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Afrique du Sud. Le capitalisme ne mettra pas fin à l’inégalité et la violence. Il faut le socialisme !

Le 22 mars, les étudiants d’extrême droite du NSV sont descendus dans les rues de Gand pour protester contre le meurtre de boers (blancs) en Afrique du Sud. Une septantaine de boers ont été tués l’an dernier, sur un total de 18 000 meurtres en Afrique du Sud. Peter Luykx (N-VA) a tenu une conférence à ce sujet au Parlement. Que se passe-t-il réellement en Afrique du Sud ?

Par Tina, actuellement en Afrique du Sud

Inégalité extrême

Pendant la domination coloniale britannique, 87 % des terres d’Afrique du Sud ont été attribuées aux blancs. Après l’indépendance, il y a eu un régime d’apartheid au cours duquel les ‘‘Afrikaners’’ blancs ont pris le pouvoir et ont instauré un régime profondément raciste. La classe capitaliste n’était composée que de blancs et la minorité blanche (représentant 9% de la population) contrôlait 87% des terres. Et ce, jusqu’à la chute de l’apartheid en 1994.

En 1994, la majorité de la population espéraient assister à un changement radical. Mais le Congrès National Africain (ANC) a refusé de rompre avec le capitalisme. Certes, au sein la classe capitaliste et de la classe moyenne, une infime présence noire a émergé, mais l’inégalité s’est maintenue. De plus, selon le coefficient de Gini (qui indique combien de ménages s’écartent du revenu moyen), l’Afrique du Sud est le pays le plus inégalitaire au monde. Aujourd’hui, 27% des Sud-Africains sont sans emploi, et, chez les jeunes, ce chiffre dépasse les 50%. Il y a environ 200.000 sans-abri et 15 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les trois Sud-Africains les plus riches possèdent autant que les 50% les plus pauvres. La liste des 20 Sud-Africains les plus riches comprend très peu de noirs. Le nouveau président, Cyril Ramaphosa, avec une richesse personnelle de 500 millions d’euros, figure au 14e rang.

Les blancs ne détiennent sans doute plus 87 % du pays. Par contre, la plupart des 70% des terres privées restent aux mains des Blancs. Il s’agit des terres les plus fertiles disposant des meilleures machines agricoles et des meilleurs savoir-faire. 30.000 grands propriétaires terriens blancs gèrent chacun en moyenne 1.500 hectares de terres agricoles.

Une épidémie de violence

Dans ce contexte d’inégalité extrême sévit une épidémie d’agressions, de toxicomanie et de criminalité. Avec plus ou moins 18.000 meurtres par an, les victimes de violence sont nombreuses. Le changement espéré n’a pas été concrétisé par l’ANC. Le parti des Combattants de la Liberté Économique (EFF), le parti populiste de l’ancien membre corrompu de l’ANC Julius Malema, s’insère dans le vide politique. L’EFF exige des nationalisations partielles des secteurs minier et bancaire, mais ne défend pas une rupture avec le capitalisme. La privatisation de l’électricité a mené à des conditions de vie pires que sous l’apartheid. La privatisation imminente de l’eau (sous prétexte qu’il s’agirait d’une réponse à la sécheresse du Cap) aggravera cette situation.

La répartition inégale des richesses et des terres conduit à une colère justifiée. La revendication de l’EFF qui appelle à l’expropriation des agriculteurs sans indemnisation est largement soutenue. L’absence d’un programme de changement social radical est par contre occultée derrière une approche nationaliste qui identifie les blancs à la petite classe capitaliste. En décembre 2017, L’ANC a décidé de permettre l’expropriation sans compensation, mais veut d’abord organiser un débat large avant que des mesures concrètes ne soient prises. Il est possible que rien ne change, tout au plus le remplacement de quelques grands propriétaires terriens par d’autres avec une couleur de peau différente.

Nous sommes opposés à la violence – y compris contre les boers – et nous défendons un programme qui combat la profonde inégalité qui génère la violence. La misère de la classe ouvrière majoritairement noire en Afrique du Sud ne prendra fin lorsque l’emprise des capitalistes sur l’économie sera brisée. Cela vaut aussi pour les grands propriétaires terriens, qui sont la petite élite utilisant 95% des terres agricoles sud-africaines pour générer des profits colossaux aux dépens de la masse de la population.

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