à petit étouffées.

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