“La pauvreté n’est pas un choix individuel, elle résulte d’une politique antisociale”

Photo: Jean-Marie Versyp

L’avalanche d’années d’austérité a amené avec elle nombre de problèmes sociaux et la période hivernale met particulièrement en lumière la croissance du sans-abrisme. Pour les médias, c’est une occasion à saisir. En Flandre, la chaîne de télévision ‘Vier’ a même été jusqu’à en faire une émission de téléréalité ! Dans le ‘project Axel’, cinq sans-abris anversois reçoivent chacun 10.000 euros pour sortir de leurs problèmes. Emotions et tragédies garanties ! Dans le monde réel, où en sommes-nous dans la lutte contre la pauvreté ? Nous en avons parlé avec un travailleur du secteur.

“Le grand problème du ‘project Axel’ est qu’il individualise le sans-abrisme: cinq ‘‘chanceux’’ reçoivent 10.000 euros chacun à la suite de quoi on regarde le nombre de portes qu’ouvrent l’argent et une équipe de tournage. Ce n’est pas une expérience sociale, c’est une forme de ‘‘spectacle’’ où la vie privée de cinq personnes est tout simplement achetée. Il est remarquable que l’échevin anversois Fons Duchateau (N-VA) applaudisse ce programme alors que sa politique communale vise à réprimer et dissimuler le sans-abrisme. La ‘reforme’ du travail social à l’oeuvre à Anvers lui confère de plus en plus un caractère inquiétant de contrôle tandis que les sans-abris subissent des sanctions directes, comme les Sanctions Administratives Communales.

“Une idée intéressante de cette émission est évidement qu’elle montre qu’il est possible de sortir les personnes sans-abri de leurs problèmes avec des moyens financiers et un accompagnement intensif. C’est aussi le principe de ‘Housing First’, un programme qui vise à offrir un logement avec un accompagnement inconditionnel. A Anvers, cela a été appliqué à une petite échelle, mais les autorités ont mis fin au programme l’année dernière.

“L’émission ‘project Axel’ n’offre pas une vue réaliste du sans-abrisme, les causes de la pauvreté et du sans-abrisme sont masquées. Le manque de logements sociaux, la pénurie de logements abordables sur le marché privé et les lourdes factures de l’énergie, par exemple, augmentent les difficultés. La politique antisociale de ce gouvernement y contribue activement également. En 2016, il y avait en Flandre 80 à 250 expulsions de logements par semaine ! Ce problème a fortement augmenté depuis l’éclatement de la crise.

“Il nous faut plus de logements sociaux de toute urgence, mais les autorités n’en veulent pas. A Anvers, il a été explicitement décidé de ne plus investir dans les logements sociaux. Pourtant, 33.000 personnes y figurent sur la liste d’attente pour à peine 20.000 unités de logements sociaux au total ! Même le doublement du parc de logements sociaux serait insuffisant pour répondre aux besoins réels. De plus, avec l’augmentation du montant de la garantie locative en Flandre de deux à trois mois, la N-VA et le reste du gouvernement flamand ont rendu plus difficile d’être en mesure de louer un logement. Parallèlement, il devient constamment plus difficile de recevoir une garantie locative de la part du CPAS.

“La meilleure riposte contre la pauvreté, c’est un bon salaire. Mais au lieu de combattre le chômage, les autorités chassent les chômeurs. La limitation dans le temps des allocations d’insertion, mise en place par le gouvernement Di Rupo, contribue à la forte augmentation du nombre de bénéficiaires du CPAS. Au cours de la première moitié de l’année 2017, on comptait 8,4% de bénéficiaires du CPAS en plus en Flandre en comparaison de l’année 2016. Pour la N-VA, en dépit de la réalité des chiffres, c’est à cause de ‘‘l’énorme afflux de réfugiés’’ ! La N-VA fait tout pour diviser les plus précarisés.

“La politique dominante conduira à des problèmes sociaux encore plus dramatiques. Un quart des bénéficiaires du CPAS a moins de 25 ans aujourd’hui. A Anvers, un enfant sur quatre grandit dans une famille sous le seuil de pauvreté. La lutte contre la pauvreté des autorités est un échec : au lieu de s’attaquer à la pauvreté, on combat les pauvres. La pauvreté n’est pas un choix individuel, cela exige donc des mesures collectives et structurelles : des emplois, des logements, des moyens pour l’accompagnement, des services publics,… C’est complètement à l’opposé de la politique menée aujourd’hui.’’

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