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Une majorité progressiste peut-elle arrêter la politique d’austérité ?

Robert Verteneuil, président de la FGTB

Avec l’approche des échéances électorales communales/provinciales en 2018 et régionales/fédérales/européenne en 2019, les discussions sur la manière d’arrêter la politique d’austérité se déplacent du terrain social au terrain politique. Fin 2017, la FGTB Wallonne faisait un appel à une majorité régionale progressiste. À l’occasion des discours du premier mai 2018, elle a appelé à un nouveau pacte social. Comment peut-on s’assurer que ces appels ne restent pas lettre morte ?

Par Alain (Namur)

Une majorité de gauche en Wallonie ?

Selon le sondage paru dans Le Soir en février 2018, PS, PTB et Ecolo totaliseraient pratiquement 50% des voies. Avec la percée du PTB et le rétablissement partiel d’Ecolo, cela a lancé des discussions sur les possibilités de constituer une majorité alternative. Les différents partis y ont réagi de manière contrastée.

La coprésidente d’Ecolo a déclaré que le parti n’était ni de gauche ni de droite, sans expliquer ce que cela signifiait concrètement en termes de programme et de politique économique. Du côté du PS, la réaction est différente. Il est mis sous pressions par les membres de l’action commune (FGTB et mutualité socialiste) pour mener une autre politique, et ce alors qu’il est en pleine clôture de son chantier des idées et encore empêtré dans les affaires Publifin et Samusocial. Il n’a pas fermé la porte directement. Sans décliner, il se repose sur la réponse ambiguë du PTB qui a affirmé ne pas vouloir monter au pouvoir avant 15 ans pour ainsi appeler au vote utile à gauche.

Quelle marge politique et quel programme

Une grande majorité de la population ressent la nécessité de changer de cap au niveau politique. Que ce soit sur la question des pensions ou du travail faisable, une grande majorité de gens ne se retrouve pas dans les projets et la vision de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) défendue par ce gouvernement.

Pour les centaines de milliers d’activistes qui n’ont eu de cesse de se mobiliser ces dernières années contre la politique de casse sociale du gouvernement, il est nécessaire de discuter de la nécessité d’un relais politique dans ce combat. Le mouvement social doit se faire entendre et mettre ses revendications économiques et sociales au centre des priorités pour la prochaine période. Il ne s’agit pas seulement d’envoyer des représentants au parlement. Pour la classe laborieuse, il faut que les groupes politiques qui la représentent soient élus sur base d’un programme et de revendications qui soient largement débattus et discutés dans la société. C’était le sens de l’appel de la FGTB Charleroi Sud-Hainaut en 2012. Cela a débouché sur un fascicule de revendications sur lesquelles pourraient s’engager les candidats qui demandent notre voix.

Lors des discours du premier mai 2018, Robert Verteuneuil (futur président de la FGTB) a évoqué la nécessité d’un nouveau pacte social. Elio Di Rupo dans son dernier livre et lors de ces discours y fait aussi référence. Avec les centaines de milliers d’activistes qui se mobilisent, nous devons en évaluer la possibilité. C’est une chose de mettre ça sur papier, construire une relation de force en se battant pour y parvenir et chercher les partenaires politiques adéquats en est une autre. Arracher des réformes sociales, même limitées, comme le diminution de l’âge de la pension, les 14 euros de l’heure et la réduction collective du temps de travail, pourrait inverser les relations de force et redonner confiance au mouvement ouvrier pour consolider ces avancées avec un vrai changement de société. Faute de quoi, les capitalistes chercheront toujours à revenir sur les conquêtes sociales au moment où les relations de force changeront.

Cette aspiration en faveur de majorités progressistes peut être utilisé pour discuter à la fois de nos revendications et des méthodes nécessaires pour en arracher la réalisation. Après tout, ce n’est pas parce que des partis qui se disent de gauche constituent un gouvernement que la politique menée est automatiquement de gauche. Pour que cela survienne, il faut résolument rompre avec la rage néolibérale austéritaire. C’est bien différent d’une ‘‘austérité light’’. Les revendications du journal des pensions du front commun syndical (une pension minimum de 1500 euros, équivalente à 75% du dernier salaire, le retrait de l’augmentation de l’âge de la pension, etc.), la réduction du temps de travail sans perte de salaire, un plan massif d’investissements publics dans les services publics, etc. constituent une bonne plateforme de départ pour les campagnes électorales. Nous pourrions utiliser tous les militants pour préparer le terrain en vue d’une telle rupture et pour construire un mouvement avec lequel nous pourrons y parvenir.

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