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Scandale Oxfam: Pour une aide humanitaire démocratique et la solidarité des travailleurs

Haiti 2010, photo RIBI Image Library/CC

En janvier 2010, lorsque le tremblement de terre a frappé Haïti, nous avons écrit: « Une fois de plus, la population pauvre d’Haïti a été très durement touchée par une catastrophe. »  (Accéder à cet article) Des centaines de milliers de personnes avaient perdu la vie tandis que des millions d’autres se sont retrouvées sans abri, blessées, privées de médicaments et affamées.

Par Sarah Sachs-Eldridge, organisatrice nationale du Socialist Party (section du Comité pour une Internationale Ouvrière en Angleterre et au Pays de Galles)

Le pays ne comptait que deux casernes de pompiers et aucun logement « antisismique ». Avant même le désastre du tremblement de terre, 80 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté et les trois quarts des gens étaient sans emploi. Les Haïtiens étaient donc extrêmement vulnérables. Notre titre proclamait : « Une catastrophe qui porte la marque du capitalisme ».

Nous constatons maintenant que la souffrance des Haïtiens a encore été aggravée. Les révélations selon lesquelles des cadres supérieurs d’Oxfam ont eu recourt à la prostitution en Haïti montrent que ces personnes vulnérables ont également été victimes d’une exploitation flagrante de la part de ceux qui prétendaient être là pour les aider. Le journal britannique The Guardian affirme que certaines personnes impliquées auraient été mineures d’âge.

Ce n’est malheureusement pas neuf. En 2015, un document du Bureau des services de contrôle interne de l’ONU a déclaré que des centaines de femmes en Haïti ont été forcées à se prostituer en raison de la faim et de la pauvreté. Certains articles signalaient la crainte que des pédophiles et d’autres agresseurs sexuels ne ciblent activement les emplois du secteur de l’aide humanitaire. Les organismes de bienfaisance britanniques ont enregistré au moins 120 cas d’abus et de harcèlement sexuels impliquant leur personnel entre 2016 et 2017.

Une grande partie de la discussion a porté sur la dissimulation du scandale. Il semble qu’un cadre supérieur ait été accusé d’avoir payé pour des rapports sexuels en Afrique et qu’il ait été envoyé en Haïti par la suite. Oxfam n’a pas signalé les cas à la police et n’a pas entièrement divulgué ce qui avait été découvert en son sein. A l’époque, certains hommes impliqués ont pu démissionner discrètement. Oxfam nie l’existence d’une opération de dissimulation, mais c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit. Et cela a permis de passer sous silence la maltraitance de femmes et de jeunes filles.

Penny Lawrence a démissionné de son poste de directrice générale adjointe d’Oxfam. Mais comment ceux qui ont souffert aux mains du personnel d’Oxfam peuvent-ils obtenir justice ? Il devrait déjà y avoir une amnistie pour les femmes en Haïti et au Tchad afin qu’elles puissent témoigner contre les accusés sans se voir menacées de charges criminelles.

Le sexisme et l’oppression des femmes sont inhérents au capitalisme et à la société de classe en général. Elles se manifestent partout où les rapports de force sont inégaux. Celles qui se sont manifestées dans le cadre de #MeToo ont montré à quel point le sexisme et les abus sexuels touchent des situations où les hommes ont le pouvoir de licencier, d’employer et de promouvoir des femmes.

Dans quelle mesure est-ce encore le cas lorsqu’ils ont le pouvoir de fournir de la nourriture, des médicaments et un abri dans une zone sinistrée ? Mettre fin à des abus comme ceux qui ont eu lieu en Haïti signifie de mettre fin à l’inégalité entre ceux qui administrent l’aide et ceux qui en bénéficient.

Les généreux donateurs aux organismes de bienfaisance, en grande majorité la classe ouvrière et les couches les plus pauvres de la société, ne veulent pas voir cet argent et le pouvoir qui en découle entre les mains de telles personnes, ni que les sommes soient dépensées pour des campagnes de publicité onéreuses, les salaires des cadres et les frais d’administration.

Le Socialist Party défend le contrôle démocratique de toute l’aide humanitaire – de l’aide d’urgence et les secours à la réhabilitation des victimes, jusqu’aux programmes de reconstruction. Ce contrôle démocratique devrait être exercé par l’intermédiaire de comités élus de travailleurs, d’ouvriers agricoles et de pauvres, dans tous les domaines.

C’est ce modèle que la section du Comité pour une Internationale Ouvrière au Sri Lanka (l’United Socialist Party) a défendu après le tsunami de 2004. Cette approche doit être liée à la lutte pour développer des syndicats et une voix politique indépendante pour la classe ouvrière et les pauvres, en faveur de la défense de politiques de type socialistes.

Les conservateurs ont sauté sur l’occasion de ces révélations. Jacob Rees-Mogg (membre du parti conservateur, avocat des coupes budgétaires, adversaire du mariage égalitaire entre personnes de même sexe, climatosceptique, opposé à l’avortement, etc.) a lancé une pétition – « l’œuvre de charité commence à la maison » – pour exiger que le gouvernement sabre dans son projet de loi sur l’aide humanitaire. Il voudrait saper la solidarité que les gens ressentent pour ceux qui souffrent dans d’autres parties du monde. Il s’agit d’une autre version de la politique de « diviser pour mieux régner ».

La politique étrangère n’est qu’un reflet de la politique intérieure. La politique du gouvernement May repose sur l’austérité, ici et ailleurs. Parallèlement aux coupes budgétaires, le gouvernement vote en faveur de réductions d’impôt pour les sociétés, qui pratiquent la fraude fiscale et l’évitement d’impôts, en affamant les services publics. Sans encore parler de la dette des pays du monde néo-colonial, dont le remboursement dépasser de loin le montant initial.

Les conservateurs et la presse pro-capitaliste étaient particulièrement prêts à attaquer Oxfam parce que cette ONG a régulièrement attiré l’attention sur les inégalités flagrantes qui existent dans cette société. Oxfam a par exemple souligné que huit personnes au monde possèdent plus de richesses que la moitié la plus pauvre de la population et qu’en Grande-Bretagne, cinq familles à peine possèdent plus de richesses que les 12 millions de personnes les plus pauvres.

Le Socialist Party et ses organisations-soeurs à travers le monde ne se contentent pas de dénoncer la pourriture du système capitaliste. Nous défendons la solidarité de la classe ouvrière et soutenons les populations des régions dévastées par la guerre afin qu’elles planifient et organisent démocratiquement la reconstruction de leur vie – en toute liberté.

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