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Combien de temps encore pour stopper le réchauffement climatique?

Une récente recherche publiée dans le magazine « Nature GeoScience », principalement l’oeuvre de chercheurs du Royaume-Uni,  en rapport avec l’éventualité de stabiliser le réchauffement climatique à 1,5°C au dessus du niveau pré-industriel a été saisie par les climatosceptiques pour minimaliser la hausse globale des températures.

Article de Pete Dickenson publié initialement dans le magasine Socialism Today

Pour ces derniers, les modèles qu’utilise le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC), un bureau de recherche des Nation Unies, ont exagéré le problème. Dans le Daily Mail nous pouvions lire « Selon ces modèles, la température mondiale devrait être supérieure de 1,3°C à celle du 19ème siècle. Mais le rapport britannique mentionne une hausse comprise entre 0,9°C et 1,0°C. » Si cela s’avérait vrai, il s’agirait d’une diminution de 30% environ. Le Daily Mail a publié par la suite une lettre du député travailliste Graham Stringer dans laquelle il affirme que l’adoption de mesures contre le réchauffement climatique ne nécessitait pas d’empressement.

Des académiciens du changement climatique tels que l’économiste Nicolas Stern approuvent ce rapport puisqu’il ouvre la possibilité de respecter l’objectif de ne pas dépasser 1,5°C, ce qui semblait précédemment hors de portée. Jusqu’à récemment, limiter le réchauffement climatique à 2°C était considéré suffisant pour éviter un changement climatique catastrophique. Le nombre croissant de preuves liées à la relation entre les événements climatiques extrêmes et le changement climatique lié à la hausse actuelle de 1°C démontre que tout cela doit être réexaminé et le GIEC travaille en ce moment sur un rapport consacré à ce sujet.

Après la controverse autour de la publication de « Nature GeoScience », le site web « Carbon Brief » a publié une analyse détaillée des données utilisées, avec participation des auteurs eux-mêmes, qui a démontré que le Daily Mail avait mal interprété les conclusions de l’étude, qui n’avait pas pour but de remettre en cause les modèles  actuels. L’étude comparait les données actuelles sur le réchauffement (en 2015) avec un modèle de prévision pour l’année 2020. Cette comparaison a été faite pour les besoins spécifiques de la recherche, mais ici on compare des pommes avec des poires, car les températures entre ces deux dates vont aussi augmenter. Quand ils ont fait les corrections, la marge d’erreur entre les prédictions et les températures a été réduite de moitié jusqu’à 0,17°C en 2015.

Un autre facteur est le fait que les modèles de prédiction dépendent énormément des données utilisées. La différence de l’ensemble des données disponibles donne une grande différence dans les résultats. Les données que les chercheurs britanniques utilisent (celles du « Met Office ») retournent dans le passé jusqu’à 1860. Mais la précision des données les plus anciennes n’est pas comparable à celle des plus récentes. De larges parts de l’Arctique sont également absentes des données du « Met Office ». En adoptant les données de la NASA, qui remontent à l’année 1880, alors la température en 2015 était plus élevée de 0,06°C par rapport aux prédictions. Des résultats similaires peuvent être obtenus avec d’autres données.

Des erreurs ont déjà été faites dans les modèles de prédictions, pour comme cela fut le cas en surestimant les températures attendues dues aux effets des volcans El Chichon en 1982 et Pinatuba en 1991. Les cendres que ces éruptions volcaniques ont entraînés peuvent provoquer une baisse globale des températures. Ce sont cependant des coïncidences qui ne peuvent pas être traitées statistiquement.

Les analyses de carbon brief utilisent 5 catégories de données sur la température globale entre 1880 et 2016 épousent pratiquement les modèles du GIEC. Les données de Berkeley Earth montrent que le réchauffement intervient 11% plus rapidement que la moyenne prévue, le « Met Office », lui, annonce que le réchauffement avance 6% moins vite. La réelle amplitude du réchauffement se trouve quelque part entre les deux. Les observations réalisées depuis 1970 nous montrent que les modèles prédisent une plus grande hausse des températures que prévu, mais la différence de températures s’élève à seulement de 0,01 à 0,02°C. Le réchauffement de la température de l’air a augmenté moins vite de 1999 à 2014 en raison d’effets cycliques naturels. Cela a assuré que les courants de l’Océan Atlantique s’accéléraient et qu’ils ont accumulé plus de chaleur dans les océans à la place de la laisser dans l’atmosphère. Cela est maintenant arrivé à sa fin.

Il n’y a donc aucune raison d’estimer que la problématique du climat a été exagérée à cause d’une mauvaise utilisation des données. Même si l’on met de coté les modèles de prévision, il n’y pas de doute possible que 2014, 2015 et 2016 ont été les années les plus chaudes jamais enregistrées. Les températures ont augmenté d’1°C pour la première fois au dessus des températures préindustrielles. Les preuves de cela arrivent sur nous de plus en plus vite. Les événement météorologiques extrêmes de sécheresses, d’inondations, de tsunami, etc. sont clairement liés à cette hausse.

Cela signifie qu’il est urgent et nécessaire de contrer le problème climatique et de trouver des solutions. Il nous faut parvenir à limiter l’augmentation des températures à 1,5°C. L’un des auteurs de la recherche de Nature GeoScience, le professeur Piers Foster, a ainsi déclaré :  « Notre étude confirme l’urgence d’agir pour limiter la hausse des températures à 1,5°C. »

Un autre co-auteur, le professeur Michael Grubb, estime qu’il est encore possible de limiter la progression à 1,5°C en réagissant dès maintenant. Mais il a aussi déclaré que cela était incompatible avec la démocratie actuelle car l’élimination requise des émissions de CO2 doit avoir été effectuée d’ici 7 ans. Il souligne que pareille diminution ne s’est opérée que trois fois dans l’histoire récente : durant la dépression des années 30, durant la Seconde Guerre Mondiale et après la chute de l’Union Soviétique. Son pessimisme est compréhensible lorsqu’on regarde les « mesures » prisent par les grand joueurs capitalistes durant les trente dernières années.

L’idée la plus optimiste part du principe qu’il faudra 20 ans avant d’atteindre la hausse de 1,5°C. Cet espace fait suite aux conclusion de ce rapport, ainsi qu’au plateau inattendu des émissions en Chine et à la chute des prix des énergies solaires et éoliennes. Si nous supposons avoir 20 ans de marge de manœuvre, ce qui serait le bienvenu, il n’y a encore que trop peu de chances que les grands pays capitalistes adoptent des mesures décisives. Cela vient surtout du mécanisme actuel, négocié par les Nations-Unies durant le sommet climatique de 2015 à Paris, qui était déjà obsolète avant même que Donald Trump décide de ne pas y faire participer les États Unis.

Malheureusement, cette marge de manoeuvre optimiste suscite de grands doutes. Mais l’idée qu’il faut entreprendre une action directe reste totalement valide. La perspective la plus réaliste est que le temps dont nous disposons pour limiter la hausse à 1,5°C est plus faible que ces 2à années. Il n’y a aucune chance que cela survienne avec l’approche des grandes dirigeants capitalistes actuels. Seul un rapidement renversement de cette économie capitaliste prédatrice pour la remplacer par une économie planifiée socialiste démocratique peut poser les bases pour sauver notre planète des scénarios catastrophes qui concernent le réchauffement climatique.

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