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Le combat socialiste pour la libération des Palestiniens et l’unité des travailleurs

Ce 14 mai, alors que les Etats-Unis inauguraient leur ambassade à Jérusalem, au moins 52 Palestiniens ont été tués par des soldats israéliens. En un mois et demi, le nombre de personnes ainsi tuées s’élève à 100. L’article ci-dessous a été écrit avant ces événements dans la perspective des 70 ans de la « Nakba » (la « catastrophe » en arabe). Il a été publié le 11 mai sur le site du Comité pour une Internationale Ouvrière www.socialistworld.net

70 ans après la fondation d’Israël

Photo : Socialist Party (Angleterre et Pays de Galles)

Cette année marque le 70e anniversaire de la fondation de l’État d’Israël, en 1948. Pour les réfugiés palestiniens, l’événement est connu sous le nom de « Nakba », le mot arabe désignant ‘‘catastrophe’’, lorsque plus de 750.000 personnes ont été forcées de quitter leurs villes et villages pour s’appauvrir et devenir des sans-abris.

En outre, 300.000 Palestiniens ont été chassés de chez eux pendant la Guerre des six jours en 1967. Depuis lors, les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza vivent sous une occupation israélienne de plus en plus insupportable et brutale.

Dans la perspective d’une grande marche de protestation prévue pour la journée de la Nakba de cette année, le 14 mai, la colère et la frustration se sont exprimées dans des manifestations hebdomadaires – initialement de plus de 30.000 personnes – près du mur de Gaza, réclamant le droit au retour des réfugiés. Craignant cette escalade, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a autorisé les soldats à tirer pour tuer, avec le résultat horrible que plus de 45 manifestants ont été tués jusqu’à présent (le 11 mai, NDT) et que des milliers de personnes ont été blessées.

Le déplacement de l’ambassade d’Israël de Tel Aviv à Jérusalem, ce 14 mai, ajoute de l’huile sur le feu de la colère de masse. C’est un signal fort du président américain Trump en soutien à Israël pour sa domination de cette ville de même qu’une énorme rebuffade à la revendication des Palestiniens de disposer de leur propre Etat, avec également Jérusalem pour capitale.

M. Trump a également réduit la participation américaine au financement de l’agence des Nations Unies qui vient en aide aux réfugiés palestiniens, aggravant encore davantage les conditions déjà désastreuses qui prévalent dans les territoires occupés. La bande de Gaza, densément peuplée, souffre de pénuries d’électricité, d’eau courante et de produits de base et 50% de sa main-d’œuvre est au chômage.

Les résidents palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de Gaza sont confrontés à des confiscations de terres, à des démolitions de maisons et à des incursions régulières de soldats israéliens au cours desquelles il est tout à fait normal que des Palestiniens soient tués ou blessés.

En outre, les colons juifs de droite harcèlent ou attaquent les Palestiniens et ces « crimes de haine » connaissent une augmentation à l’heure actuelle selon l’agence de renseignement israélienne Shin Bet. La détention dans des conditions dramatiques est également un outil courant de l’occupation – une majorité des adultes masculins des territoires occupés ont été détenus à un moment donné de leur vie. Plus de 6.000 Palestiniens, y compris des enfants, sont actuellement détenus.

C’est notamment le cas d’Ahed Tamimi, 17 ans, dont l’histoire s’est répandue dans les médias internationaux après son emprisonnement pour avoir giflé et frappé un soldat israélien qui ne voulait pas quitter la cour de la maison familiale. L’incident a eu lieu juste après qu’Ahed ait appris que son cousin avait été tué par une balle de l’armée israélienne.

L’action de masse

Face aux actions meurtrières du gouvernement Netanyahu, il est clair que la lutte des Palestiniens doit être très bien organisée et démocratiquement dirigée, évaluée et préparée pour obtenir le maximum d’impact et de succès potentiels. Les actions de masse contre l’occupation peuvent être très efficaces, comme l’a illustrée la première intifada (soulèvement) qui a éclaté en 1987.

L’été dernier, alors que les autorités israéliennes installaient de nouveaux checkpoints autour du complexe de la mosquée Al Aqsa de Jérusalem, des protestations massives de Palestiniens dans l’est de cette ville ont forcé le gouvernement à opérer un revirement de position.

Dans un premier temps, les manifestations près de la frontière de Gaza au cours de ces dernières semaines avaient également pris la forme de mobilisations de masse, en dépit de conditions particulièrement répressives. Développer ce type de lutte est la voie à suivre, et non pas celle des actes de désespoir comme un retour aux attaques terroristes individuelles ou collectives contre les civils israéliens qui ont marqué la deuxième intifada.

Ces méthodes sont contre-productives. Elles aident les politiciens de droite en Israël. Alors que les socialistes soutiennent pleinement le droit des Palestiniens à s’armer et à se défendre, nous demandons en même temps qu’un appel soit lancé aux Israéliens ordinaires pour leur expliquer qu’ils ne sont pas ciblés et que l’objectif de la résistance est la suppression de l’occupation brutale et des blocus.

La division de classe en Israël

Des deux côté de la division nationale, la classe ouvrière et la classe moyenne n’ont rien à gagner du conflit ou des conditions de vie pauvres et précaires qu’offrent les partis politiques pro-capitalistes.

En Israël, la population palestinienne minoritaire souffre d’un taux élevé de pauvreté, mais c’est aussi le cas d’environ 20% des enfants juifs, qui vivent dans la pauvreté. Une grande partie des juifs israéliens connaissent des salaires de famine, un travail précaire, des logements trop chers et, dans l’ensemble, une lutte quotidienne pour joindre les deux bouts. En Israël, le coût de la vie est parmi les plus élevés des 35 économies avancées et en développement de l’OCDE. Pourtant, le revenu disponible après l’intervention du gouvernement est l’avant-dernier de l’OCDE. Seul le Mexique fait encore pire.

La société israélienne est une société de classe comme les autres à travers le monde. Elle comprend l’un des pires écarts entre riches et pauvres. Un petit nombre de magnats contrôle l’économie. Les travailleurs israéliens sont régulièrement contraints à entrer en lutte. En décembre dernier, par exemple, les travailleurs de Teva pharmaceuticals ont occupé une usine à Jérusalem et ont manifesté contre la menace de 1.750 pertes d’emplois. Ils ont été soutenus par une grève générale d’une demi-journée.

Les mois suivants, des dizaines de milliers de juifs israéliens et de demandeurs d’asile – principalement africains – ont manifesté à Tel-Aviv contre les déportations forcées de réfugiés. Il y a également eu des manifestations hebdomadaires – des dizaines de milliers de personnes à un moment donné – contre la corruption des autorités. De nombreux députés et fonctionnaires font l’objet d’une enquête policière, y compris Netanyahu lui-même, que la police a recommandé d’inculper.

Le conflit national

Concernant le conflit national, aucun des principaux partis politiques n’offre de solution. Une majorité de la population juive est actuellement victime de l’atmosphère réactionnaire propagée par en-haut. Les gouvernements israéliens ne sont pas des novices dans l’instrumentalisation de la crainte d’attaques commises par les milices palestiniennes, par des individus ou des États voisins – en particulier l’Iran – et la coalition de Netanyahu ne fait pas exception à la règle. En avril dernier, les ministres ont créé un véritable barrage de propagande en réponse aux protestations de Gaza. Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a déclaré qu’il n’y a ‘‘aucun innocent’’ à Gaza et que ‘‘tout le monde est lié au Hamas’’.

Le conflit national est dans une impasse et aucune négociation significative n’a lieu. Netanyahu fait face à une opposition dans son parti, le Likoud, et à la menace de l’effondrement de sa coalition gouvernementale s’il fait la moindre concession, notamment en raison de la présence du parti pro-colons de la Maison juive.

Son gouvernement de droite a promulgué des lois qui visent à freiner l’activité d’ONG qui aident la cause des Palestiniens et à réduire les droits du 1,8 million de Palestiniens qui vit en Israël, y compris en déclarant qu’Israël est l’État-nation du peuple juif.

Mais le statu quo de l’occupation est aussi un grand problème pour la classe dirigeante israélienne et elle est divisée sur ce qu’il convient de faire. Certains, au sommet, préconisent d’accorder des concessions à l’Autorité palestinienne pour essayer d’acheter une période de coexistence plus stable. L’occupation et la répression sont coûteuses – l’armée absorbe 13% du budget de l’Etat – et Israël fait face à la critique ainsi qu’à un certain degré d’isolement au niveau mondial pour sa brutalité dans les territoires.

En outre, bien que Netanyahu continue de poursuivre une politique de  »faits accomplis » sur le terrain, par l’expansion des colonies et des infrastructures exclusivement juives, la classe dirigeante israélienne est confrontée à un problème démographique concernant sa base nationale. La population palestinienne dans toutes les zones qu’elle contrôle dépassera bientôt la population juive – si ce n’est pas déjà fait.

Un Etat ou deux ?

En raison de l’incapacité des partis politiques traditionnels à trouver une solution à deux États et de la mesure dans laquelle l’entreprise de colonisation a brisé la Cisjordanie, il existe des minorités des deux côtés de la fracture nationale qui croient qu’une solution à un seul État est maintenant possible.

Sur une base socialiste – que ce soit à un stade précoce ou à un stade ultérieur – un État unique répondant aux besoins et aux aspirations tant des Palestiniens que des juifs pourrait faire l’objet d’un accord démocratique et ainsi être réalisé. Mais à partir d’aujourd’hui, la méfiance développée à la suite de décennies d’effusion de sang et la crainte des deux côtés de devenir une couche discriminée d’un État unique (comme le sont aujourd’hui les Palestiniens en Israël) signifie qu’une solution à un seul État n’est pas envisagée par la plupart des gens.

Cette opinion est forte parmi les juifs israéliens en conséquence de la vie dans un État dont on leur a dit qu’il protégerait leurs intérêts après les persécutions des juifs en Europe de l’Est et au-delà, puis les horreurs de l’holocauste. Aujourd’hui, les guerres qui font rage dans la Syrie voisine et le soutien des masses à travers le Moyen-Orient pour la cause palestinienne viennent renforcer une « mentalité de citadelle assiégée » pour les juifs israéliens et la défense de l’État d’Israël.

L’Autorité palestinienne

Pour les Palestiniens, l’horreur de la répression et de la victimisation est devenue forte après avoir subi un déni de leurs droits fondamentaux par le régime israélien. Mais les partis politiques au pouvoir au sein de l’Autorité palestinienne ne montrent pas plus de voie à suivre que ceux d’Israël.

Le soutien au président palestinien Mahmood Abbas, le leader du Fatah, s’est effondré à mesure que le niveau de vie de la population s’est détérioré et que sa stratégie consistant à plaider la création d’un État palestinien auprès des puissances impérialistes du monde entier a échoué à maintes reprises.

Ces puissances considèrent que leurs liens commerciaux et géopolitiques avec Israël sont beaucoup plus importants. Et, en tout cas, elles ne peuvent pas simplement passer outre le refus de la classe dirigeante israélienne de concéder la création d’un véritable Etat palestinien à leur porte.

Le parti islamiste de droite Hamas, au pouvoir à Gaza, n’a pas d’autre choix que d’adopter une position plus anti-impérialiste que le Fatah, que les Etats-Unis et l’UE qualifient d’organisation terroriste. Mais il n’a pas non plus de stratégie pour faire avancer la lutte pour la libération des Palestiniens. Le Hamas n’envisagera jamais la seule voie possible pour pleinement la réaliser – c’est-à-dire une lutte démocratiquement organisée reposant sur un programme socialiste – car cela signifierait la suppression de ses positions et de ses privilèges.

Pour s’accrocher à certains de ces « droits » élitistes, et en réponse à la pression de l’Egypte et d’autres régimes arabes, il a essayé de se réconcilier avec le Fatah, acceptant de formellement renoncer à son leadership à Gaza, mais les accords n’ont pas encore abouti.

Un sondage réalisé au début de cette année indique que plus de 50 % de la population de Gaza et de Cisjordanie ne font confiance à aucune des factions politiques ou religieuses actuelles. En Israël, lors des dernières élections générales, seuls 16,7% ont voté pour le parti de Netanyahu, le Likoud. La plus grande partie de l’électorat était représentée par les 27,7 % qui n’ont pas voté du tout.

Les alternatives de la classe ouvrière

De nouvelles organisations des travailleurs indépendantes doivent voir le jour des deux côtés de la fracture nationale, gérées et contrôlées démocratiquement et capables de s’attirer du soutien en agissant dans l’intérêt des gens ordinaires.

La seule voie idéologique pour obtenir ce soutien est l’adoption d’un programme socialiste, car seule une solution socialiste peut mettre fin à l’insécurité, aux guerres, aux inégalités, à la dépossession, à la discrimination et au faible niveau de vie qui sévissent sous le capitalisme au Moyen-Orient.

Nos prédécesseurs marxistes se sont opposés à la création de l’Etat d’Israël en Palestine il y a 70 ans, prévoyant que cela n’apporterait pas la sécurité pour les Juifs et que cela serait source de souffrances pour les Palestiniens.

Cependant, au cours des décennies qui ont suivi, les marxistes ont dû reconnaître qu’une conscience nationale israélienne s’est développée, qu’une grande majorité de la population est maintenant née en Israël et qu’une classe dirigeante existe avec l’une des forces militaires les plus puissantes et lourdement armées à sa disposition sur la planète. Mais nous reconnaissons aussi, ce qui est crucial, qu’il existe une classe ouvrière israélienne forte d’un million de personnes avec le pouvoir potentiel de défier leurs exploiteurs capitalistes et de les renverser.

L’opposition au sionisme, à la droite israélienne et aux capitalistes israéliens n’est en aucun cas une opposition antisémite au peuple juif, ni à la classe ouvrière et à la classe moyenne israéliennes.

Notre organisation sœur en Israël-Palestine, le Mouvement de lutte socialiste – comme nous, membre du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO) – dispose de sections à Jérusalem, Tel Aviv et Haïfa qui soutiennent les luttes des travailleurs israéliens, juifs et arabes, et défendent la nécessité de s’unir dans un nouveau parti des travailleurs.

Ils protestent activement contre l’occupation et le blocus de Gaza, soutiennent le droit au retour des réfugiés, et appellent à l’instauration de deux Etats socialistes garantissant tous les droits des minorités qui les composent.

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