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Une vague verte pour stopper De Wever ?

Photo : Liesbeth

Du côté néerlandophone, Groen est en hausse dans les intentions de vote. Des sondages locaux de la ‘‘Gazet van Antwerpen’’ à Anvers, Malines et Turnhout prévoient même des résultats spectaculaires pour les élections communales. Avec 24%, Groen remet en question le leadership de la N-VA à Anvers. Un cartel Groen-SP.a donnerait 30,6%. À Turnhout, Groen devient même le plus grand parti et le cartel Groen-Open VLD à Malines dépasserait la barre des 40%.

Par Geert Cool

Le ‘‘courant sous-jacent’’ ne va pas qu’à droite

Le recul de la N-VA dans les trois villes ressort particulièrement des sondages. À Anvers, le bourgmestre De Wever reçoit même une sérieuse claque : -11%. La nouvelle est importante : la N-VA se présente volontiers comme l’expression du ‘‘courant sous-jacent’’ en Flandre. Il s’avère que le soutien à son projet politique néolibéral brutal s’émousse.

Même dans sa propre ville, De Wever fait face à un parti d’opposition qui a de bonnes chances de le surpasser. Cela ouvre d’une part le débat sur la politique à mener et, d’autre part, le choix des électeurs ne sera pas limité à une droite dure d’un côté et une droite très dure de l’autre.

D’où vient le flot vert à Anvers ?

Si la N-VA a pu croître si vite, c’est en bonne partie dû au rejet des partis traditionnels. Mais, désormais, la N-VA est elle-même de plus en plus un parti traditionnel. Pour se débarrasser de cette image, Twitter ne suffira pas. Et si, du côté francophone, Ecolo aussi est aussi considéré comme un parti établi, c’est beaucoup moins le cas de Groen en Flandre.

Les catastrophiques résultats électoraux catastrophiques de 2003 à la suite du gouvernement ‘‘arc-en-ciel’’ de Verhofstadt (une coalition des sociaux-démocrates, des libéraux et d’Ecolo-Agalev) ont forcé Groen a pratiquement repartir de zéro. Un changement de nom et l’arrivée progressive de nouvelles têtes ont sauvé le parti du déclin. Plus de dix ans plus tard, le parti est considéré comme un ‘outsider’ et non comme un parti traditionnel. Là où Groen a participé au pouvoir – comme à Gand (en cartel avec le SP.a) et Malines (en cartel avec l’Open-Vld) – c’était en tant que petit partenaire dans un cartel face à une opposition essentiellement composée de la droite.

Lors des élections locales de 2018, à Anvers, on observera une polarisation entre les partisans et les opposants de De Wever. Avec le SP.a qui est toujours dans les cordes après des décennies de participation au pouvoir, Groen peut se profiler comme la force d’opposition la plus importante. Cela exerce une force d’attraction pour tous ceux qui veulent voir partir De Wever tout en mettant pression sur les résultats du SP.a, mais aussi du PTB. Dans les sondages, ce dernier ne connaît qu’une maigre progression. Le mécontentement face à la politique asociale et répressive est en grande partie resté latent ces dernières années et a été peu organisé via de grandes campagnes. Dans les actions qui ont pris place au sujet de la mobilité (autour du Ring) ou du travail social (contre la commercialisation), par exemple, Groen était systématiquement présent et le PTB ne s’en est jamais fortement distingué sur le contenu.

Groen, une véritable alternative ?

Bonnes nouvelles : la N-VA n’est pas intouchable et c’est vers la gauche que vont les voix. Mais Groen veillera-t-il réellement à mener une autre politique ?

La participation des verts au gouvernement entre 1999 et 2003 n’a pas vraiment représenté une rupture avec la politique néolibérale, pas plus que les majorités locales avec Groen. La déclaration de la présidente Meyrem Almaci selon laquelle Groen est plus proche de l’Open-VLD que du PTB ou encore les commentaires négatifs répétés au sujet des grèves ne nous laissent rien présager de bon.

Ces dernières années, le programme des verts est devenu plus néolibéral sous prétexte de ‘‘modernisation’’. La collaboration avec les libéraux au conseil communal de Malines (dont est membre le président de la fraction Groen à la Chambre Kristof Calvo) découle logiquement de cette approche. Groen joue sur le mécontentement tout à fait justifié de la population, mais sans offrir de solutions collectives en allant chercher les moyens là où ils sont. Avec une banque d’État entourée des autres requins de la finance ou avec un fonds d’investissement financé par des particuliers, on n’ira pas loin. De la sorte, toute tentative de rendre la politique plus verte risque de s’acheminer vers toutes sortes d’éco-taxes peu populaires qui chercheront à trouver les moyens nécessaires auprès de la population.