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[8 mars] Prises de parole de Marisa et Anja aux actions de Bruxelles

Photo: Mario

A l’occasion des activités liées à la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes de ce 8 mars à Bruxelles, Marisa et Anja ont pris la parole au nom de la campagne ROSA (résistance contre l’Oppression, le Sexisme et l’Austérité). Leurs discours ont également été distribués sous forme de tracts aux manifestants.

Marisa Cabal – Il n’y a pas de capitalisme sans sexisme

Ce 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, des manifestations et grèves prendront place partout dans le monde. C’est une journée de solidarité internationale qui marque la lutte des femmes depuis plus d’une centaine d’années.

En 2018, cette journée sera également marquée par le succès des hashtags #MeToo et #WeToo qui témoignent de l’ampleur et de la gravité du sexisme. Ces dénonciations ne montrent que la pointe de l’iceberg de la réalité quotidienne de la grande majorité des femmes.

Beaucoup de ces témoignages dévoilent le harcèlement sexuel que les femmes subissent au travail. Ces abus sont souvent commis par leurs supérieurs et par des hommes de pouvoir. Il ne s’agit pas seulement d’une révolte contre les abus sexuels, mais aussi d’une dénonciation du sexisme institutionnalisé, présent dans les relations hiérarchiques au travail.

Aujourd’hui, on sort dans la rue pour dire qu’on n’accepte plus aucune type de violence sexuelle ou économique envers les femmes, ou envers tout être humain et qu’on est prêts à aller dans cette bataille. Nos alliés sont tous les gens qui sont prêts à se battre contre le pouvoir des 1% les plus riches sur les 99% de l’humanité.

Le sexisme est présent partout au travail, dans la rue, à la maison et aussi dans nos écoles et campus. L’augmentation du coût de la vie (coût des études, le transport, le logement) combinée aux politiques néolibérales de sous-financement de l’enseignement ont approfondit la précarisation aussi parmi la communauté étudiante. Dans ce contexte, un boulevard s’ouvre pour des entreprises comme Rich Meet Beautiful afin de pousser les étudiantes à se prostituer pour financer leurs études.

La lutte contre le sexisme c’est aussi une lutte pour le libre choix d’étudier, sans devoir se prostituer ou galérer avec un job étudiant. C’est pourquoi, avec ROSA et EGA, on met en avant la revendication d’un salaire étudiant et d’un refinancement de l’enseignement.

La précarisation de l’emploi en général, les coupes dans les services publics, dans les allocations sociales, la limitation des droits sociaux… sont en train de nous faire reculer, surtout les femmes, et spécialement les femmes migrantes, réfugiées et sans-papiers.

Les femmes sont surreprésentées dans les emplois précaires à bas salaires. Dénoncer le harcèlement au boulot n’est pas si facile quand on a peur de perdre son boulot sans alternative. Les bas revenus rendent les femmes plus dépendantes de leur conjoint et plus vulnérables face à la violence domestique.

L’arrêt des violences envers les femmes passe aussi par l’indépendance économique des femmes, par des emplois décents et avec des bons salaires, des pensions décentes pour toutes et tous. Tant que le pouvoir dans la société reste aux mains de ceux qui profitent de la précarité, on va devoir se battre pour le moindre pas en avant. Pour des changements fondamentaux il faut renverser le fondement même : le capitalisme. La place des femmes est dans la lutte, en première ligne contre la précarisation et l’austérité.

Pour celles et ceux qui veulent continuer à s’engager, nous vous invitons à la conférence nationale de ROSA qui aura lieu le samedi 31 mars à Bruxelles.

Anja Deschoemacker: Les luttes pour les droits des femmes sont liées aux luttes des masses

Aujourd’hui la journée internationale des femmes est redevenue une journée de lutte après une longue hibernation. Une journée de lutte contre le sexisme et contre une politique qui rend des couches larges de femmes plus vulnérables. Les femmes de Hollywood peuvent se contenter de quotas qui renforcent leur position individuelle, mais Rosa revendique une solution qui renforce la position de toutes les femmes !

Pour le personnel de Carrefour, où de nouveau le revenu de centaines de familles est sacrifié pour plus de profits pour quelques riches, les quotas ne changent rien. Les quotas n’ont pas de sens pour les enseignants et le personnel du secteur des soins de santé, pour qui la pression au travail est devenu infernale. Les quotas ne changent rien pour les plus de 100.000 femmes qui travaillent avec le système des titres-services.

Margaret Thatcher, Theresa May, Hillary Clinton, Maggie De Block, Zuhal Demir, Liesbeth Homans, Angela Merckel… tant d’exemples où des femmes avec des positions dirigeantes prennent des mesures qui poussent des couches larges de femmes vers la pauvreté.

La vision méprisante sur les femmes en général dans la société c’est une des conséquences du fait qu’on bosse dans les boulots les moins payés, qu’on fait le plus de travail non payé, qu’on souffre le plus souvent de pauvreté et qu’on se retrouve souvent dans une position de dépendance.

C’est pour ça que tant de femmes doivent vendre leur corps dans l’industrie du porno et de la prostitution, que tant de femmes doivent prêter leur corps au secteur de la publicité. Tous ces secteurs font des profits qui se chiffrent en milliards. Cette commercialisation de nos corps à une échelle jamais vue dans l’histoire créée une atmosphère dans lequel le sexisme et l’objectivation sont omniprésents.

Catherine Deneuve et Anne Morelli disent que les plaintes contre les harcèlements sexistes mettent en danger la liberté sexuelle, un héritage de Mai 68. Or, le droit de s’opposer au harcèlement fait partie de la liberté sexuelle. Sans cela la liberté sexuelle est vide de sens. Rosa va commémorer Mai 68 d’une manière digne : en reprenant en main la lutte qui s’est arrêtée à mi-chemin et la conclure. La vraie liberté sexuelle ne sait pas exister sans mettre fin à la pauvreté des couches larges au profit des 1% les plus riches.

Promettons-nous de continuer la lutte contre le sexisme et contre l’austérité, d’impliquer encore plus de gens, de répondre à la vulnérabilité de tant de femmes en construisant la solidarité et d’activement chercher des alliées.

Nous devons nous revoir rapidement, dans la lutte contre le sexisme évidemment, mais aussi dans les manifestations des sans-papiers et les manifestations contre Francken et le racisme institutionnel de notre gouvernement. Aux tentatives du gouvernement d’offrir le racisme comme réponse au sexisme, nous devons répondre en étant massivement et visiblement présents dans la lutte contre le racisme et pour une politique d’asile humaine. L’inspiration pour le nom de Rosa n’était pas seulement Rosa Luxemburg, mais aussi Rosa Parks.

Soutenons la lutte des LGBTQI+ pour la fin des discriminations et de la répression ici et ailleurs et assurons une grande présence du mouvement femme à la Pride. Tant qu’un groupe dans la société restera opprimé, les femmes seront opprimées.

L’histoire nous montre que les femmes font les plus grandes avancées si on lie notre sort à celui du mouvement ouvrier. Tous les droits qui ont renforcé l’émancipation des femmes ont été obtenus dans des périodes d’avancées générales pour les travailleurs : le droit de vote, la réglementation du travail, la sécurité sociale, le droit à l’avortement et au divorce… C’était des époques où tout le système était mis sous pression par la lutte d’un groupe opprimé et exploité, le plus nombreux et potentiellement le plus fort dans la société : le mouvement ouvrier. Rosa Luxembourg disait que ceux qui sont féministes, mais pas de gauche, souffrent d’un manque de stratégie.

C’est pour cela que la campagne ROSA veut appeler tout le monde à être présents à l’action de la CGSP-ALR pour refaire du premier mai un jour de lutte, avec des revendications offensives : pour des meilleurs contrats et salaires pour tout le monde, une diminution collective du temps de travail sans perte de salaire et avec embauches compensatoires qui aiderait énormément les femmes à combiner travail et famille. Mais aussi une pension minimum de 1500 euros par mois, la régularisation des sans-papiers, et pour la lutte contre le sexisme. Rendez-vous le premier mai, à 13h, à la Place Poulaert à Bruxelles. J’espère vous revoir toutes et tous là-bas !

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