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COP23 à Bonn. Beaucoup de blablas, pour le reste on attendra

“System change, not climate change.” Photo: SAV Ruhr

Une vieille locomotive ne pourra jamais dépasser un train à grande vitesse. Alors que les changements climatiques deviennent de plus en plus rapides et inquiétants, les diplomates et les dirigeants du monde passent tranquillement de sommet sur le climat en sommet sur le climat. La dernière de ces manifestations des Nations Unies, à Bonn, en novembre dernier, visait à concrétiser l’accord de Paris sur le climat. Ce n’est pas une surprise si les choses en sont restées au stade des belles déclarations.

Par Michael Bouchez

Malgré les promesses faites lors du sommet sur le climat de Paris en 2015, les émissions de CO2 ont encore augmenté dans le monde entier. En 2017, elles devraient avoir augmenté d’environ 2%.(1) Le ‘‘virage bas carbone’’ de la Chine, salué jusqu’à tout récemment, n’est pas très fiable et la sortie américaine de l’accord sur le climat est révélatrice tant de la politique réactionnaire de Trump que de la fragilité de tels accords. Les autres dirigeants n’ont pas de quoi pavoiser, ils se cachent derrière la politique de Trump pour masquer leur propre échec. En Belgique également, les émissions ont à nouveau augmenté en 2016, alors qu’elles devraient diminuer de 8% par an pour atteindre l’objectif de baisse de 35% en 2030.

Si les chefs de gouvernement étaient vraiment inquiets, ils s’engageraient dans la lutte contre les changements climatiques sans Trump. La réalité est que les autres pays capitalistes sont eux aussi incapables de répondre à la menace. Pendant des décennies, ils nous ont bombardés d’écotaxes, de taxes sur l’énergie et de campagnes de sensibilisation pour éviter d’avoir à parler des véritables pollueurs. Alors que la logique néolibérale a sans cesse pointé du doigt la consommation des individus, 100 entreprises à peine ont été responsables de 71% des émissions de carbone depuis 1988.(2)

Les raisons ne manquent pas pour adopter des mesures radicales. Dans un article commun (World Scientifists’ Warning to Humanity: A Second Notice) publié le 13 novembre, 15.364 scientifiques du monde entier (184 pays) ont tiré la sonnette d’alarme. Les données traitées par les scientifiques démontrent que nous disposons en moyenne de 26% d’eau douce en moins par personne en comparaison de la situation d’il y a 25 ans, que les zones mortes dans les océans ont augmenté de 75% et que près de 300 millions d’hectares de forêt ont été détruits. Ils soulignent que cette dégradation de la biodiversité a tendance à avoir un effet d’accélération sur les changements climatiques.

En Belgique, 96 médecins ont lancé un cri d’alarme fin novembre publié dans les médias sous le titre La population vit dans un air dangereux, au sujet de la pollution de l’air à Bruxelles. Ils citent toute une série de conséquences désastreuses causées par les agents cancérigènes présents dans l’air : du cancer du poumon aux maladies vasculaires en passant par la réduction de la capacité pulmonaire chez les nouveau-nés. Ils soulignent que la politique laxiste du gouvernement met en péril la qualité de vie des nouvelles générations.

La conscience croissante que les conditions météorologiques extrêmes sont liées à la hausse actuelle des températures (comprise entre 0,9° et 1,3° depuis l’ère préindustrielle) a conduit les scientifiques à réviser à 1,5° la hausse maximale des températures à ne pas dépasser. Dans les scénarios les plus positifs, il nous reste 20 ans pour respecter cette limite. Et même dans ce cas, l’ampleur de ce qui est nécessaire d’adopter est impossible sur base du marché libre et de la mentalité habituelle des politiciens. Face à l’augmentation du nombre de catastrophes climatiques, face aux preuves que les phénomènes naturels plus intenses résultent du réchauffement climatique, face aux avertissements du monde scientifique, les dirigeants du monde capitaliste ont fait preuve d’une apathie nauséabonde au sommet de Bonn et, comme à chaque fois, se sont limités à promesses non seulement peu ambitieuses, mais également impossibles à concrétiser dans un système qui refuse de contrarier les profits des grandes entreprises.

Il faut adopter des objectifs plus sérieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’énergies renouvelables. Mais les concrétiser exige un changement fondamental de système. Ces dernières années, le mouvement écologiste a commencé à plus systématiquement pointer du doigt le système. Appelons les choses par leur nom et défendons une alternative claire. Le système qui pose problème, c’est le capitalisme, où l’économie repose sur le profit et la concurrence plutôt que sur la mise en commun des ressources et des moyens pour faire face aux enjeux écologiques dans les intérêts de la majorité de la population. L’alternative à défendre, c’est une société où ce qui est produit et la manière de le faire se décident démocratiquement, avec l’implication de tous. Cela permettrait de disposer immédiatement de moyens phénoménaux (tels que ceux planqués dans les paradis fiscaux) pour développer des sources d’énergies vertes, pour étendre l’utilisation de transports en commun écologiquement responsables et pour élaborer un plan d’urgence contre les effets du changement climatique. Ce système, c’est ce que nous appelons le socialisme. Défendre cette approche au sein du mouvement écologique, de même que le rôle crucial que peut jouer la classe des travailleurs, est une nécessité des plus cruciales.
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(1) www.globalcarbonproject.org
(2) CDP Carbon Majors Report 2017

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