Croissance économique? Exigeons notre part!

La faim touche la Belgique

‘‘La Belgique pauvre a faim’’ titrait le quotidien flamand De Standaard le 19 janvier. Jamais les Banques Alimentaires n’ont eu à nourrir autant de personnes démunies qu’en 2017. Pas moins de 16.488 tonnes de nourriture ont ainsi été délivrées à 157.151 personnes !

En Belgique, un habitant sur sept est exposé au risque de pauvreté. Le nombre de bénéficiaires du revenu d’intégration des CPAS a augmenté de 9,3% en 2016 (baromètre interfédéral de la pauvreté). Les Banques Alimentaires expliquent que le nombre de personnes qu’elles sont susceptibles d’aider a augmenté de 30% en 5 ans et de 45% en 10 ans.

Un cinquième de la population belge a du mal à boucler les fins de mois et un quart seulement a les moyens de partir en vacances une semaine pendant l’année (Statbel).

Dans le camp d’en face, les dirigeants des entreprises du Bel-20 ont vu leurs revenus augmenter de 26% en 2017. La fortune des ultra-riches augmente partout.

Bientôt tous pauvres ?

Depuis dix ans maintenant, les multiples mesures antisociales ont été justifiées par la crise. Et malgré une forte productivité, nos salaires restent en berne, pour ‘‘préserver la position concurrentielle’’ des entreprises.

Laisser faire ce gouvernement revient à sombrer tous dans la pauvreté. Le salaire moyen est aujourd’hui inférieur à celui de 2013 (selon les chiffres de l’OCDE). La fédération syndicale britannique TUC s’attend à une croissance des salaires réels de 0,1% en Belgique en 2018, derrière les Pays-Bas (+1,1%), l’Allemagne (+0,9%) et la France (+0,8%).

Un pensionné sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et le gouvernement entend ‘‘réformer’’ le système des pensions (comprenez : le détruire). C’est grâce aux combats du passé, notamment pour la sécurité sociale, que la pauvreté n’est pas plus répandue aujourd’hui. Et c’est grâce à la lutte que nous stopperons la casse de nos conquêtes sociales.

Nous connaissons aujourd’hui une certaine reprise économique. Aux Pays-Bas, cela a redonné confiance aux travailleurs et la colère secoue les directions syndicales restées trop passives. En Allemagne, le puissant syndical IG-Metall vient de lancer une campagne d’actions et de grève pour la réduction du temps de travail.

Misère, misère, misère

Au Parlement, Charles Michel a tenté de faire oublier les frasques de Theo Francken en défendant la fait que l’activité du gouvernement avait permis de créer 176.000 emplois. Le calcul est fantaisiste et les emplois créés sont largement précaires et sous-payés.

Pour Elio Di Rupo, le slogan ‘‘jobs, jobs, jobs’’ du gouvernement est en réalité ‘‘misère, misère, misère’’. Charles Michel a rétorqué – peut-être un peu trop vite – que ‘‘sous le gouvernement Di Rupo, ce sont 25.000 emplois privés qui ont disparu, misère, misère, misère, c’était vos choix’’. Au fait, le MR n’était-il pas membre du ‘‘gouvernement papillon’’ ?

La politique profondément antisociale de Michel donne envie de vomir. Mais il ne faut pas oublier la ‘‘rigueur’’ de Di Rupo & Co. L’indéboulonnable président du PS a beau répété que ‘‘son cœur saigne’’ quand il pense à la limitation dans le temps des allocations de chômage d’insertion, cela ne change rien pour toutes les personnes qui se sont vues exclues et plongées dans une misère encore plus noire. Les Banques Alimentaires affirment qu’elles aident de plus en plus de jeunes exclus de leur droit aux allocations.

Avec une telle opposition dont le projet n’est en définitive qu’une version allégée de la même politique et qui patauge dans les scandales à répétition, la reconduction du gouvernement Michel n’est pas exclue. Les sondages favorables au PTB sont une bonne nouvelle, non seulement en Wallonie et à Bruxelles mais aussi maintenant en Flandre, comme l’a révélé un sondage de la Gazet van Antwerpen fin janvier.

Il nous faut une gauche conséquente et combative. Le potentiel à saisir pour de futures actions syndicales reste entier, malgré les hésitations au sommet. Tout cela peut lancer une nouvelle dynamique qui remettrait à l’agenda la lutte et la solidarité pour le socialisme.

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