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Italie. Potere al popolo : Le pouvoir au peuple !

Lors des élections générales qui ont eu lieu le 4 mars en Italie, la liste Potere al Popolo (Pouvoir au Peuple) a obtenu 370.000 voix à la Chambre et 310.000 au Sénat, soit l’équivalent de 1.16 % des suffrages exprimés. Ce résultat électoral modeste n’a pas entraîné de vagues de pessimisme parmi les militants, bien au contraire. Les dizaines d’assemblées locales qui ont eu lieu après les élections du 4 mars ont démontré que la détermination des militants de Potere al Popolo à s’engager dans ce projet est plus vivace que jamais. Nous en avons discuté avec Giuliano Brunetti, membre de notre organisation-sœur italienne Resistenze Internazionali et l’un des candidats à la Chambre sur les listes déposées par Potere al Popolo.

Peux-tu nous expliquer comment cette alliance de gauche est née ?

Potere al Popolo est né de l’activisme d’un groupe de militants de la ville de Naples actifs depuis une dizaine d’année. Il y a presque deux ans, ils ont occupé un immense bâtiment, un ancien hôpital psychiatrique du centre-ville. De là est né un centre social (Je so Pazz OPG) qui a lancé plusieurs campagnes (en défense des droits des travailleurs, contre le racisme et la xénophobie…) qui lui ont donné une reconnaissance et une autorité à l’échelle de tout le pays.

Ce groupe de camarades a lancé un appel audacieux pour construire une liste antilibérale et populaire. Cet appel a immédiatement été repris par ce qui reste du PRC (Parti de la Refondation Communiste), du PCI (Parti Communiste Italien) et d’autres forces anticapitalistes.

La dynamique s’est ensuite développée ailleurs dans le pays ?

Oui, grâce à des centaines d’assemblées dans les principales villes. Elles ont vu la participation de milliers d’anciens militants réactivés par la campagne, de jeunes aux prises avec leur première expérience politique, d’activistes politiques, syndicaux et associatifs…

La campagne électorale a été l’occasion de tester dans la pratique la volonté de milliers de militants ‘’orphelins politiques’’ de reconstruire avec patience et détermination la force de notre classe sociale. L’enthousiasme et l’optimisme ont été absolument déterminants dans cette campagne objectivement très difficile, où la gauche a été écrasée par le vote de protestation contre les élites en faveur du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue.

Quelles ont été les propositions et l’activité de Resistenze Internazionali ?

Resistenze Internazionali, la section italienne du Comité pour une Internationale Ouvrière, a dès le début participé à ce projet. Dans la ville de Gênes et dans la région de Ligurie, sa participation a été essentielle pour construire et faire vivre Potere al Popolo. Un candidat de Resistenze Internazionali, candidat à la Chambre des députés, a reçu 11.000 voix en Ligurie (1,36% des voix) et nous avons participé à l’élection d’un ouvrier communiste dans une municipalité où des élections locales se tenaient conjointement au suffrage national.

Nous avons défendu la nécessité de construire une initiative non seulement antilibérale mais aussi clairement anticapitaliste, en expliquant que le néolibéralisme est la forme spécifique que le capitalisme adopte dans un contexte historique et social déterminé. Nous avons également souligné l’importance de disposer de slogans simples, comme la réduction collective du temps de travail à 32 heures par semaine sans perte de salaire et avec embauches compensatoires. Ce fut un atout essentiel dans un pays où l’on travaille jusque 67 ans et où 40% des jeunes sont sans emploi.

Nous défendons une structuration réellement démocratique et inclusive de Potere al Popolo, avec des assemblées territoriales pouvant élire des délégués au niveau national. De ce point de vue, il reste encore beaucoup à faire.

Justement, comment envisager les choses pour la suite ?

Les militants de Potere al Popolo sont sortis de cette campagne avec une détermination inédite. Une assemblée nationale réunie le 18 mars, la première après les élections, donne un bon aperçu de cette atmosphère. Le théâtre où se tenait la réunion ne pouvait contenir que 800 places : plus du double de personnes se sont présentées !

Il nous faut maintenant construire l’organisation sur les lieux de travail, les lieux d’étude et dans les quartiers. Les indications issues du national sont assez générales, chaque territoire construit ses lignes d’interventions. Il est essentiel de développer maintenant d’importantes campagnes nationales. De timides tentatives existent autour des pensions et de la santé publique. Tout n’est pas simple, différentes forces coexistent dans cette alliance avec des approches très différentes au sujet de l’Union européenne, de l’attitude à avoir envers d’autres forces de gauche… Du point de vue organisationnel, il est essentiel de démocratiser Potere al Popolo au moyen de structures élues et révocables.

Le succès de Potere al Popolo dépendra de sa capacité à se transformer d’une structure d’intervention de militants politiques en une force cohérente capable d’organiser des dizaines de milliers de jeunes et de travailleurs combatifs et radicaux.

Pour une analyse générale des élections italiennes, consultez notre article “Séisme politique en Italie”

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