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Black Panther : Quand la lutte transforme la réalité et la fiction

Le succès du dernier film de la série Marvel/Disney est entre autre dû au fait qu’il s’agit de ‘Black Panther’, un super héros noir entouré de super héroïnes noires. Après les années Obama qui ont vu l’émergence du mouvement Black Lives Matter contre les brutalités policières racistes et l’ère Trump où l’alt-right tente de faire faire marche arrière au temps, ce film n’a pas manqué de soulever des questions très politiques.

Par Alain (Namur)

Bien plus qu’un film

Le héros Black Panther est apparu en 1966, une période où les mouvements de lutte pour les droits civiques contre la ségrégation raciale ou contre la guerre au Vietnam battaient leur plein. Lors de la création du mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine Black Panther Party for Self-defense (BPP), certains ont spéculé sur un lien entre le nom du BPP et le super héros. Ce qui est sûr, c’est que lorsque le BPP a commencé à étendre son influence et à radicaliser une partie de la communauté, le héros Black Panther est devenu Black Leopard. Ses créateurs ne voulaient pas entretenir d’amalgames avec le BPP et éviter tout ennui avec la répression politique du FBI.

On trouve une résonance politique dans beaucoup de productions Marvel. La culture en générale reflète ce qui se vit dans la société. Black Panther est un blockbuster américain conçu pour générer des bénéfices. Mais c’est aussi un objet culturel qui témoigne des luttes en cours et des questions politiques que celles-ci soulèvent.

Le royaume du Wakanda, une allégorie des grands royaumes africains d’antan

L’histoire repose sur le royaume imaginaire du Wakanda, au centre de l’Afrique, qui possède un avantage technologique sur le reste du monde : un métal, le vibranium. Le Wakanda est technologiquement le royaume le plus avancé de son temps. Cet élément est à mettre en parallèle avec toute la discussion qu’il y avait à l’époque, notamment autour de ‘‘Nations Nègres et culture’’ de C.A. Diop. Les milieux militants redécouvraient alors l’histoire de l’Afrique et de ses civilisations qui furent parfois des précurseurs de ce qu’est devenu l’Occident. Dans ‘‘L’histoire populaire des sciences’’, l’auteur C.D. Conner met en avant le fait qu’une partie de ce qu’on a appelé le ‘‘miracle grec’’ repose sur un emprunt aux sciences phéniciennes, égyptiennes et babyloniennes.

Le Noir, c’est beau

L’assassinat de Malcolm X, en février 1965, la marche de Selma les 7-9 et 17 mars 1965, les émeutes de Watts du 11 au 17 août 1965, l’émergence du BPP en 1966 et l’assassinat de Martin Luther King en 1968, le mouvement contre la guerre du Vietnam, les luttes étudiantes, la révolution coloniale et, de manière générale, la vague révolutionnaire qui embrasait le monde ont constitué ce contexte particulier qui a forcé la classe dominante à faire des concessions pour l’amélioration de nos conditions de vie et de salaire mais aussi pour accroitre la représentation des personnes discriminées. C’était l’époque de l’émergence du ‘‘black and proud’’, du ‘‘black is beautiful’’.

Dans le film, cette notion est particulièrement bien développée. La présence des noirs ne se limite pas aux seconds rôles, des hommes noirs y sont mis en valeur pour autre chose que leur force physique, des femmes noires y sont mises en valeur pour autre chose que leur apparence physique. Le meilleur exemple est celui des Dora Milaje, la garde prétorienne du roi. Originellement, ces femmes étaient les épouses rituelles du roi. Dans la version de 2018, cet aspect n’a pas été retenu pour leur donner une personnalité de dures à cuire, une approche traditionnellement réservée aux hommes. Ce développement résulte des luttes du mouvement des femmes aux USA et ailleurs avec les Million Women March de l’an dernier, mais aussi les mobilisations contre le harcèlement, les violences sexistes, le droit à l’avortement, la précarité,… Ces luttes transforment la réalité et la manière dont les femmes et leur rôle dans la société sont perçus.

Un film à multiples entrées

Un américain verra dans le questionnement du roi T’challa, qui veut protéger le mode de vie wakandais, une hésitation entre le néo-isolationnisme à la Trump ou l’impérialisme de Killmonger qui veut utiliser toute la technologie et les richesses du pays pour dominer le monde. Entre ces deux attitudes, il y a une troisième voie, celle de Nakia, qui veut, dans une espèce de capitalisme philanthrope, utiliser les richesses du Wakanda pour aider le monde. Un Africain pourra voir dans le film la contradiction entre les richesses de son sous-sol et la pauvreté de sa situation, là où un européen pourra y lire la question de l’accueil des réfugiés qui polarise le débat.

Le lien entre toutes ces questions c’est aussi l’incapacité du capitalisme à faire face aux problèmes de la grande majorité. Cet élément est malheureusement le grand absent du film.

Les limites de notre imagination

Dans le webmagazine Black Agenda Report, un commentateur faisait la réflexion suivante : ‘‘Les bandes dessinées et la science-fiction que nous apportent les médias capitalistes ne parviennent pas à imaginer ce que pourrait être un monde meilleur, ou même la lutte pour y parvenir’’.

C’est parce que la lutte a été menée avec acharnement par les masses que des films comme Black Panther sortent, mais ce film ne va pas régler les problèmes des afro-américains qui se sont approfondis pendant l’ère Obama. L’Afrique est la deuxième zone la plus inégalitaire d’après le rapport mondiale sur les inégalités. Un rapport de l’Institut Roi Baudouin de novembre dernier démontre que les Belges issus de l’immigration d’Afrique Centrale sont fortement discriminés au niveau de l’emploi, malgré leurs qualifications.

Il est nécessaire de tirer des leçons de la période de lutte pour les droits civiques afin de reconstruire un mouvement qui permettra à l’ensemble du mouvement ouvrier de mettre fin à l’exploitation capitaliste et aux discriminations. Fred Hampton du BPP déclarait : ‘‘Vous ne combattez pas le feu avec le feu. Vous combattez le feu avec de l’eau. Nous allons combattre le racisme avec la solidarité. Nous ne combattrons pas le capitalisme avec le capitalisme noir. Nous allons combattre le capitalisme avec le socialisme. Le socialisme est le peuple. Si vous avez peur du socialisme, vous avez peur de vous-même.’’

Après vous être détendu en visionnant le film, n’hésitez pas à vous abonner à lutte socialiste et à nous rejoindre pour discuter du modèle de socialisme démocratique que le PSL veut participer à construire !

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