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Hong Kong : Seule la lutte de masse peut vaincre la répression

Pas une semaine ne passe sans que la dictature chinoise n’intensifie sa pression sur Hong Kong

Pékin entend accroître son contrôle politique et réprimer la culture de manifestations de masse en faveur de la démocratie à Hong Kong. Plus récemment, il a encore forcé le ton en appelant à l’application de l’article 23, une loi de sécurité nationale qui permettrait de criminaliser l’opposition au régime du Parti communiste (PCC).

Article issu du site de la campagne « Stop repression in Hong Kong and China »Signez la pétition !

L’indépendance

Ce 12 octobre, des actions de protestations ont eu lieu dans 23 villes à travers le monde afin de dénoncer la répression politique croissante à l’oeuvre à Hong Kong. Cette campagne est l’oeuvre de Global Solidarity – Stop Repression in Hong Kong & China, dans laquelle des membres du Comité pour une Internationale Ouvrière (CIO, dont le PSL est la section belge) jouent un rôle clé. A Bruxelles, une délégation de membres du PSL s’est rendue au Hong Kong Economic and Trade Office (qui est directement géré par le Gouvernement de la Région administrative spéciale de Hong Kong de la République populaire de Chine).

Le sentiment croissant pour l’indépendance parmi la jeunesse de Hong Kong a ébranlé le régime. La répression crée inévitablement un contrecoup, mais la dictature n’apprend pas et croit que la force et l’intimidation sont des solutions pour ses problèmes.

Le soutien pour l’indépendance de Hong Kong n’a gagné un soutien massif qu’au cours de ces trois dernières années, en conséquence directe de la poigne qu’exerce Pékin, de l’énorme frustration qui a suivi l’échec des manifestations de 2014 (la « révolution des parapluies », en raison des parapluies utilisés pour se protéger des gaz lacrymogènes, un mouvement de masse qui a duré plusieurs semaine à l’automne 2014) et de l’autoritarisme de l’ancien chef de l’exécutif de Hong Kong Leung Chun-ying. Ce n’est pas pour rien que Leung est devenu connu sous le sobriquet de «père de l’indépendance de Hong Kong».

On dit que la définition de la folie est de faire la même chose encore et encore en attendant un résultat différent. La réponse de la dictature est de réprimer encore plus fortement. Ses hommes de main à Hong Kong, comme Leung et son successeur Carrie Lam, ont éjecté les élus indépendantistes du Legco (le Conseil législatif de Hong Kong) et ont persécuté de nombreux militants, certains ayant été contraints à l’exil. Une attaque plus large a ensuite été lancée contre le mouvement démocratique.

Les localistes (favorables à l’autonomie de Hong Kong) n’ayant aucune idée de la manière de mobiliser et d’organiser une lutte politique sérieuse et étant handicapés par une idéologie de droite raciste, ils se sont révélés constituer une cible très facile à réprimer pour Pékin. L’effondrement organisationnel du localisme n’a toutefois pas été synonyme de fin des idées indépendantistes. Au contraire, le sentiment anti-Chine se renforce, tout particulièrement parmi la jeunesse. Qui cela surprendra-t-il ?

La loi sur le respect de l’hymne national

La riposte du gouvernement a été d’accroitre la répression et d’accentuer les menaces. Le 1er octobre, le pseudo-parlement chinois, l’Assemblée nationale populaire, a adopté une nouvelle loi sur l’hymne national imposant des peines sévères pour tout ‘‘acte d’outrage’’ pouvant aller jusqu’à trois ans de prison. La loi sera copiée dans les statuts de Hong Kong dès que l’ANP pourra modifier sa Loi fondamentale (qui sert de constitution à Hong Kong).

L’establishment de droite pro-Pékin – des politiciens qui ont ouvertement appelé à ce que les défenseurs de l’indépendance soient «tués comme des cochons et des chiens» – veut que la loi soit appliquée rétroactivement. Cela frapperait de vieilles «infractions», puisque la plupart des cas de supporters de football hongkongais huant l’hymne chinois lors de matches ont été filmés. Cela permettrait à la police et aux procureurs d’engager des poursuites en vertu de la nouvelle loi. Davantage de policiers et d’agents de police infiltrés sont envoyés aux matches de l’équipe de Hong Kong pour y enregistrer les actes « criminels ».

Il s’agit d’un gaspillage monstrueux de l’argent public et de ressources policières. Au même moment, le crime réel du vol de milliards et de la manipulation de contrats des autorités dans le but d’enrichir une élite corrompue aux frais du public reste impuni.

Un terrain d’essai

Le contrôle de Xi Jinping sur le régime chinois étant maintenant apparemment cimenté, Pékin a l’humeur triomphante jusqu’à l’excès. L’économie, nous dit-on, s’est «stabilisée» et l’influence politique mondiale de la Chine s’étend. Hong Kong est donc devenu un terrain d’essai pour le régime de Xi, qui représente l’élite milliardaire chinoise, pour démontrer l’étendue de son pouvoir.

L’actuel série de mesures antidémocratiques vise à briser le mouvement démocratique à Hong Kong en attaquant ses sections les plus radicales et orientées vers la lutte comme Long Hair (de son vrai nom Leung Kwok-Hung) et la Ligue des Sociaux-Démocrates (LSD) tout en faisant pression sur les démocrates modérés pour qu’ils se prosternent, acceptent que la démocratie totale n’est «pas négociable» et se distancient davantage des manifestations de masse.

Les dirigeants pro-démocratie ont joué un rôle de frein majeur sur la lutte pour la démocratie en insistant aveuglément sur l’obtention d’un compromis avec un régime intransigeant. Ils redoutent la lutte de masse et participent aux manifestations démocratiques pour freiner le mouvement et empêcher les «radicaux» de prendre l’avantage.

Mais même ceux qui veulent en finir avec la lutte et accepter les conditions de Pékin comprennent bien que cela leur ferait perdre tout soutien parmi les masses. Ces pressions peuvent prendre de l’ampleur au cours de la prochaine période avec le regain de vigueur du régime pour l’article 23.

L’article 23

Toute une série de personnages officiels chinois et de politiciens pro-Pékin ont appelé le gouvernement de Carrie Lam à relancer l’article 23, spectaculairement vaincu en 2003 en raison d’une opposition publique massive. Rao Geping (considéré en Chine comme un expert de Hong Kong, membre du Comité chinois de la Loi fondamentale) a récemment déclaré que le recours à cette législation était « affaire d’urgence ».

Les commentaires publics de Carrie Lam montrent qu’elle est moins enthousiaste. Elle insiste sur le fait qu’elle se chargera du retour de l’article 23 lorsqu’il y aura une «atmosphère sociale convenable». Elle est bien consciente de l’histoire de Hong Kong et du mouvement explosif de 2003, même si Pékin dédaigne de tels «détails». Ce mouvement a mis fin à la carrière de son prédécesseur Tung Chee-hwa.
En commentant les hésitations de Lam, le chroniqueur du South China Morning Post, Alex Lo, a déclaré que l’article 23 pourrait déclencher « une conflagration politique qui ferait ressembler les manifestations [de 2014] Occupy à un jeu d’enfant ».

Pékin pousse à l’adoption de plus de mesures répressives à Hong Kong. Les dirigeants officiels du mouvement pour la démocratie se voient contraints de s’y opposer verbalement, sans offrir aucune piste, aucune stratégie et aucun programme pour riposter et vaincre ces attaques sans précédent contre les droits démocratiques.

Le 20 août dernier, alors que 140.000 personnes manifestaient pour protester contre l’emprisonnement de 16 jeunes militants, les démocrates modérés ont été contraints de se joindre à la marche – mais ils ne l’avaient pas appelée. Cette marche gigantesque a été initiée par quatre groupes plus petits et plus radicaux, parmi lesquels le LSD et des activistes de la circonscription des Nouveaux territoires du Nord-Est. Cet exemple illustre la manière dont un mouvement de masse peut rapidement se doter de nouvelles organisations et d’une nouvelle direction dans le feu de l’action. Le plus important est de disposer d’une idée claire de ce qu’il convient de faire.

Les choses n’étaient pas différentes en 2014, lorsque les occupations de masse du mouvement des parapluies ont éclaté d’en bas, initiées par des jeunes et des étudiants ignorant les «leaders» tels que ceux de la campagne Occupy Central, qui désiraient limiter la lutte. Occupy Central a été créé par des modérés et des intellectuels libéraux proches des leaders pan-démocratiques pour leur donner le contrôle du mouvement et couper la voie aux alternatives plus radicales. Les dirigeants d’Occupy Central ont refusé de soutenir les grèves et les manifestations des étudiants qui ont pourtant déclenché le mouvement des parapluies.

Pour que le mouvement démocratique se réorganise et résiste efficacement aux attaques de Pékin, il doit tenir compte de ces leçons. La combativité ne manque pas parmi les Hongkongais. Mais une direction combattive est nécessaire pour offrir une stratégie claire au lieu de démobiliser et de continuellement refroidir les espoirs.

Les dirigeants pan-démocratiques, avec leur attachement au capitalisme, un système qui a besoin de la dictature chinoise et qui bloque toute tentative de déstabilisation de son pouvoir, rejettent une telle approche combative. Ils optent toujours pour le «compromis» par opposition à la lutte.

Un nouveau mouvement démocratiquement contrôlé par la base est nécessaire, en reposant sur la classe ouvrière et en faisant appel aux masses en Chine – dont le mécontentement grandit – pour faire cause commune contre la dictature.

Un parti de masse des travailleurs qui attirerait à lui les couches les plus combatives du mouvement pour la démocratie pourrait relier ce combat à celui visant à en finir aux salaires de misère, à accorder à chacun un logement décent et à augmenter les investissements publics dans les soins de santé et l’éducation.

C’est la même élite anti-démocratique – les magnats capitalistes et les fonctionnaires du PCC – qui bloque toute solution face à ces  problèmes. L’instauration de politiques socialistes, liées à la démocratie immédiate et complète, sont le seul moyen de gagner.

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