L’accord sur BHV ne mettra pas fin aux conflits communautaires

Après 460 jours de négociations, les huit présidents de partis ont réussi à se mettre d’accord sur la scission de l’arrondissement électoral Bruxelles-Hal-Vilvorde (BHV). Bien que les partis communautaires N-VA et FDF crient à la trahison, nombreux sont ceux qui espèrent qu’il y aura enfin un gouvernement. Cet espoir est-il justifié? Et est-ce enfin la fin des querelles communautaires?

Après la rupture des liens entre le CD&V et la N-VA, le MR a maintenant largué le FDF. La pression a été énorme, entre autres avec l’annonce du départ de Leterme. Accorder plus de responsabilités au gouvernement en affaires courantes n’était plus à l’ordre du jour. Le président du MR, Charles Michel, s’est enfin déclaré favorable à la scission de BHV, même si cela coûte beaucoup de voix pour son parti dans la périphérie flamande autour de Bruxelles et même s’il a dû lâcher le FDF. Que Michel ait voulu payer un prix si élevé, démontre que son parti, ou ce qui en reste, se veut un partenaire fiable dans le prochain gouvernement.

La scission de BHV permet de voter pour des listes bruxelloises dans les six communes à facilités. Les autres communes seront jointes à l’arrondissement électoral de Leuven. Côté flamand, cette scission est perçue comme ‘pure’ et, côté francophone, on accentue le lien entre les six communes à facilités et Bruxelles. Ainsi est né un ‘compromis à la belge’ où restent présents tous les ingrédients pour de nouvelles éruptions communautaires. Cet accord conduira à de nouvelles contradictions.

Il semble que l’on tentera de former un nouveau gouvernement, mais ce ne sera pas facile. Le problème principal est qu’il n’existe pas de moyens financiers pour cimenter de nouveaux accords communautaires. Sans doute les partis communautaires misent-ils sur ce fait pour jouer la carte sociale face aux pénuries à Bruxelles (pour le FDF) et à l’opposition contre l’austérité en Flandre (pour la N-VA). Les discussions sur la loi de financement, les moyens financiers supplémentaires pour Bruxelles et le budget 2012 (avec les 7-8 milliards d’euros de coupes d’austérité) ne seront pas faciles.

Avec les austérités que le gouvernement fédéral imposera, des austérités sur le plan régional seront inévitables. Au sein du CD&V, par exemple, Kris Peeters s’oppose aux coupes d’austérité flamandes. Sans doute la N-VA s’y opposera au sein du gouvernement flamand avec l’argument que les flamands ont déjà assez payé. Ainsi, ce parti, qui réclame une austérité importante sur le plan fédéral, peut se profiler au niveau flamand contre une politique d’austérité imposée par les partis qui, face à la N-VA, ont revendiqué une politique d’austérité plus modérée.

Dans la périphérie, les problèmes ne sont pas réglés non plus. L’année prochaine, il y aura des élections communales et les partis communautaires gagneront. Les bourgmestres francophones seront-ils nommés? La scission de BHV ne signifiera pas qu’il n’y aura pas de listes francophones dans la périphérie. Lors des élections parlementaires prochaines, normalement prévues en 2014, le FDF peut se présenter dans la périphérie. Maintenant que le FDF ne doit plus rendre des comptes au MR, il n’est pas exclu que le FDF mette sur pied ses propres mobilisations. Les nationalistes flamands ont déjà organisé une manifestation à Linkebeek le 18 septembre avec quelques milliers de personnes. La circulaire-Peeters existe toujours, ce qui conduira à des conflits judiciaires. À Bruxelles il n’y aura pas les moyens de s’attaquer aux énormes pénuries (entre autres sur le plan de l’emploi, le logement, l’enseignement,…).

Les contradictions communautaires existeront aussi après l’accord sur BHV. La politique d’austérité qui s’imposera inévitablement augmentera le ressentiment face aux partis établis et offrira l’espace aux partis communautaires de se renforcer sur base d’un sentiment anti-establishment. Le FDF verra ainsi une possibilité de survie, peut-être aussi après les élections parlementaires de 2014 où le FDF défendra ses trois élus (et les moyens financiers qui en découlent).

Tant que les dirigeants syndicaux nous lient à la politique d’austérité des partis traditionnels ‘responsables’, les partis communautaires auront l’espace de se positionner face à la politique d’austérité. La discussion concernant le nécessaire prolongement politique des revendications et des besoins des syndicalistes continuera à être à l’ordre du jour. Le départ des politiciens issus de l’aile ouvrière du CD&V, Leterme et Vervotte, conduit déjà à une discussion au sein du mouvement ouvrier chrétien. Le nouveau président du SP.a, Tobback, a déjà mis en garde la FGTB flamande de ne pas lancer trop de critiques envers le parti… Probablement Di Rupo continuera-t-il à présenter le PS comme le ‘moindre mal’ face à la pression de la droite, mais combien de temps cette histoire du ‘moindre mal’ tiendra-t-elle encore dans un contexte de coupes d’austérité?

Le paysage politique du capitalisme belge d’après guerre ne fonctionne plus. Il doit être redessiné. Le mouvement ouvrier ne peut pas adopter une politique attentiste et laisser l’initiative aux aventuriers de toutes sortes. Il a besoin de son propre instrument politique, voilà la conclusion que devraient tirer le sommet de la CSC et ses collègues de la FGTB.

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